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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-André Matos
(chant+claviers)

-Rafael Bittencourt
(guitare)

-Kiko Loureiro
(guitare)

-Luis Mariutti
(basse)

-Ricardo Confessori
(batterie)

TRACKLIST

1)Crossing
2)Nothing To Say
3)Silence And Distance
4)Carolina IV
5)Holy Land
6)The Shaman
7)Make Believe
8)Z.I.T.O.
9)Deep Blue
10)Lullaby For Lucifer

DISCOGRAPHIE


Angra - Holy Land
(1995) - heavy metal metal symphonique metal prog Métal tribal mélodique - Label : SPV



Après un coup d'envoi plus qu'honorable, Angra se paye le luxe d'enfoncer le clou et de nous pondre un album-référence, rien que ça. Laissant exploser ses racines, le groupe sort « presque un concept-album sur le Brésil », et réussit un dosage parfait de ses composantes de base, à savoir musique classique, influences sud-américaines et heavy mélodique. Et qu'est-ce que c'est bon… Haaa la la, l'intro "Crossing" et sa transition sur le titre suivant… Combien d'entre nous, scotchés, se sont repassés "Nothing To Say" en boucle, avec un coup de retour rapide sur la plage 1 pour que tout s'enchaîne?

Après un chœur baroque de Da Palestrina (seul emprunt de l'album, Angra compose ses parties symphoniques maintenant), la pluie se met à tomber, et la montée s'enclenche, rythmique bien métal, avec une James Bond touch aux claviers, et après un break de percus tribales imprévisible arrive un titre grandiose, incarnation du renouveau du groupe... Car ça y est, il la tiennent, leur putain de formule miracle!! "Nothing to Say" est un titre de speed mélodique imbattable qui décline toute la palette d'Angra en un long break qui enchaîne avec perfection thèmes symphoniques, flûtes incas et guitares métalissimes. La paire Loureiro-Bittencourt est au top de sa forme, et cet album dégouline une fois de plus de rythmiques merveilleuses et de soli d'un niveau franchement supérieur. Et Matos a encore progressé. Holy Land est bourré de titres immédiatement accessibles en première écoute mais aussi réécoutables à l'envie, tant ils sont subtils, arrangés, soignés, ou dévastateurs. Car cet album est également très varié, encore plus que ne l'était Angels Cry.

Dès l'arrivée de "Silence And Distance", on sait qu'on est face à quelque chose de très spécial. L'intro au piano murmurée, la voix délicate et fragile… Puis le titre commence et c'est une révélation. La côté brésilien s'exprime comme jamais auparavant, et ce titre, avec "Holy Land" et surtout "The Shaman", expose une nouvelle vision de ce que peut être le métal tribal, dans une approche totalement différente de celle de Sepultura. En effet, ici, il s'agit d'habiller les riffs heavy par une déferlante d'arrangements et de percussions qui donnent une puissance irrésistible à l'ensemble, tout en accentuant encore plus l'aspect mélodique! Enfin bref, un titre comme "Holy Land" vous transporte sur une autre planète, car le mélange permet de distiller beaucoup d'émotions, du happy jungle métal de certains titres à la mélancolie poignante d'autres. De fait, le tempo général de l'album s'est assez ralenti, et la plupart des titres sont mid-tempo. Pour le camp des bourrins on pourra toujours compter sur "Z.I.T.O," compo de Bittencourt donc qui beute, très speed avec des soli à une ou deux grattes à tomber par terre.

Comme le groupe l'a lui-même dit (voir intro), cette Terre Sacrée c'est le Brésil, sujet majeur de l'album. Sans être un concept-album, donc, l'œuvre d'Angra a cela d'original qu'elle considère tous les acteurs de la conquête du nouveau continent. L'histoire de "The Shaman" prend fermement place dans le monde tribal par exemple, mais des titres comme "Nothing To Say" et "Carolina IV" se mettent dans la tête des explorateurs, évoquant leur soif de découverte, leur passion, puis la corruption de cette passion. C'est donc d'un véritable travail d'écriture qu'il s'agit ici, avec des textes allusifs et ésotériques mais toujours porteurs de sens. La chanson "Carolina IV", à ce propos, est bluffante. Je dois absolument mentionner son break, long de plus de deux minutes (la chanson en fait treize), une des parties instrumentales les plus abouties jamais écrites par un groupe de métal à mon sens. Il faut l'écouter, car durant ces quelques dizaines de secondes, c'est Angra dans toute sa gloire que l'on écoute, l'Angra qui a été un très, très grand groupe de métal.

Alors pourquoi n'ai-je pas mis à cet album le 19/20 que je pensais lui mettre au départ? Parce qu'il y a quelques rares ombres à ce tableau enchanteur. Première en ligne: la production qui ne permet pas aux chansons de prendre toute leur dimension, en particulier en ce qui concerne les guitares et la batterie. Les parties des deux guitaristes sont sous-mixées, et le son bien que très pro fait limite froid, numérique, ce qui est vraiment dommage car le côté métal est un poil trop à l'arrière parfois, quand trop de pistes de claviers se superposent. Quant à la batterie, c'est vraiment rendre peu d'hommage aux talents de Confessori, batteur phénoménal, que de lui avoir attribué un son pareil… Pour résumer, la double pédale est presque inaudible, et la caisse claire vient de loin.


Les compos restent d'une qualité incroyable, bien sûr, mais bon, c'est un peu du gâchis… Sinon les ballades, "Make Believe" et "Deep Blue", sont à mon avis en-deça des autres compos, même si la voix de Matos colle des frissons au début de "Deep Blue". Mais bon, ces chansons sont juste bonnes alors que les autres sont incroyables, vous me saisissez? Le décalage m'a un peu surpris mais tout ça reste d'un niveau frisant le génie. En conclusion, Holy Land est un album incontournable, l'expression d'un équilibre que le groupe ne retrouvera jamais (car il n'essayera pas de toute façon). Holy Land est un manifeste artistique.


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