CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 22 juillet 2017




SETLIST

L'Archange
Marche ou crève
Fais où on te dit de faire
Au nom de la Race
Le Temps efface tout
Démocrassie
L'Élite
Surveille ton Look
Antisocial

AFFILIÉ

Trust
Bobital - Festival des Terres Neuvas
(08 juillet 2006)

17 juin 2017 - Hellfest


Trust_Hellfest_20170617

Il y a des groupes qui vieillissent bien. Plusieurs spécimens se produisent en cette édition 2017, dont certains plus anciens que Trust - hello Blue Öyster Cult. D'autres ont plus de mal à supporter le poids des ans. Rarement pour des questions de capacités techniques, le chant étant de ce point de vue le poste le plus fragile (n'est-ce pas, Monsieur David C. ?), ni même physiques – malgré des vertèbres dans un sale état selon ses dires, Tom Araya continue de rugir avec Slayer et n'a jamais failli au Hellfest, tandis que Jeff Bercera se produit avec Possessed en fauteuil roulant. Alors à quoi peut être due une performance aussi décevante que celle de Trust en cette fin d'après-midi clissonnaise ?

À une attente trop élevée, résultant de la réputation de déclencheurs d'émeutes que la section francilienne a entretenue au cours de ses jeunes années ? Sans doute, pour la frange la plus nostalgique du public. Mais beaucoup de festivaliers n'ayant pas connu cet âge d'or lointain, venus « surtout pour "Antisocial" en fait » - de même que les suiveurs un minimum informés - n'attendent pas nécessairement des sexagénaires qu'ils foutent le feu à la scène comme les punks qu'ils furent au tournant des années quatre-vingts. Dès lors, la seule explication qui vaille se situe probablement à mi-chemin entre impréparation et désinvolture. D'aucuns emploieraient une expression plus musclée à base de « foutage » et de « gueule » et il serait difficile de leur donner tort. Car dès l'entrée en scène de Bernie Bonvoisin sur les accords fadasses de "L'Archange", le malaise est palpable : des centaines de tenues improbables ont été portées sur les planches du festival depuis sa création, mais rarement une qui trahit autant le dédain et l'absence de classe que celle du chanteur-cinéaste. Celui-ci s'avance dans une posture voûtée qu'il conservera pendant presque tout le concert, sur une estrade recouverte de tapis orientaux destinés aux petons dénudés du bassiste. Bernie, lui, préfère porter des baskets, ainsi qu'une chemise aux couleurs délavées faisant songer aux housses de banquettes pliables en vogue dans les années quatre vingt-dix, un jean taille basse, un bob que même un touriste en claquettes chaussettes n'oserait pas arborer et un débardeur orné d'une tête de rapace tout droit sorti d'un étalage de textiles contrefaits vendus à la sauvette, entre le maillot third des Girondins de Bordeaux et un marcel « Johnny Harley ». On ne sait pas trop ce qui est le plus méprisé dans l'histoire, les convenances petites-bourgeoises ou toute notion d'amour-propre. Cependant les collègues du vocaliste se montrent plus sobres - autant d'un point de vue vestimentaire que musical - à l'exception notable de Nono qui revêt une chemise blanche du plus pur style BHL. Mais après tout, les compères peuvent bien se fringuer comme ils veulent, du moment que leur musique tient la route. Hélas, celle-ci se révèle tout à fait raccord avec l'accoutrement ringard des deux membres fondateurs. Que ces derniers privilégient les titres les plus récents de leur répertoire, entendre ceux datant de moins de trente-cinq ans, est honorable sur le principe - ça change du florilège des années Giscard servi sur à peu près tous leurs albums live et autres (anti) best-of. Encore faudrait-il que les compositions soient à la hauteur. Hélas, aucune d'entre elles n'approche le niveau des brûlots enregistrés à une époque où les mecs avaient encore les crocs et de l'inspiration.
Riffs bateau, mélodies incolores, rythmiques pépères et paroles aux confins du ridicule : le tableau se révèle peu reluisant, avec en point d'orgue – façon de parler – "Le Temps efface tout", dont le texte donne l'impression d'avoir été griffonné sur un coin de table par un collégien ayant découvert l'art de la versification avec Florent Pagny - « Avec le temps tout s'efface/ La vie défile c'est efficace/ Le temps efface tout/ C'est dégueulasse ». Déjà que Bernie se faisait railler dans ses jeunes années par ceux qui considéraient ses rimes comme des éructations pathétiques d'adolescent en crise... La rage fédératrice s'est transformée en pénibles leçons de morale, ce que confirment malheureusement les deux extraits de l'album prévu à l'automne, "L'Archange" déjà cité et "Démocrassie" dont le titulaire du micro, prostré sur ses fiches, n'a manifestement pas encore retenu les paroles... Une certaine forme de soulagement l'emporte néanmoins puisque l'auteur de "L'Élite" renonce à prolonger ses sermons entre les chansons - la communication avec le copieux auditoire se réduisant à commenter par deux fois la météo façon Édouard Balladur dans le métro parisien (oui Bernard, il fait chaud, merci on avait remarqué). Si encore le quintet rattrapait le coup avec les quelques tubes qu'il consent à exécuter... Mais ceux-ci sont interprétés en versions expurgées et molles, les lignes mélodiques sur les couplets étant remplacées par de simples accords – de quoi s'interroger sur le rôle du second guitariste pour lequel l'expression « jeu à l'économie » semble avoir été spécialement créée. De son côté, Nono se la joue guitar hero sans se préoccuper d'autre chose que de ses solos, lesquels raisonnent avec clarté – le son constituant l'une des rares satisfactions de ces soixante minutes. Et quand retentissent les premières notes tant attendues d'"Antisocial", le morceau s'arrête au bout de quelques secondes. Puis reprend. Puis s'arrête... Quelle pitié de voir de vieux briscards user d'une ficelle aussi grossière que celle des faux départs successifs, censés résulter d'une interaction avec l'assistance alors qu'ils trahissent un manque total de spontanéité ! Tout ceci est tellement téléphoné, surjoué... Au moins, quand Dee Snider fait reprendre en chœur son increvable "We're not gonna take it", la foule ne se fait pas prier et continue de chanter une fois la chanson terminée. Tandis que Trust, après avoir énervé tout le monde à force de tergiversations inutiles, expédie son hymne sans laisser le temps aux spectateurs - qui ne demandaient que ça – de se péter convenablement les cordes vocales sur le refrain. La lassitude peut se comprendre – trente-sept ans que le tube popularisé aux US par Anthrax figure sur toutes les setlists du collectif – mais en ce cas, mieux vaut s'abstenir. Ou faire un peu mieux semblant.


Des frères ennemis qui se rabibochent pour renflouer leur PEL en remplissant salles et festivals grâce au prestige plus ou moins préservé de leur formation, il en existe un paquet : Aerosmith, Europe, Guns'n'Roses... Autant de groupes dont l'inimitié entre chanteur et guitariste à l'ego démesuré est de notoriété publique. Mais au moins, ces derniers assurent le show et font preuve d'un minimum d'implication. Au Hellfest 2017, Trust ne se sera pas donné cette peine, déroulant en mode automatique sans se soucier manifestement d'autre chose que du bon réglage des amplis. Sans doute l'attitude de Bernie et Nono est-elle différente lorsque les vétérans évoluent en tête d'affiche, mais il n'en reste pas moins que leur prestation du jour aura été indigne de leur statut de "parrains du hard rock français".


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