CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 02 juillet 2014




SETLIST

Moonchild
Can I Play with Madness
The Prisoner
2 Minutes to Midnight
Revelations
The Trooper
The Number of the Beast
Phantom of the Opera
Run to the Hills
Wasted Years
Seventh Son of a Seventh Son
Fear of the Dark
Iron Maiden
Aces High
The Evil That Men Do
Sanctuary

AFFILIÉ

Iron Maiden
Toulouse - Zénith
(26 mai 2003)
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(25 juin 2005)
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cinéma
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20 juin 2014 - Hellfest


Iron_Maiden_Hellfest_20140620

L'annonce de la participation d'Iron Maiden est incontestablement le grand coup de l'organisation du Hellfest pour l'édition 2014. Énorme locomotive entraînant le raout metal de Clisson vers des audiences jamais atteintes sur son site – 50 000 personnes par jour ! - la Vierge de Fer incarne la promesse d'une prestation spectaculaire fondée sur ses succès historiques. Reste l'inconnue relative à l'état de forme des quinquagénaires bien avancés qui entament leur show sur la Mainstage n°1 ce vendredi à 21h10.

L'horaire susmentionné n'est pas uniquement précisé à l'attention des retraités pointilleux des compagnies de chemins de fer – ce qui serait un comble au plus fort de la grève SNCF débutée depuis deux semaines. D'une part parce que ledit horaire accuse quinze minutes de retard sur celui prévu au planning – le groupe ne tiendra donc pas les deux heures annoncées, à l'instar des autres têtes d'affiche qui lui succéderont les jours suivants. D'autre part, et à l'inverse d'Aerosmith et Black Sabbath cette fois, parce que le sextet briton n'attendra pas la tombée de la nuit pour démarrer son set. Loin d'être anodine, cette décision - combattue en vain semble-t-il par la direction du festival qui en avait anticipé les conséquence - amoindrit la valeur ajoutée que sont censés constituer les effets pyrotechniques et autres jeux de lumière généreusement distillés par la formation britannique. Absorbés par le crépuscule du jour le plus long et sans doute le plus ensoleillé de l'année, ceux-ci font plutôt l'effet d'un pétard mouillé. Quant aux décors bleus délavés sortis des malles poussiéreuses de la tournée qui suivit la sortie de l'album Seventh Son of a Seventh Son de 1988, leur exposition aux lueurs vespérales de l'été imminent n'est pas des plus flatteuses. La venue au Hellfest de la bande à Steve Harris s'inscrit en effet dans le cadre de la tournée Maiden England World Tour commencée en 2012 dont la fin est programmée début juillet 2014. En sélectionnant les hits de la période dorée des années 80 auxquels sont ajoutés quelques extraits bienvenus de Fear of the Dark paru en 1992, les papys d'Outre-Manche jouent sur du velours, au soulagement de celles et ceux que la perspective de se cogner les interminables morceaux sous influence progressive pondus ces deux dernières décennies donnait des sueurs froides.
Place donc aux hymnes repris à plein gosier par une foule qui les connaît évidemment par cœur, à l'unisson d'un Bruce Dickinson déchaîné qui, tout en assurant une performance vocale irréprochable, explore les moindres recoins du décor en sautant comme un cabri sous amphétamines. Contrastant avec le quasi-immobilisme de ses compères – à l'exception des traditionnels sprints de Harris et des pitreries de Janick Gers qui confirme de manière un peu pathétique son statut de troisième guitariste – le pilote de ligne-escrimeur s'autorise même quelques gestes déplacés dont il est peu coutumier, allant jusqu'à faire subir les derniers outrages à un micro hirsute fixé sur l’extrémité gauche de la scène. Cependant, Dickinson sait se mettre le public en grande partie francophone dans la poche en effectuant toutes ses annonces dans la langue de Molière, délirant sur des histoires de petits pois et de rosbeef (!) mais annonçant aussi le passage du groupe au Main Square se tenant quelques jours plus tard à Arras - sympa. Le vocaliste précise à cette occasion que lui et ses acolytes y interpréteront "Afraid to Shoot Strangers" en lieu et place de "Revelations" - dommage que ce ne soit pas le cas à Clisson, même si ce morceau un peu mollasson offre une accalmie astucieuse après les rudes cavalcades précédentes ("The Prisoner", "2 Minutes to Midnight") et une bonne occasion de faire participer l'assistance. Le répertoire des pionniers de la NWOBHM est de toute façon tellement vaste que chaque fan est certain d'y trouver son compte, même si l'absence du moindre extrait de Killers, leur meilleur disque pour certains, fait naître quelques regrets.
Pour le reste, on a droit à un spectacle réglé au millimètre, assuré par des musiciens qui peuvent donner l'impression de jouer en mode automatique des morceaux quasiment gravés dans leur ADN, mais dont l'évident plaisir à les interpréter est fortement communicatif. La mascotte Eddie the Head fait son apparition à plusieurs reprises, essentiellement en tant qu'élément du décor mais aussi en chair et en os (façon de parler) sur "Run to the Hills" alors que le Fantôme de l'Opéra, ce farceur, monte sur les planches non pas à l'occasion de la chanson qui lui est dédiée mais pour asséner la longue partie d'orgue centrale de "Seventh Son of a Seventh Son". Enfin, cerise sur le gâteau, Dickinson comble l'attente des fans de football en égrenant le score, il est vrai très évolutif, de la rencontre Suisse-France. Ces mises au point intempestives, si elles peuvent agacer les membres de l'assemblée qui n'ont rien à secouer de ce match en particulier et de la Coupe du Monde en général, participent toutefois d'une connivence qui n'allait pas de soi avant l'entame de ce concert très (trop?) bien rôdé et se révèlent tout à fait délectables pour les supporters des Bleus qui apprennent la large victoire de leurs favoris de la bouche même d'un éminent sujet de la Couronne britannique, quelques heures à peine après l'élimination de l'Angleterre. Quand on connaît la passion du foot qui anime la plupart des musiciens de la bande à Steve Harris dont la basse est ornée du blason de son club fétiche West Ham United, c'est priceless.


Maiden est venu, Maiden a été vu et Maiden a convaincu. En piochant exclusivement parmi ses classiques, les vétérans du British heavy metal n'ont pris aucun risque si ce n'est faire tiquer ceux qui ont déjà assisté à une représentation de leur tournée nostalgique dont le Hellfest constitue une étape comme une autre. Pour autant, le professionnalisme sans faille, hormis quelques menus écarts dickinsonniens et Janick Gers, allié au plaisir de se donner à fond pour leur public, ne peuvent que rallier ce dernier à des musiciens hors normes qui ne se contentent pas de jouer sur leur réputation. Certes l'horaire précoce n'a pas permis de profiter pleinement de tous les effets pyrotechniques agrémentant le show, mais cette frustration n'aura pas suffit à gâcher le plaisir d'assister à une performance de très haut niveau. Une grosse satisfaction.

(créditsphotos : www.OZIRITH.com - HELLFEST Productions) 


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