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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2022
Sa note : 16/20

LINE UP

-Ann Dustin Wilson
(chant+flûte sur "Love Alive")

-Nancy Lamoureux Wilson
(chant+guitare+mandoline+autoharpe +claviers sur "Treat Me Well")

-Roger Douglas Fisher
(guitare+mandoline)

-Howard M. Leese
(guitare+mandoline sur "Say Hello"+claviers)

-Steve Fossen
(basse)

-Michael Derosier
(batterie+percussions)

Ont participé à l'enregistrement :

-Lynn Wilson Keagle
(chœurs sur "Cry to Me" et "Go On Cry")

-Seal Dunnington
(chœurs sur "Cry to Me" et "Go On Cry")

TRACKLIST

1) Barracuda
2) Love Alive
3) Sylvan Song
4) Dream of the Archer
5) Kick It Out

6) Little Queen
7) Treat Me Well
8) Say Hello
9) Cry to Me
10) Go On Cry

DISCOGRAPHIE

Little Queen (1977)

Heart - Little Queen
(1977) - rock hard rock folk - Label : Portrait



Groupe à la croisée des chemins rock, hard et folk fondé à la fin des années soixante, Heart a la particularité d'être une formation « authentiquement » mixte, comprendre pas juste une bande de mecs entourant une chanteuse comme chez Blondie ou Shocking Blue mais plutôt un collectif à la Fleetwood Mac. En effet, les sœurs Wilson sont arrivées alors que la troupe existait déjà depuis plusieurs années, à la faveur de leur histoire respective avec l'un des membres fondateurs et le frangin d'icelui. En attendant les inévitables emmerdes qu'une telle situation ne manquera pas d'engendrer, Heart a réussi ses débuts discographiques avec Dreamboat Annie, premier album sorti en 1975, riche et prometteur en dépit de quelques maladresses. La suite se révèle difficile.

La considération pour le talent des artistes féminins étant ce qu'elle est dans les seventies, la maison de disques de Heart joue sans vergogne la carte du sex-appeal en menant une campagne de publicité fondée exclusivement sur le(s) charme(s) d'Ann et Nancy Wilson – une brune et une blonde, en plus, de quoi contenter tous les mâles hétérosexuels qu'un slogan tel que « ce n'était que notre première fois ! » pourraient émoustiller. Censé bénéficier de cette réclame explicite, un second LP, même pas terminé, est sorti à la va-vite en avril 77 sans le consentement des musiciens. Fureur de ces derniers qui avaient rompu les ponts quelques temps auparavant de sorte que, forts d'un nouveau contrat discographique, les fougueux jeunes gens proposent un mois plus tard un nouvel enregistrement de longue durée intitulé Little Queen. Manifestement énervés, les Nord-Américains balancent d'entrée de jeu "Barracuda", cavalcade tendue jusqu'à l'ultime seconde porté par un riff bulldozer, une batterie constamment à la relance, des couplets qui montent dans les tours avant d'exploser en un refrain catchy bonifié par le chant magistral et puissant d'Ann Wilson. Jamais le sextet n'avait sonné aussi heavy.
Après cette séance cathartique, ce dernier calme nettement le jeu sur "Love Alive". Peut-être un peu trop sur la longue exposition acoustique, avant une brusque montée en tension annoncée par un motif magique évoquant "When the Levee Breaks" de Led Zeppelin. Led Zep, influence majeure largement assumée par Heart qui n'hésite pas en concert à jouer "Stairway to Heaven" sur lequel Ann Wilson incarne Robert Plant de manière bluffante. Néanmoins, les Yankees démontrent qu'ils sont bien plus que de bons imitateurs – après tout Roger Fisher a fondé The Army, mouture originelle de Heart, en 1967, soit avant l'arrivée du Dirigeable dans le game. Son dialogue fiévreux à la guitare acoustique avec sa compagne à-la-scène-comme-à-la-ville Nancy Wilson sur "The Sylvan Song", se pare d'une coloration particulière, à la fois intime et quasi mystique. L'intensité se fait de plus en plus forte jusqu'à la libération sur la piste suivante, "Dream of the Archer", superbe pièce acoustique soutenue par de discrètes nappes de claviers et un chant sensible, qui se renforce au point que quelques accès de stridence sont à deux doigts de rompre le fragile équilibre, avant de s'arrêter pour laisser les deux guitares filer leur romance.
L'autre paire de titres enchaînés, "Cry to Me"-"Go On Cry", est construit selon un schéma similaire, à ceci près que sur la seconde moitié les paroles sont remplacées par les vocalises d'Ann Wilson qui fait parler sa puissance de feu, contribuant à l'aspect spectaculaire de cette doublette un brin emphatique en conclusion du recueil. Les chœurs y sont particulièrement présents, en cohérence avec une bonne partie de la réalisation. Ils confèrent ainsi une aura dramatique au pont central de "Little Queen", morceau dont la coolitude des autres parties rappelle "Get the Lead Out" d'Aerosmith, autre occurrence bipolaire. Ils bonifient également le refrain simplet de l'amusant "Say Hello" tandis qu'ils font défaut à la ballade orchestrale "Treat Me Well" – n'est pas Burt Bacharach qui veut, même si Ann Wilson fait une Dusty Springfield acceptable dans un registre délicat. Nettement plus percutant, "Kick it Out" renoue avec l'ambiance nerveuse de l'entame - refrain entraînant, solo nerveux, concision de bon aloi – et constitue une nouvelle preuve de l'aptitude de la section de Seattle à varier les plaisirs.


Diversifiée et cohérente, valorisé par une écriture resserrée, un son brillant et une interprétation remarquable, Little Queen laisse entendre une musique tour à tour vigoureuse et cristalline, fraîche et maîtrisée. Les changements de climat, loin de déstabiliser, intriguent et confirment le haut potentiel de Heart à susciter des émotions contrastées. Les péripéties n'auront donc pas suffi à couper le bel élan de la troupe de la Cote Ouest qui cloue le bec à ceux qui ne voyaient en elle qu'une curiosité mercantile. Le talent, et lui seul, a parlé.



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