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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Thomas Torkelsen
(chant)

-Rune Jamme
(chant)

-Olav Berland
(guitare+batterie)

-Rune Vedaa
(basse)

Ont participé à l'enregistrement :

-Reinhardt Toresen
(chœurs+harmonica)

-Roger Staveland
(batterie sur 2 et 4)

TRACKLIST

1) Overmotets Pris
2) My Scars Hold your Dreams
3) The Starlit Waters – I, the Mountain
4) With Swans I’ll Share my Thirst
5) Den Ansiktlose
6) The Velvet Room

DISCOGRAPHIE


Forgotten Woods - The Curse of Mankind
(1996) - black metal - Label : No Colours



Que faire lorsqu’on a sorti un album détonnant de black metal en plein milieu de la grande vague norvégienne ? Se décarcasser pour maintenir l’étonnement de ses aficionados. Ou alors maintenir un cap solide, vibrant. Forgotten Woods, à la croisée des chemins du deuxième album, fait face à cette diabolique équation d’autant plus fortement qu’il s’est forgé un son cruellement personnel. The Curse of Mankind, l’apogée d’un style ?

Oui, cette deuxième œuvre est globalement considéré comme leur magnum opus. Les titres s’allongent encore, n’hésitant plus à piétiner la frontière des dix minutes. Cela sied parfaitement une musique autant contemplative que froidement black metal. La mixture de black puissamment sylvestre et de rondeurs atmosphériques s’assoit plus fermement encore. Le groupe en repoussant la durée de ses titres en profite pour distiller une atmosphère toujours aussi tortueuse. Ce faisant, il n’oublie pas la force vigoureuse qui l’a planté dans un monde à part : un son ultra rustre, quasi revêche bien que parfaitement lisible. Le coup de génie de la basse proéminente est dupliqué avec maestria. Ses lignes figurent des coups de boutoir permanents pour la plus grande alégresse de nos oreilles.
Le son seul ne fait pas un grand album cependant. Il y contribue pour confectionner les atours nécessaires à son appréciation ultime, mais il ne peut se substituer aux compositions, et leur corolaire, l’inspiration. Faisant fi d’une profondeur égalant la taïga, The Curse of Mankind plante ses banderilles dès "Overmotets Pris" et son riff montant, véritable délice des papilles sonores. De papillote, il en est encore question lorsque "My Scars Hold your Dreams" dévoile ses multiples délicatesses. Accords cristallins, mélodies entêtantes, chants lointains pour vous emmener si profondément dans la forêt ancestrale nimbée de son linceul de neige fraîche et vierge qu’il devient difficile de résister à la tentation de l’appel de la Nature brute.
Car le coup de génie des Norvégiens réside dans cette ostentation manifeste : ode à mère Nature, transformation de la crasse d’une musique abrasive en une beauté scintillante en total décalage. Tout englués de leur retenue naturelle, les musiciens semblent paradoxalement vouloir nous en mettre plein les esgourdes pour prouver qu’ils sont la voie et la voix de la raison. Contemplation philosophique tout autant que voyage initiatique, The Curse of Mankind en poussant plus fort encore les curseurs déjà élevés de As the Wolves Gather réalise un fantastique exploit : bâtir un monde unique, vecteur d’émotions striées pour s’accrocher plus fortement à votre for intérieur. La longueur si facilement pénible se transforme en atout indéfectible. Et puis, comment, si ce n’est par la folie furieuse, expliquer la dinguerie "With Swans I’ll Share my Thirst" ?


Lorsqu’à l'évocation de la deuxième vague norvégienne du black metal, les noms s’affichent comme des évidences, Forgotten Woods n’en fait que très rarement partie. La faute à une musique trop (longue) ou pas assez (brutale). Voici un délit. Car vous, amateurs d’étincelles brillantes, vous y trouverez un âtre fabuleux.



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