Hellfest 2017


Hellfest

UN REPORTAGE DE...




SOMMAIRE

Jour 1 : 16 juin 2017
Jour 2 : 17 juin 2017
Jour 3 : 18 juin 2017

REPORTS DU JOUR


Autopsy
(S1phonique)
Baroness
(Ptilouis)
Behemoth
(Dimebag)
Obituary
(S1phonique)
Rancid
(Ptilouis)


GALLERY

Album photo du festival pour Les Éternels webzine :
Das Silverfoto

Un grand merci tout particulier aux photographes qui nous ont également largement dépanné en photos:
Nidhal Marzouk pour La Grosse Radio Metal

Leonor Ananké pour Hard Force

E.L.P-Photo (Elie Lahoud-Pinot Photography)

Toute reproduction interdite sans autorisation écrite des photographes.

 


Jour 1 :16 juin 2017



Croyez-le ou non, mais cela fait maintenant dix ans que nous vous narrons, chaque été, nos fantastiques aventures mélomanes en Terre Sainte clissonnaise. En effet, ce Fest-Report du Hellfest 2017 est le dixième que l’équipe des Éternels produit pour vous, ami(e)s lecteurs/lectrices. Dix sur douze (douze étant l’âge du Hellfest, qui entre donc sa phase pré-pubère), plutôt un beau score convenons-en. Et pour cette decima, nous nous sommes naturellement dit qu’il fallait faire un truc particu… Bon OK, avouons-le, en vérité nous ne nous sommes rien dit du tout, pour la simple et bonne raison que c’est en écrivant ces premières lignes que nous avons réalisé que ce fest-report allait être le dixième. De ce fait, la seule chose que nous pouvons promettre, c’est que celui-ci sera aussi passionné que ses grands frères et probablement encore plus exhaustif, puisque la Team Éternels, forte de sept puissants membres - plus ou moins jeunes et aux goûts plus ou moins douteux - présents sur le site cette année, a couvert un nombre plus qu'estimable de concerts sur cette édition 2017 : 103 sur 159 précisément, un plutôt joli score. Mais débutons, car il y avait de quoi faire.

 
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Premier et très agréable constat : cette année, aucune galère notable pour entrer sur le site vers dix heures du matin. On ne sait pas trop si c’est dû à l’agrandissement et à l’amélioration notable du Hell City Square, aux nouveaux portiques de contrôle des billets à la Hellgate, à un public moins lève-tôt, ou à un peu de tout ça, mais les faits sont là: on pénètre en quelques minutes, au milieu des plébéiens encore à peu près sobres, et ce sans avoir à faire jouer notre pass VIP/presse de gros patriciens arrogants. On est donc en place dès 10h30 pour voir Verdun (10h30 - VALLEY), excellent combo doom hexagonal - enfin, le chanteur est portugais mais on s’en fout: ils nous ont pris l’Euro 2016, ils ne nous prendront pas Verdun [ndlr : qu'est-ce qu'ils en feraient, en même temps ?] - et on comprend alors rapidement que personne ne déconnera sous cette auguste Valley en cette édition 2017: son incroyablement lourd et clair, chant parfaitement dégueulasse, groupe ultra en place, Verdun saurait clairement en remontrer à nombre de combos autrement plus expérimentés de la scène doom. En trente petites minutes de leur doom fracassant et hargneux (aucune sorte de psychédélisme floral n’est de mise ici) faisant la part belle à leur excellent dernier album The Eternal Drift’s Canticles, les Montpelliérains mettent la Valley dans l’ambiance pour le reste du fest. Un seul regret: on aurait espéré entendre leur meilleur morceau à notre sens, "Mankind Seppuku", cela ne sera pas le cas. Mais pour le reste, très bon set.

Au même moment, on assiste également au premier de la journée sur l’Altar, dont on vous fait la death-metalleuse amitié de couvrir la totalité des concerts qu’elle accueillera en ce vendredi: c’est donc Putrid Offal (10h30 - ALTAR) qui ouvre le bal avec son deathgrind bourrin et sanguinolent. Le groupe, expérimenté, connaît la musique – oh ho ho - et débute son court set devant un parterre très clairsemé, mais qui ne cessera de croitre durant la demi-heure impartie pour finalement terminer avec une affluence plutôt bonne. Il faut dire aussi que c’est l’heure où du monde rentre en continu – et en nombre - sur le site. Il fait déjà chaud, et les riffs râpeux et tronçonnants du combo permettent, en à peine dix minutes, de lancer un timide mais bien réel circle-pit. Ravi d'être présent en ouverture, le groupe informe le public qu'il muera en festivalier comme les autres dès la fin de sa prestation, et ce pour les trois jours de fest. Clairement, Putrid Offal goûte sa chance avec un professionnalisme et une joie apparente. Coté musique, les titres coutumiers viennent peupler un set saignant et concis. Une belle introduction donc, un tour de chauffe réussi et une bonne mise en bouche, bref: un opener parfaitement adapté à la scène de l'Altar et des musiciens disponibles par la suite sur le site. Tout l'esprit du festival, dès son ouverture.


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Cette première petite demi-heure de virulence déjà achevée, on enchaîne directement avec le premier set de la sombre Temple - bien lumineuse en ce beau vendredi matin ensoleillé -, celui de Deathcode Society (11H05 –TEMPLE). Quand un groupe a la chance d'être programmé au Hellfest avec pour toute discographie un EP et un unique LP vieux de deux ans, ça sent le pari sur l'avenir et un bon travail du management. Signés chez Osmose, les musiciens de Deathcode Society ont forcément du talent, en tout cas quelque chose qui les distingue du tout venant. Ces derniers débarquent sur scène vêtus d'inquiétants costumes de médecins de peste aux longs becs crochus – à l'exception du chanteur arborant un loup blafard – au diapason d'un black metal à tendance symphonique qui, sans faire hurler au génie ni même à l'originalité, se situe clairement au-dessus de la moyenne. Dommage dès lors que les samples deviennent inaudibles une fois que le quintet se déchaîne tandis que les guitares demeurent en retrait du couple batterie-basse à cinq cordes. En revanche, le chant à la fois puissant et strident crée à lui seul une ambiance malsaine qui donne envie de revoir la formation d'Annecy dans des conditions sonores plus favorables.

Au même moment, un autre Éternel assiste au second set de la journée sous l’Altar – on ne vous cache pas que c’est d’ailleurs le même Éternel qui restera scotché à la dite scène toute la journée : être à ce point monomaniaque du death, ça se respecte - celui de Sick Of Stupidity (11h40 – ALTAR). Deuxième groupe énervé de la journée donc, et il faut en profiter car le grindcore sera ensuite moins présent durant le reste du week-end. Et si Putrid Offal a ouvert le bal des bourrins, le grindcore hollandais underground de Sick of Stupidity explose littéralement à la tronche des curieux, tout en rassasiant les connaisseurs. La sortie de One Shot, One Kill (tout est dit) en 2015 a d’ailleurs largement contribué à la renommée du groupe. Pas de basse ici : la batterie de Duracell (tous les jeux de mots sont possibles tant le bûcheron maltraite ses fûts et cymbales sans laisser apparaître la moindre de baisse de régime) et la guitare de B666 suffisent à soutenir les deux gueulards Z et13. On a donc droit à une petite demi-heure de colère (soit un album et demi, rappelez-vous : c’est du grind) et d'énergie pure. La nonchalance et les sourires timides des deux frontmen montant sur scène font rapidement place à deux psychopathes, marionnettes désarticulés se bornant à intervenir ensemble ou à tour de rôle, sur les tapis rythmiques incisifs balancés en second plan. C’est le grind dans toute sa splendeur : quand la violence prend forme derrière un riff, un blast et du scream; d'apparence hasardeuse, l’ensemble est en fait parfaitement rodé par le quartet. Une belle et râpeuse découverte.


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À peine cette affaire pliée, on fonce à la Mainstage 02 (ci-après MS2) pour assister à notre premier concert sur l'une des grandes scènes – où règne déjà un bon cagnard, mais dont la poussière est encore avantageusement absente - celui des bons Myrath (11h40 - MS2). Le soleil presque au zénith, un décor oriental, une danseuse du ventre et les notes de "Jasmin" qui résonnent : l’introduction est idéale pour celui qui fait aujourd’hui sa première apparition au Hellfest devant une foule déjà très impressionnante. Le groupe semble un peu intimidé par l’événement, mais vraiment heureux d’être là. La setlist alterne entre morceaux très rythmés ("Believer", "Wide Shut", "Madness", "Get Your Freedom Back") et mid-tempos langoureux ("Duat", "Tales Of The Sands") qui ont tendance à un peu trop ralentir la cadence, mais le heavy-prog arabisant de la formation fonctionne bien ce matin. Le son est très, voire trop puissant, notamment pour la batterie qui vient souvent masquer les autres instruments, en particulier la guitare virtuose de Malek Ben Arbia qui a parfois du mal à ressortir. Zaher Zorgati est quant à lui parfaitement à l’aise et délivre une performance vocale de haute volée. Malgré quelques passages perfectibles, le public est totalement réceptif au show qui lui est proposé et après trente minutes très appréciées, l’excellent "Beyond The Stars" vient clôturer une prestation plutôt convaincante.

À peine le temps de faire quelques pas de côté sous un astre solaire qui cogne désormais bien fort - leitmotiv annoncé du weekend - qu’on est déjà devant Betraying the Martyrs (12h15 – MS1). Cinq ans après leur premier passage au Hellfest, Betraying the Martyrs est de retour sur une mainstage, pour une demi-heure. La hype des débuts est retombée, mais la formation parisienne a maintenu son rang, ce qui n'est pas si mal compte tenu du genre pratiqué, le deathcore, certes très populaire dans les pays anglo-saxons – comme le prouve la programmation du dimanche sur les scènes principales – mais un peu moins au pays de Trust. L'affluence devant les barrières n'est cependant pas ridicule et quelques éléments plutôt juvéniles semblent connaître par cœur les paroles alternativement growlées, braillées et modulées en chant clair par ceux qui « crèveraient d'envie d'être Américains ». La communication avec le public se fait d'ailleurs tantôt en anglais, tantôt en français. Si la succession des passages mélodiques et scansions lourdes ravit les amateurs du genre, elle laisse plus dubitative ceux qui ont l'impression d'entendre les mêmes accords se répéter suivant un schéma identique. Cependant, l'enthousiasme affiché par les musiciens fait plaisir à voir, le claviériste n'hésitant pas à se trimbaler avec son instrument sous le bras – un peu too much mais sympathique. Malheureusement, hormis sur les passages les plus mélodiques, les vocaux caverneux et la basse tendance djent prennent le dessus, contribuant à un rendu sonore « binaire » peu gratifiant. Le genre de prestation qui satisfera les fans, mais peinera à convaincre les curieux

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L’enchaînement qui suit est tout aussi aisé en termes d’efforts physiques, puisqu’on a juste à se tourner un peu pour assister à la performance des Bataves révérés de Textures, dont c’est ici – hélas - la tournée d’adieu (MS2 - 12h50). Du coup, dans le genre concert inloupable, celui-ci se posait là. Il est donc 12h50 lorsque les Néerlandais se lancent, sous un soleil de plomb, pour un show bien compact de quarante minutes. Pas le temps donc de faire de fioritures, et ce seront deux morceaux bien rentre-dedans de Drawing Circles qui ouvriront le bal : "Drive"et "Regenesis". Efficaces, les deux titres démontrent le talent du groupe avec ses rythmiques folles servies par la batterie d’un Stef Broks impérial tout du long, des guitares acérées et un Daniel de Jongh alternant admirablement tous les types de chant (la fin de "Regenesis" !). Et détail non négligeable : le son est extrêmement bon avec des guitares en avant et des basses pas trop fortes. Mais trêve de bavardages, car après "Drawing Circles", le groupe remonte dans sa discographie pour nous offrir les riffs vicieux de "Storm Warning". Efficace, mais pas autant qu’un "New Horizons" stratosphérique. Les guitares tricotent leurs mélodies, les breaks sont d’une efficacité redoutable et Daniel de Jongh n’hésite pas à haranguer la foule qui, si elle n’est pas très nombreuse, reste complètement hypnotisée. Après deux autres titres tout aussi efficaces (notamment le plus mélodique, "Awake"), Daniel de Jongh annonce les futurs concerts en France en automne et répète ce que l’on savait déjà, mais qui fait toujours mal à entendre: il s’agit de leur dernier concert au Hellfest, car ils se séparent. C’est sur ces dernières paroles émouvantes que la folie et l’intensité de "Laments of an Icarus" sont lancées comme dernier baroud d'honneur. Et que dire de ce final si ce n‘est qu’il déboîte, provoquant un headbanging généralisé et même un petit circle-pit à la demande du chanteur. Bref, c’était la dernière de Textures au Hellfest et ça valait le coup, vraiment!

Pendant ce temps, quelque chose de bien plus sale se déroule sur le festival. Sous la Valley plus précisément, avec les américains de Noothgrush (VALLEY – 12h50). Quasiment le seul combo doom/sludge à se produire cette année, et non des moindres (plus de vingt ans de carrière et une discographie longue comme les bras de Kevin Durant), il était impensable qu’on loupe leur set, et grand bien nous en a pris tant les natifs d’Oakland nous ont souillés en ce vendredi midi. Enchaînant les riffs de plomb fondu et les vocaux crasseux dans la plus grande tradition sludge américaine, le quatuor fait montre de toute sa maestria. Quelque part entre Weedeater, Buzzov-En et un Eyehategod moins punk et plus doom, Noothgrush pourrit le petit peuple de la Valley à coups de plans casse-nuques, formant une sorte de longue et douloureuse mélopée au sein de laquelle on ne sait pas toujours bien quand un morceau se termine et quand un autre commence. Mention spéciale à la petite batteuse quadra rondouillarde, qui insuffle un groove impeccable aux morceaux avec l’air de n’en avoir rien à foutre. Des docteurs ès sludge.


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Simultanément et non loin de là, les choses se passaient de manière beaucoup plus chirurgicale sous l’Altar, avec le set des excellents Wormed (ALTAR– 12h50). Le festival est vraiment lancé désormais, et le campus Hellfest vit de ses six-cent-soixante-six activités déployées entre bar, merch, joies et rigolades entre festivaliers, photos, et bien sûr concerts. D'ailleurs l’Altar est bien remplie pour accueillir Wormed qui tire son épingle du jeu du graillon brutal death technique à grands renforts de passages atmo pesants et puissants. Reste à savoir, comme pour tous ces types de groupes, si le rendu live peut révéler la même puissance. Au-delà d'une basse un peu oppressante et un son accessible mais plutôt gras, le combo sert une setlist musclée et parfaitement maîtrisée: entre les statiques musiciens (on parle des pieds) aux cervicales mises à rude épreuve par un furieux heabanging, le hurleur Phlegeton régurgite des vocaux à la limite du slam death primaire. Techniquement, il n'y a rien à redire et le groupe confirme qu’il est devenu depuis la sortie de Krighsu: le fer de lance du brutal death, non seulement européen, mais aussi mondial au regard de la prestation. Si les quelques ambiances SciFi entre les titres sont quasi dispensables, Wormed suscite l’adhésion en alignant les poutres issues des deux derniers albums, telles que "Multivectorial Reionization", "Tautochrone", "Pseudo-Horizon" ou encore "Neomorph Mindkind". Quelques titres échappent à l'assistance (peut-être que la chaleur faisait son effet, mais il nous semble qu’un morceau inédit a été joué) mais le combo ibérique impose son style sans fioritures et sans concessions, et tout cela à 13h.  Une des premières bonnes mandales du week-end. Le groupe acceptera même quelques dédicaces en fin de set, aidé par des membres de la sécurité faisant office de coursiers entre la fosse et la scène.

Suite à cela, la team Éternels se permet un premier petit fail bien mérité, puisque personne ne reste assez longtemps devant Animals As Leaders (MS1 –13h35) pour vous en dire quoi que ce soit de conséquent. Certains des présents trouvent le peu qu’ils en voient poseur et inintéressant, d’autres au contraire estiment cela tout à fait digne d’intérêt, même au-delà de l’évidente maestria technique du combo qui est proprement indécente. On notera donc que le groupe est composé de très grands musiciens, bénéficie en plus d'un super son et dégage une aura bienveillante, à l'image de son... leader, Tosin Abasi, qui dévale tout sourire le manche de sa huit-cordes à une vitesse affolante. Mais clairement, la mainstage est trop grande pour ce trio statique sans chanteur, qui enfile des instrumentaux certes ébouriffants de technique et comblant les connaisseurs, mais dépourvus du groove ensoleillé d'un Joe Satriani qui avait secoué l'assistance au même endroit l'année précédente. Il serait étonnant que cette singulière formation ait fait de nouveaux adeptes parmi les spectateurs qui la découvraient dans des conditions peu adaptées.


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Retour ensuite à la Valley pour voir Subrosa (VALLEY – 14h20), à n’en pas douter l'un des grands moments de la journée pour les amateurs de doom barré. On ne présente plus le quintet au son classieux mais infiniment lourd et puissant, sa formule à deux violons et trois chanteuses (dont les deux violonistes) ayant déjà renversé la Valley lors de l’édition 2014. Malheureusement doté d’un son plus limite que les groupes précédents, Subrosa parvient néanmoins à captiver la grande majorité de l’auditoire avec un set plus lourd et percutant que ce qu’on aurait pu attendre. Axé sur son dernier album, For This We Fought The Battle Of Ages, et oubliant les précédents, notamment le second LP – et bien meilleur à mon sens (More Constant Than The Gods) - Subrosa donne à voir une facette plus colérique et métallique de sa personnalité, sans doute parfaite pour le Hellfest, mais pas forcément celle qu’on lui préfère. On aurait aimé entendre "Ghosts Of A Dead Empire" ou "Cosey Mo". Enfin, quand on fait des chansons de dix à quinze minutes et qu’on a un set de quarante, il faut faire des choix et privilégier le dernier bébé dans ces conditions s’entend parfaitement. Une très bonne prestation au demeurant, délivrée par l’un des tous meilleurs groupes dans sa catégorie.

Au même moment, un autre groupe envahit les planches et propose une tambouille nettement moins mélancolique que celle de nos doomsters à violons. Faisant l’impasse sur Valkyrja, l'équipe rejoint en effet une Altar qui patiente d'être « exhumée ». Le très occupé Matt Harvey (notamment via son polémique mais efficace groupe hommage à Death, Gruesome, traité de cover-band qui ne dit pas son nom) vient cette année faire une pige avec son groupe de toujours, Exhumed (14h20 - ALTAR). Depuis 2011 et un retour réussi via All Guts, No Glory, le combo californien se permet quelques tournées un peu partout afin de répandre ses riffs goredeath-grind et quelques interventions scéniques saignantes du roadie pour illustrer le propos (il ne s'en cache même pas). Le groupe nous garrotte d'emblée avec l'opener du LP précité, une bonne mise en bouche ferrugineuse, courte et efficace. Le son est plutôt de qualité, mais il faut dire que le registre n'a pas la même exigence que d'autres genres: à partir du moment où la six cordes bave suffisamment dans son riffing pour répondre à la basse vrombissante et au maniaque à la batterie, les titres studio restituent correctement leur violence en live. La setlist pioche dans tous les LP du fondateur du genre goredeath, d'un "Open the Abscess" à un plus récent "Sickened" de Necrocracy. Bien évidemment le public qui connaît les sets habituels du groupe attend l'intervention du fameux chirurgien maboul qui passe une première fois avec sa tronçonneuse (avouons que ça marche moins bien que dans les petites salles, au regard de la hauteur de la scène et de la distance avec le public), puis revient avec une jolie tête décapitée dans laquelle il se désaltérera [ndlr: une autre façon de voir les fameux « dessoiffeurs » Kronenbourg qui parcourent le site, fût sur le dos, tout de jaune vêtus]. Le crasseux chirurgien refera un dernier passage avant de clôturer le set et, comme à l'accoutumée, finir d'emmerder un Bud Burke [ndlr: guitariste soliste] qui, ne se laissant pas faire, lui arrachera les intestins pour en extraire avec bonheur une bouteille de J&B dans laquelle il se ressourcera avant d'attaquer le final. Le public se marre volontiers devant cette scénette grand guignol parfaitement interprétée. Le groupe sera récompensé en fin de set par une Altar satisfaite, mais ne restera pas plus que ça en profiter, se hâtant de remballer son matériel, laissant au passage une légère image de « routinier » de la scène: un peu dommage pour la vingtaine de fans hardcore du devant, qui en attendait sans doute un peu plus.


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Et puisque les Éternels sont aussi dotés, souvenez-vous, du don d’ubiquité, on assiste dans le même temps au récital d’Evergrey (MS2 - 14h20). L’un des nombreux avantages du Hellfest est de pouvoir enfin profiter en live de groupes qu’on n’a jamais eu l’occasion de voir. C’est le cas pour Evergrey, trop rare dans notre pays, qui renoue avec le succès après plusieurs albums en mode automatique. D’autant que les Suédois ont une bonne carte à jouer devant une foule toujours aussi compacte et enthousiaste, avec leurs morceaux ultra mélodiques aux refrains tout à fait adaptés pour être repris en chœur par un public conquis. Et c’est exactement ce qui va se passer. La setlist a des allures de best-of - même si elle est bien évidemment trop courte (sept morceaux seulement). Elle fera la part belle aux hits (et aux openers, pas moins de quatre) de la période récente de la formation. Les refrains de "Leave It Behind Us", de "Distance" ou de "Broken Wings" seront scandés, comme prévu, devant un Tom S. Englund souriant et communicatif, et surtout très en forme vocalement. Son timbre si caractéristique fait des ravages sur la MS2, et la mélancolie des paroles se marie parfaitement avec le soleil omniprésent et l’énergie délivrée par les musiciens, notamment le guitariste Henrik Danhage. Les chansons s’enchaînent à merveille et après "A Touch Of Blessing" et "King Of Errors", c’est déjà l’heure de faire ses adieux. En attendant une prochaine fois, plus haut sur l’affiche espérons-le, pour une prestation plus longue.

À peine celle-ci terminée, un avantageux mouvement de torsion de la partie supérieure de la cage thoracique nous permet d’assister - sans quasiment bouger nos boulards déjà atteints par les multiples coups bus et autres coups de boutoir d’un soleil commençant déjà à se faire connaître comme le véritable maître de ces lieux (et encore, attendez de lire le report de dimanche) - au set d’Avatar (MS1 – 15h05). Décidément, les groupes de heavy suédois s’enchaînent sur les mainstages aujourd’hui pour venir divertir un public toujours aussi chaleureux, au propre comme au figuré. Cela dit, « heavy metal » est un terme un peu réducteur, et « metal théâtral » ou « cirque metal » conviendraient sans doute mieux, au vu de la grande variété et de la richesse de la musique proposée. Habillés de leurs traditionnels costumes, les membres du groupe vont offrir une prestation bourrée d’énergie et ultra-rythmée. Le chanteur Johannes Eckerström, maquillé façon clown triste comme à son habitude, alterne entre chant hurlé, criard, et chant plus chaleureux [ndlr : décidément...]. Les musiciens ne sont pas en reste et envoient le bois, la castagne, les riffs et le headbang qui vont bien.

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Une prestation visiblement très appréciée par une foule de plus en plus remuante tout au long de ce freakshow terriblement efficace. Et puisqu’on avait visiblement pas décidé de décoller de ces sacrées mainstages pendant deux heures en ce début d’après-midi, on enchaîne directement avec le set des vétérans de Queensrÿche (16h00 – MS2). Et disons-le tout net, le Queensrÿche récent n’intéresse personne. D’ailleurs, tout le monde se fiche à peu près de leurs nouveaux albums. Alors quand, vers 16h, les Américains débarquent, tout le monde espère bien être épargné de leurs récents efforts. Et fort heureusement, le groupe joue la carte de l’efficacité en ne puisant que dans ses vieux disques, avec en plat de résistance l’inévitable Operation: Mindcrime, pour le plus grand plaisir des fans de la première heure. À ce jeu-là, Todd la Torre offre une prestation bluffante, retranscrivant très bien le chant de Geoff Tate et nous faisant replonger dans les succès d’antan du groupe. Cerise sur le gâteau, le son est correct et les soli de Michael Wilton et Parker Lundgren s’entendent parfaitement. Alors bien sûr, la setlist est sans risque, mais on s’en fout véritablement lorsque les notes de "I Don’t Believe In Love" résonnent, et que le groupe enchaîne avec "Operation : Mindcrime". On retrouve nos premiers amours heavy prog en se disant que "Empire" c’était quand même chouette et que, même si les Américains n’ont plus autant la classe qu’avant avec leurs blousons noirs, ils maîtrisent leur sujet. Puis vient l’immanquable final avec l’ultra efficace "Eyes Of The Stranger" que l’on chante de bon cœur. Ce retour vers le passé touche à sa fin et avec lui un show surprenant de qualité.

Beaucoup de mainstages en ce premier jour donc, mais pas que ! Puisque pendant que Queensrÿche œuvre en plein cagnard, des choses tout aussi intéressantes se trament à l’autre bout du festival. Sous l’Altar tout d’abord, où s’affairent les Brésiliens de Krisiun (ALTAR – 16h00). Krisiun, dont le seul nom pourrait presque suffire en guise de mini compte-rendu, est un peu le Kreator du death metal niveau live. C'est carré, maîtrisé, et aussi violent qu'un parpaing dans la tronche. Avant même le début du set, beaucoup de monde interpelle les frangins Kolesne et Camargo, qui s'affairent à fignoler la scène et répondent avec des grands sourires aux différents appels. Une petite intro plus tard, c'est parti pour "Kings" et quarante minutes explosives et tout en puissance. Le public est déchaîné et la fosse ressemble cette fois à celle d’une salle de concert plutôt qu'au pit taquin des mainstages. Les circle pits s’élargissent et s’accélèrent. Pendant ce temps, le groupe déroule: "Combustion", "Blood Of Lions", "Vengeance", "Slain Fate", bref, tout le monde comprend qu'un backdrop et quelques lights ne sont finalement qu'accessoires, tant le power trio maîtrise son art. La fin du set pousse encore davantage le curseur de la violence agréable avec un "Ravager" dantesque, le destructeur et coutumier "Bloodcraft", et "Hatred Inherit". Les Brésiliens reviennent régulièrement au festival clissonnais pour rappeler qu'avec l'âge et l'expérience, certains groupes continuent démonter en puissance tout en restant fidèles à leurs racines. Et en ce vendredi 16 juin, Krisiun a bel et bien blasté... une nouvelle fois.


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Sous la Valley ensuite, le combo metal alternatif culte de Paige Hamilton, Helmet (aka Casque) se produisait pour la première fois au Hellfest (VALLEY –16h00). La grande tente était d’ailleurs blindée pour l’occasion. Armés d’une setlist parcourant toute leur carrière mais faisant logiquement la part belle à leur contrasté – pour ne pas dire chiant - dernier album, la bande à Paige apparait en forme, bien qu’aujourd’hui le groupe ressemble davantage à « Paige et trois jeunes gars » qu’à la formation d’origine, le frontman étant le seul rescapé de la grande époque (MeantimeBettyAftertaste). L’énergie est néanmoins bien présente et le public réactif, malgré un son pas loin d’être lamentable, la faute à – pour une fois - une quasi absence de basse et de kick dans la grosse caisse. Le groove de l’ensemble s’en ressent, ce qui est malheureux vu le potentiel sautillant des meilleures compos du groupe, célèbres pour leur énergie débridée et leurs riffs taillés à la serpe. On s’éclate quand même énormément sur le final, inévitablement occupé par "In The Meantime", et pendant les autres tubes de Paige & The Kids, comme "Unsung", "Milquetoast" ou encore "Wilma’s Rainbow’". Un bon set, mais qui aurait pu être énorme: dommage.

Pour s’en remettre, on file à la MS1 voir le divin chauve. Non, on ne cause ni de Fabien Barthez ni de Rob Halford, mais bien de Devin Townsend Project (MS1 – 16h45). Et pour le coup, et contrairement au set de Queensrÿche, le regard vers le passé ne sera pas de mise, avec en grande partie des titres récents, à l’image du backdrop derrière la batterie illustrant le dernier album : Transcendance. C’est donc sur les gros sons bien lourds de "Rejoice" que le groupe arrive. Efficace, le morceau montre des Canadiens à l'avenant et notamment un Devin Townsend tout sourire, faisant toujours autant de mimiques impayables notamment pendant ses hurlements. Le public headbangue sous les coups de butoir de Ryan van Poederooyen et les lourds riffs de Dave Young. Le morceau rend extrêmement bien, même si l’on regrettera l’utilisation inévitable de quelques samples et ce malgré la présence d’un clavier. Puis après quelques mots de salutations, le Canadien enchaîne sur deux titres de Transcendance avec "Storm Bending" et son excellent refrain, ainsi que l’inévitable "Failure" et son solo de guitare en plein milieu. Efficace mais un peu convenu. Le groupe pioche ensuite dans des titres plus vieux sous les acclamations du public. Un lent et hypnotique "Deadhead" captive la foule et permet à Devin Townsend de déployer tout son talent en alternant chant clair et hurlement. Puis c’est l’enchaînement avec "Supercrush!"qui rend l'auditoire complètement fou et nous colle les frissons lorsque Devin se lance dans l'émouvant refrain. Un grand moment ! Et histoire de ne pas faire retomber la tension, le burtonien "March of the Poozer" débarque, le public chante, hurle même sous les ordres de Devin. La foule ne redescendra pas avec "Kingdom", sur laquelle le Canadien fait le  show en se touchant les tétons pendant le refrain. Alors sonne l’heure du dernier titre, le long et complexe "Higher".


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La tension retombe un peu malgré la qualité du morceau, gâché par une batterie et des basses trop fortes (ce qui fut d’ailleurs le cas pendant tout le concert). Dommage, car sans cela le spectacle eut été vraiment été énorme. Au même moment, on se marre beaucoup moins en compagnie de Dødheimsgard (16h55 – TEMPLE). Il est presque 17h, le soleil tape encore bien dehors, il fait vingt-sept degrés à l'ombre et Dødheimsgard joue sous le Temple. Voilà qui résumerait bien les pensées confuses du curieux ou du moins curieux qui assiste en cette douce après-midi à la performance des Norvégiens. Dødheimsgard, c'est déjà assez indescriptible en soi : tantôt black metal cru, tantôt avant-garde totale, des passages acoustiques par ici, des orchestrations par là. Ajoutez à cela une ambiance assez tribale, un maquillage incongru (l'un est totalement peint en noir, l'autre arbore un corpse paint plus classique, tandis que le dernier ressemble à un clown). Voilà une drôle de panoplie qui n'est pas sans rappeler le loufoque d'une certaine mascarade infernale. Et si on se rappelle avoir été bluffé en salle de la prestation des Norvégiens, il faut bien avouer que l'exercice du festival est bien plus difficile à appréhender. Car bien qu'étant sous tente, le groupe peine à nous faire plonger aussi démoniaquement dans son univers perché, la faute sans doute à tous les facteurs extérieurs précédemment cités. C’est dommage puisque pour l'occasion, le quatuor parcourt tout son répertoire sans oubli, et il faudra patienter jusqu’à la toute fin du set pour entendre enfin un extrait de A Umbra Omega, dernier opus en date, avec "Architect of Darkness". Définitivement un groupe de salle, à revoir dans un cadre intimiste.

On trace ensuite faire la teuf avec Red Fang (VALLEY – 17h40). L’après-midi touche à sa fin et la tente est bondée lorsque les Américains débutent les hostilités. Sur fond de light-shows rouges présents pendant presque l’intégralité du concert, les gars entament l’entraînante "Blood Like Cream" alors que la foule hurle sans discontinuer « Turn it Up, Turn it Up ! ». Premier constat, le son est nickel. Les guitares s'illustrent de façon bien grasse et la batterie n’est pas trop forte, permettant de profiter au maximum des riffs de David Sullivan et Bryan Giles. D’ailleurs, le bassiste / chanteur Aaron Beam et son timbre rugueux résonnent parfaitement sous la tente, appuyant l'aspect roots au concert. Les morceaux s’enchaînent avec leur dose de grooves entraînants, plutôt piochés dans les premiers disques, et le résultat est immédiat, faisant danser, headbanguer, slammer le public. Des rouleaux de papier toilette volent au travers de la salle. C’est la folie. Par moment, pour calmer le jeu, les titres se font plus lourds et lents, mais sans jamais perdre en efficacité. Les derniers morceaux mettent ainsi tout le monde d’accord : "Wires" est ainsi repris par la foule, tandis que les Américains sont tout sourire, visiblement conquis par l’ambiance qu’ils ont su installer.


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Enfin, les premières notes de guitare de "Prehistoric Dog" se font entendre. Hurlement hystérique du public. Température qui augmente de plusieurs degrés. Et la folie s’empare de nouveau de la Valley avec un gros circle-pit à la clé. L'on ne peut que s’agiter sous les riffs ultra-entraînants de ce titre imparable. En une heure, Red Fang a clairement prouvé que sa réputation de groupe de scène n’est pas usurpée. Un bon gros stoner efficace, tout simplement. Pendant ce temps-là, on se fâche tout rouge contre Firespawn, qui délivre un set absolument dégueulasse sous l’Altar (17h40 – ALTAR). Pourquoi ? Parce qu’autant on peut accepter des galères de son en festival, c’est le pain quotidien de tous les outdoors, même les plus qualitatifs tels que le Hellfest, mais là on parle d'un foutage de gueule invraisemblable. Pas moyen de reconnaître le moindre truc au milieu de cette bouillie foutraque, rendue encore plus insupportable par une voix tellement sur-mixée qu’on a l’impression que LG Petrov nous gueule au mégaphone à l’intérieur de la boite crânienne. Et la prestation du groupe se révèle, hélas, au diapason du son: dégueulasse. Statique au possible (déjà que les compos ne sont pas toutes folichonnes, même si cela s’est amélioré sur le dernier album) et « menée » par un LG Petrov ne ressemblant plus à rien, si ce n’est à un clochard poisseux, tenant à peine debout. Ses interventions entre les morceaux ressemblent d’ailleurs plus à des borborygmes de pilier de comptoir, peuplés de rires gras dignes d’un Scooby-Doo death-metal. Pathétique de bout en bout, sûrement l'un des pires concerts du festival. Vivement le retour du vrai Entombed bordel, avec ou sans Petrov d’ailleurs. Firespawn, Entombed A.D: dehors, une bonne fois pour toutes.

Cela étant dit, la question est à présent de savoir si les drôles de Corvus Corvax peuvent panser nos plaies après ce terrible échec firespawnien (18h35 – TEMPLE). Tout comme Perturbator programmé en clôture de festival, Corvus Corax évolue sans guitare électrique, sans basse et presque sans batterie – configuration peu courante dans un festival de musiques metal et hardcore. Et pourtant, difficile de trouver plus vaste écart stylistique entre l’electro dark du premier nommé et le folk pagan tradi machin en peaux de bestioles délivré par les joyeux drilles germaniques. Si l'expression « presque sans batterie » peut intriguer, elle correspond en fait à un dispositif assez curieux par lequel un batteur en partie masqué par le décorum pléthorique déployé sur scène vient discrètement, si l'on peut dire, renforcer les frappes assénées par son collègue aux timbales et au gong. Les autres musiciens, arborant peintures de guerre, accoutrements en cuir et clous « néo-médiévaux », soufflent avec entrain dans de monstrueux binious qu'ils échangent de temps à autre avec des flûtes et des vielles à roue. On ne peut qu'être admiratifs devant la dextérité avec laquelle les gaillards manient leur imposants instruments dont ils tirent des sonorités majoritairement aiguës, pondérées par de sourdes percussions et un chant guttural très déclamatoire.


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Le kitsch guette, mais pas la mièvrerie: hormis un épilogue un peu plat composé d'une adaptation convenue et très (trop) délayée du générique de Game of Thrones, les morceaux se révèlent particulièrement rythmés – l'un d'entre eux sonnant même... disco. De plus, malgré la quincaillerie et la maroquinerie que se coltinent les ménestrels torse-nus, ceux-ci se montrent aussi remuants que possible, instillant une bonne humeur et une envie de se déhancher qui risquent de trancher assez nettement avec l'ambiance du concert que Wardruna – autre formation non électrifiée (ou presque) - doit donner le lendemain au même endroit. Une parenthèse rafraîchissante. À peine les bergers du metal ont-ils achevé leur set qu’on fonce voir Baroness et sa nouvelle guitariste (19h40 - VALLEY - LR ici). On trace également à la MS2 pour assister aux grandiloquences du sieur Nergal et de son Behemoth (19h40 - MS2 – LR ici).

Et comme un bonheur death metal n’arrive jamais seul, on coure également assister au set des cultes Cryptopsy (ALTAR – 19h40). Il y a vingt et un ans, le Canada et a fortiori Cryptopsy lançaient une grosse pavasse dans la mare brutal death technique avec un None So Vile si célébré que finalement, le groupe ne s’en est jamais vraiment remis malgré quelques LP remarquables, mais quasi unanimement considérés comme inférieurs au premier. À chaque venue au festival, le public attend donc bien évidemment de recevoir sa dose d’Histoire au milieu d'une setlist faisant la promo d'autres LP. Mais en ce début de soirée, l’Altar va enfin pouvoir voir et entendre None So Vile joué en intégralité. Et même s'il ne reste que Flo Mounier de l’époque de cette auguste sortie, le line-up du combo est stabilisé depuis plusieurs années et maîtrise son sujet. Mais il faudra d’abord patienter pendant trois titres: "Two-PoundTorch" issu de Cryptopsy, "Mutant Christ" de Blasphemy Made Flesh, et "Detritus" issu de l’EP The Book of Suffering, pour enfin arriver au Graal. Si clairement le trio guitare/ basse / batterie se révèle exceptionnel (l’Altar n’aura d’ailleurs, durant tout le weekend, globalement présenté que des pointures en matière de death metal), la principale déception provient du chanteur, au nom évocateur et particulièrement bien choisi en l’occurrence: Matt Mc Gachy [ndlr: ça ne s’invente pas !]. Malgré une technique maîtrisée, le manque de nuance de son growl surmixé dénaturera en partie les titres de l'album fêté durant cette tournée estivale. Bien sûr qu'un monument comme"Slit Your Guts" vivra et explosera le public; qu'un "Deadand Dripping" sera une mandale sans retenue, et qu'un "Phobophile" (du moins l’intro) permettra au groupe d'apprécier les sourires de metalhead ravis. Mais peut-être que les écoutes répétées du divin LP en cette année anniversaire étaient trop présentes dans nombre de têtes pour pouvoir pleinement apprécier une restitution différente, bien que satisfaisante. Quoiqu'il en soit, à comparer avec Firespawn... Non pardon, ne comparons pas. Cryptopsy  a livré un très bon set, visiblement très attendu au regard de l'affluence massive dans le hangar et ce malgré une appréciation bien évidemment subjective du chant durant le concert.


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Suite à cela, il est près de 20h45 quand un Éternel prend enfin son courage à deux mains pour rejoindre la Warzone, jusqu’alors désertée par l’équipe [ndlr: la Warzone est peut-être la meilleure scène du festival en termes de scénographie, mais sa programmation à base de punk à chiens et de vieux punk anglais nous déplaît ô combien largement en ce vendredi; néanmoins il en faut pour tous les goûts, c’est aussi pour ça qu’on aime le Hellfest, et il en ira autrement pour les deux autres jours du fest] et aller assister au set des Ramoneurs de Menhirs (WARZONE - 20h45). On n'en pensera malheureusement rien de bon, et parfois, dans ces cas-là, mieux vaut ne rien dire. Aussi, passons. Une fois achevée l’épreuve du punk français old-school alourdi aux flonflons/bagad et reprenant "Le Loup, le Renard et la Belette", retour à des considérations un rien plus sérieuses avec Obituary (21h50 - ALTAR - LR ici). Et comme l’heure est aux groupes cultes, on ne va tout de même pas louper le set d’Electric Wizard (21h50 - VALLEY). Tête d’affiche de la Valley pour ce vendredi, le grand Wiz’ arrive sous une tente relativement bien remplie. Les riffs sont évidemment lourds, poisseux, et les guitares bavent comme il faut. Les lumières sont tantôt vertes, tantôt rouges, histoire d’ajouter une ambiance bien lugubre à un show consacré à la gloire de Satan. Débarquant sur "Witchcult Today", les Anglais balancent des riffs hypnotiques, laissant le public headbanguer et se noyer dans cet océan de noirceur. Les guitares se font bien entendre, tout comme la batterie. En revanche, on regrettera de ne pas trop distinguer le chant de Jus Oborn parmi ce déluge de sons saturés. Dommage. Mais l’ensemble se révèle cependant des plus corrects et permet ainsi de passer une heure à revivre les morceaux cultes du groupe comme l'entraînant "Black Mass" ou encore "Satanic Rites of Drugula" avec son final bien senti à la guitare lead. C’est ensuite à des titres plus lourds et chaotiques que le public aura le droit avec la basse poisseuse de "Return Trip" ou les cris de "Incense For The Damned" repris par l'auditoire. Sonnée et rendue groggy par une telle avalanche de lourdeur, la foule revient un peu de sa transe avec les mélodies à la guitare de "The Chosen Few" pour retomber dans son état second avec le cultissime "Funeralopolis" et son final ultra bordélique. Le trip sans prise de risque d’Eletric Wizard s’achève - le groupe jouant toujours les mêmes morceaux - laissant aux spectateurs l’occasion de revenir carillonnés [ndlr : jolie expression, n'est-ce pas ?] et repus d’un voyage lent et lourd au pays de Satan.


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Puis on enchaîne directement avec le heavy/power-metal à moustaches ultra populaire de Sabaton (22h20 - MS2). Le décorum est au rendez-vous avec le traditionnel et imposant char d’assaut en guise de support de batterie, ainsi qu'un jeu de lumières et de pyrotechnie dignes d’une tête d’affiche. Dès leur entrée sur scène, les Suédois affichent leurs intentions. Joakim Broden, le chanteur, arbore crête et lunettes de soleil comme à son habitude, multiplie les fentes latérales et les courses d’un bout à l’autre de la scène. Et même si son chant pêche un peu en justesse, l’énergie délivrée par le frontman ainsi que les nombreux chœurs assurés par les autres musiciens rattrapent aisément ce léger défaut. D’autant que la musique de Sabaton est parfaitement adaptée à l’ambiance du festival, les différents morceaux du groupe étant acclamés par une foule incroyable, ravie du spectacle proposé. Les lignes de claviers aux forts relents eighties contribuent à l'ambiance extrêmement chaleureuse de l’ensemble, entretenue par des musiciens peu avares en remuage de cheveux. Les refrains hymnesques s’enchaînent ("The Art Of War", "Sparta", "Winged Hussards"), magnifiés par l’habituel accent à couper au couteau de Broden. Sur "Swedish Pagans", celui-ci laissera sa place à un chanteur invité suite à un concours organisé par Metallian et qui viendra, très sûr de lui, assurer les lignes vocales devant près de dix mille personnes. Un très beau geste de la part du groupe. Mais le leader reviendra en courant occuper le devant de la scène pour la fin du concert. Une courte pause puis "Primo Victoria", "Shiroyama", son refrain ultra efficace, et "To Hell And Back" et son clavier festif, termineront en beauté (et en cotillons) une prestation digne de sa place en tête d’affiche. Définitivement une excellente journée pour les amateurs de heavy sur les mainstages.

Suite à ces deux leçons, il est temps d’aller à la rencontre du combo punk-rock cultissime Rancid (22h55 - WARZONE - LR ici). En conséquence, on rate une partie du set de Marduk (22h55 - TEMPLE) et le peu qu’on en perçoit est grevé d’un son encore une fois à la limite de l’acceptable, le sempiternel duo basse/batterie bouffant une trop grande partie de l’espace au détriment du chant (ça passe encore), et surtout de la guitare (là, ça ne passe pas).


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Or pour un groupe aussi intense que Marduk, dont la section rythmique bombarde quasiment en permanence, la guitare de Morgan constitue LE moyen de reconnaître les morceaux et d’éprouver le kiff que chaque fan de black est en droit de ressentir face à un groupe vétéran et pilier du genre depuis ses débuts. Dommage, car le quatuor semble motivé et le public ne se démerde pas trop mal non plus (après, le public black metal est statique, c’est un fait). On identifie quand même "Throne Of Rats", "Frontschwein" et l’obligatoire "Panzer Division Marduk", mais il s’en faut de peu pour qu’on abandonne. Impossible de véritablement juger la qualité de l’ensemble dans ces conditions. Voilà clairement une prestation qui ne marquera les annales du festival. Il se fait tard sur le fest et l’équipe, présente sur site depuis environ 10h du matin, n'est pourtant pas encore totalement rôtie. On enchaine donc, au prix de quelques efforts, avec les légendaires Autopsy (00h – ALTAR - LR ici).

Et pour finir ce premier jour sur une note plus festive, difficile de faire l’impasse sur Alestrom (01h05 – TEMPLE). Rappelons que les Écossais de Alestorm avaient déjà mis le feu à la Temple en 2015. Forts d’un nouvel album et au vu du succès de leur prestation antérieure, on aurait pu penser qu’ils bénéficieraient d’une mainstage pour cette édition 2017. Il n’en est rien. En revanche, ils jouent désormais en nocturne et viennent conclure cette première journée. Mais l'horaire tardif ne signifie pas que le public soit moins nombreux. L’affluence est même monstrueuse et énormément de fans ne pourront tout bonnement pas assister au concert ou alors sur l’écran disposé à l’extérieur de la tente. Quant aux heureux élus massés sous le chapiteau, ils ne tarderont pas à sauter dans tous les sens, armés de leurs drapeaux de pirates, de leurs bateaux gonflables et de tout leur talent de surfeurs de foule. La setlist est quasiment superposable à celle de 2015, hormis l’ajout de titres issus de No Grave But The Sea, les très bons "Alestorm", "Mexico", le titre éponyme et le très poétique "Fucked With An Anchor". L’ambiance de folie est également comparable à celle d’il y a deux ans, le côté original en moins. De plus, le confinement à l’intérieur du chapiteau se révèle franchement étouffant, la fatigue aidant sans doute. Ce qui est d’autant plus dommage si l’on essaie d’imaginer le délire qu’aurait pu représenter la prestation des pirates en extérieur. Mais ne boudons pas totalement notre plaisir, les morceaux sont franchement agréables à entendre, Drink et les autres font parfaitement le boulot, le groupe est parfaitement en place et les gens sont contents. Il persiste juste un léger sentiment de déception d’avoir assisté à peu de choses près au même concert que la dernière fois, avec les mêmes qualités mais surtout le même (gros) défaut. Exigeons une mainstage pour la prochaine fois !


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Cela étant fait, il est plus que temps de rentrer aux tentes/tipis/camions/camping-cars et de s’en coller une petite pour ceux qui sont encore d’attaque (scoop: très peu le sont), avant d’attaquer le samedi, qui s’annonce tout aussi chargé. Plus chargé qu’une Renault 21 Chamade partant au bled un beau vendredi soir de départ en vacances.



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