CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 25 juillet 2017




SETLIST

The Red & the Black
Golden Age of Leather
Burnin' for You
ME 262
Then Came the Last Days of May
Tattoo Vampire
Godzilla
(Don't Fear) The Reaper
Hot Rails to Hell
Cities on Flame With Rock and Roll

AFFILIÉ

Blue Oyster Cult
Hellfest (Clisson)
(17 juin 2012)

18 juin 2017 - Hellfest


Blue_Oyster_Cult_Hellfest_20170618

Quatre ans. Quatre ans que le Culte de l'Huître Bleue n'a plus foulé les planches françaises depuis celles de la Foire aux Vins de Colmar. La fois précédente ? C'était au Hellfest 2012, pour le bonheur de notre envoyé spécial, tout esbaudi devant tant de feeling et de musicalité. Autant dire que la venue des vétérans américains - annoncée avant même le communiqué officiel de l'organisation - constitue un petit événement, et probablement l'une des dernières occasions de voir les anciens copains de Patti Smith jouer au pays du munster et du muscadet (attention, cette suggestion culinaire est réservée aux professionnels, la reproduire à la maison vous expose à une rupture durable de vos relations sociales - ndlr : à tout le moins outre-vosgiennes !).

Comme il fallait s'y attendre, la foule est compacte sous le chapiteau de la Valley, les places devant les barrières étant le domaine réservé de celles et ceux qui s'y sont postés plusieurs heures auparavant. Aux tempes grisonnantes que l'on devine appartenir à des suiveurs de longue date se mêlent des profils plus jeunes, des curieux, mais aussi des connaisseurs qui savent pertinemment que l'occasion de voir en chair et en os les auteurs des mythiques Secret Treaties et Tyranny and Mutation risque de ne plus jamais se présenter. C'est d'ailleurs par le vigoureux "The Red & the Black", l'un des plus fameux extraits du dernier album nommé, que le quintet ouvre le bal après la diffusion dispensable du générique de Game of Thrones – les sonneurs teutons de Corvus Corax avaient fait l'effort de le jouer eux-mêmes vendredi. Malgré une amorce un peu brouillonne, le collectif se cale rapidement et le son gagne à la fois en équlibre et en clarté. Le constat sera un peu différent sur les morceaux incluant des parties de claviers - ceux-ci, pourtant au nombre de trois, se révélant parfois trop timides. À propos du matériel, on cherche encore la raison de la présence derrière les amplis d'un portique entier de guitares que personne n'approchera pendant une heure, Buck Dharma ayant de toute façon choisi de jouer sur son habituelle gratte blanche sans tête à trous de gruyère. Et quand Eric Bloom changera la sienne suite à une discussion agacée avec son vieux complice, il s'en ira la chercher lui-même en coulisses, loupant ainsi le début de "(Don't Fear) The Reaper", le plus grand tube de la formation. Mais ces menues péripéties n'entament en rien l'impression de sérénité et de maîtrise dégagée par le groupe – il faut dire que cela fait plus de quinze ans que celui-ci tourne sans avoir sorti de nouvel enregistrement, ça laisse du temps pour peaufiner un répertoire. D'autant que certains titres font figure d'incontournables et sont systématiquement interprétés, correspondant à la poignée de hits qui ont émaillé la carrière de Blue Öyster Cult : le susmentionné "(Don't Fear) The Reaper" et ses chœurs angéliques, le bon enfant "Godzilla" ou encore le mélancolique "Burnin' for You", seul rescapé des années quatre-vingts, le reste de la setlist appartenant à la décennie précédente...
Quelques ritournelles plus véloces - "The Red & the Black" donc, mais aussi "ME 262" et "Hot Rails to Hell" - rappellent que les membres de la section new-yorkaise étaient considérés comme les initiateurs et les fers de lance d'un hard rock aussi froid que sulfureux (en chimie ça tient moyennement la route, mais passons) et qu'ils ont été parmi les tout premiers à chanter le « heavy metal », dans "ME 262" précisément. Mais l'ambiguïté de Blue Öyster Cult ne se limite, ou plutôt ne se limitait pas uniquement aux textes et se retrouve également dans la variété du propos musical. Dans ces conditions, ce sont sur les titres les plus délicats que le merveilleux feeling de Buck Dharma s'exprime pleinement à la six-cordes - son intervention sur "Then Came the Last Days of May" en constituant l'un des exemples les plus éclatants, bien qu'elle succède au solo incandescent de son (relativement) jeune et virtuose collègue Richie Castellano. Ce dernier a peut-être le tort d'en faire un peu trop, mais son implication proche de la transe instaure une intensité qui électrise un public déjà très enthousiaste. De plus, son attitude dynamique – il est le seul à se déplacer sur l'estrade pendant les morceaux – tranche avec le statisme du reste de la bande, et plus particulièrement celui d'Eric Bloom, dont on espère que la chétivité résulte uniquement de son âge vénérable. Reste que le septuagénaire, malgré un déficit de puissance, a correctement assuré ses parties vocales en plus de son soutien à la guitare et aux synthés, avant de finir le concert juché sur la batterie pour donner des coups de cymbales sur l'incunable "Cities on Flame With Rock and Roll". La fougue n'est plus tout à fait au rendez-vous, mais la détermination semble intacte.


L'auditoire ne s'y trompe pas, réservant une ovation tonitruante aux cinq musiciens à l'issue de leur performance de haut vol. Finalement, rien ou presque n'a bougé depuis la prestation clissonnaise de 2012, hormis le bassiste - Rudy Sarzo ayant laissé sa place juste après celle-ci - et l'apparition de quelques titres supplémentaires. Un rendu sonore plus que correct, une exécution irréprochable et intense qui compense une mise en scène des plus chiches, des chansons tour à tour brillantes, efficaces et énergiques : le set a beau être rôdé depuis des lustres, la magie opère toujours. « Some enchanted evening ».


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