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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 27 octobre 2022
Sa note : 16/20

LINE UP

-Nân
(chant)

-Nam Đào
(guitare+chant)

-Trung Tone
(guitare)

-Trang Chuối
(basse)

-David Hudd
(batterie)

TRACKLIST

1) Tan
2) Lavender
3) Raven
4) Sardonyx
5) Bleu
6) Ivory
7) Scarlette
8) Mahogany
9) Charcoal
10) Cyan

DISCOGRAPHIE

TAN (2022)

Windrunner - TAN
(2022) - metalcore Djent prog/groove mélodique - Label : Famined Records



Mine de rien, ce tour du monde commence à avoir de la gueule. On approche de la soixantaine de destinations parcourues, et avec celle qui vient se greffer à ce périple aujourd’hui, on touche au quatorzième pays asiatique : le Vietnam.

À peine cinquante entrées chez Spirit Metal, peu ou prou la même quantité chez Metallum, dont la moitié d’inactifs, et une énorme majorité basée dans la capitale, Hanoï, dont celui qui nous intéresse ici. C’est peu dire que le Viêt Nam (dans sa forme officielle) n’est pas une terre fertile concernant le metal. La tradition et l’histoire ancestrale de ce pays d’Asie du Sud-Est regorgent pourtant littéralement de formes et courant musicaux protéiformes. De nos jours, la musique moderne est fortement frappée par le sceau de la culture occidentale et est-asiatique (principalement le Japon et la Corée du Sud), et encadrée par le pouvoir d’Etat. Raison pour laquelle la musique subversive que représente le metal est logiquement restreinte. Pour autant, aussi bien à l’échelle de Hanoï que celle du pays, la scène est extrêmement variée avec des genres tels que le death mélo (Reborn), le deathcore (Gai), le black dépressif (Ái Tử Thi), le crossover/punk (Cút Lộn), le power symphonique (Đông Đô), ou encore le prog (Ngũ Cung). Mais apparemment si on creuse bien, on peut même découvrir des teintures de djent.
Et oui, vous n’aviez pas relevé qui était l’auteur de cette chronique ? Votre serviteur dévoué à la cause du djent, et plus largement du metal progressif. Fusion de deux groupes de metalcore connus de la scène locale vietnamienne, en l’occurrence Epione et Alive In Sight, Windrunner officie dans un spectre plus large que l’onomatopée qui a donné son nom au style susnommé. Mais avant d’aborder l’aspect musical, il me semble important d’évoquer d’où vient le toponyme Windrunner. Ce dernier vient d’un personnage de Defense Of The Ancients, une carte de jeu personnalisée issue du monde de World of Warcraft, à laquelle les membres avaient l’habitude de jouer, lorsqu’ils en avaient encore le temps. Dans ce jeu, Windrunner désigne donc une archère rapide, furtive et percutante, inspirations principales dans le message que la formation veut diffuser, à savoir : être positif, fort et capable de surmonter chaque difficulté de la vie.
Pour diffuser ce message, le quintet formé en 2015 va faire appel à plusieurs procédés. Tout d’abord celui d’inspirations et pigmentations musicales à l’intérieur même du monde du prog. Les membres ont beau ne pas revendiquer d’influences particulières, écoutant différents styles pouvant aller de la soul à la R&B, en passant par le tech death ou le blues, il est difficile de ne pas en reconnaître certaines. Se côtoient des sonorités et des structures empruntées à Erra, Northlane ("Sardonyx"), TesseracT ("Scarlette"), et de petites touches de thall ("Ivory" et "Charcoal"). Mais ce qui fait surtout le charme et l’intérêt particulier de Windrunner, c’est la voix de la nouvelle vocaliste arrivée en 2019 , très lyrique et aérienne. En plus de l’apport guttural de Nam Đào pour contrebalancer le tout et rehausser la puissance vocale de Nân, le groupe a fait appel à trois chanteurs issus du monde du post-hardcore prog (Valiant Hearts), du metalcore mélodique (Graupel) ainsi que Tobias, de nos compatriotes Novelists.
Le stratagème de la colorimétrie est aussi utilisé afin de donner un éclat singulier à cet album. Il suffit de commencer par la pochette multicolore dans laquelle sont presque contenus tous les titres qui, cela vous aura peut-être échappé, symbolisent une couleur. Tout le spectre colorimétrique y passe, de l’ivoire (variante du blanc), à l’écarlate (rouge), en transitant par le cyan (bleu), l’acajou (marron), ou la lavande (violet). On y retrouve même la pierre sardonyx, variété d’agate aux multiples couleurs, ainsi que la teinte la plus obscure, « raven » (corbeau) et « charcoal » (charbon). De là à y voir un concept-album. . . À vous de faire le pas nécessaire. Pour parsemer le tout et renforcer la cohérence de TAN, Windrunner a concocté un petit contingent de clips, qui s’avèrent être très orientés manga/jeux vidéo (comme "Cyan", "Mahogany", "Sardonyx" et "Raven") et rendent compte d'une énorme quantité de travail, faisant place à une réelle histoire avec des liens reliant les titres entre eux.


Ce deuxième opus des Vietnamiens a beau être sorti le 1er avril, il est loin d’être une blague, et encore moins de mauvais goût. Le label floridien Famined Records a encore eu le nez creux sur ce coup-là car, hormis son origine géographique suffisamment rare pour être soulignée, Windrunner propose un metalcore progressif solide convaincant et haut en couleurs. Le collectif peut voir en... rose son futur à court terme.



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