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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 14 mars 2015
Sa note : 14/20

LINE UP

-Joseph "Joe" André Duplantier
(chant+guitare)

-Christian Roger Andreu
(guitare)

-Jean-Michel Dominique Labadie
(basse)

-Mario François Duplantier
(batterie)

TRACKLIST

1) The Link
2) Death Of Me
3) Connected
4) Remembrance
5) Torii
6) Indians
7) Embrace The World
8) Inward Movement
9) Over The Flows
10) Wisdom Comes
11) Dawn

DISCOGRAPHIE


Gojira - The Link



Deux ans après avoir épaté la France, le monde et le cosmos intergalactique avec Terra Incognita, leur premier album sorti en 2001, les Aquitains de Gojira délivrent leur seconde super production intitulée The Link. Officiant toujours dans un registre death metal plutôt technique – désolé pour le suspense et ceux qui s'imaginaient que les Bayonnais se mettraient au klezmer – ces derniers ont la redoutable tâche de prolonger la trajectoire idéalement tracée depuis les premières démos, celle d'une progression constante vers les sommets de l'excellence. Alors, confirmation ou coup d'arrêt ? Rupture ou continuité ? Stop ou encore ?

Le premier mot qui jaillit à l'écoute de ce nouveau recueil est « puissance ». Le second est « maîtrise ». Des termes qui s'imposaient tels des évidences dès les enregistrements initiaux et qui trouvent ici une cinglante confirmation. Quel son ! Quelle précision ! Instrumentistes hors pair, les p'tits jeunes du Sud-Ouest envoient les parpaings avec l'aisance de maçons floridiens sur-expérimentés. Une fois de plus, il convient de saluer la performance de Mario Duplantier : non que le batteur se distingue par une célérité hors norme – encore qu'il serait sans doute capable de tenir la dragée haute aux poulpes hystériques qui ne vivent que pour le blast, comme le démontrent ses « explosions rythmiques » sur "Death Of Me" et "Inward Movement". Là où le benjamin de la bande impressionne particulièrement, c'est par sa capacité à varier les tempos et les schémas. La frappe est juste et justifiée : préférant le contre-pied au pilonnage, le Basco-Landais ménage ses effets et cogne là où ça fait mal, se montrant ainsi bien plus efficace et inventif que nombre de ses collègues adeptes de la baston sans discernement. Avec un percussionniste aussi doué, le groupe peut voyager loin et ne se prive pas de faire subir les derniers outrages à des compositions sans cesse ballotées entre lourdeurs et fulgurance, ruptures et obstination. À l'exception de "Connected" et "Torii", courts intermèdes bucoliques, chaque morceau s'apparente à un tour de montagnes russes plus ou moins vertigineux, tel "Remembrance" qui déboule à toute berzingue avec la boîte à gifles de chez Morbid Angel avant de faire place à une intraitable séquence de thrash intense ; résonne ensuite un refrain pesant façon Cancer auquel succède le passage final, où les guitares syncopent comme des kalashs à l'entraînement sur fond de guimbarde emportée par le vent. Foudroyant. Virtuose. Presque trop.
Car la dextérité confondante des Pyrénéens de l'Atlantique s'exprime essentiellement dans l'agencement du rythme au détriment, souvent, de la progression mélodique. Certes, il n'est pas question chez eux de melodeath – grâce leur soit rendue ! - mais il est dommage que ces remarquables exécutants ne profitent pas de leurs capacités pour faire sauter les carcans un peu trop rigides d'un death metal tout en scansion, qui donne surtout le sentiment de vouloir en imposer. Symboles de cette tendance, les épilogues d'à peu près toutes les pistes à la "Those Left Behind" d'Immolation tirent leur force de thèmes monolithiques dont la répétition terrassante flirte avec l'exercice de style. La frustration est d'autant plus vive que le quatuor prend bien soin au préalable de faire monter la tension : sous le déluge sonique, on attend une libération qui ne vient jamais, comme autant de coïts interrompus par un partenaire égoïste qui refuse à l'autre le plaisir qu'il s'est octroyé. De plus, certains titres - "Indians", "Embrace The World" - se résument à la reconduction de deux plans juxtaposés qu'une petite pirouette vient conclure (des mantras tibétains pour le second) : les motifs sont plaisants mais tombent un peu à plat, même si la qualité d'exécution leur confère une fluidité salvatrice. Petite incongruité, le très nerveux "Wisdom Comes", récupéré de la démo du même nom parue en 2000, taille son chemin en moins de deux minutes trente de manière beaucoup plus directe que ses congénères, tel un vestige de ce que fut le collectif trois ans avant que celui-ci ne capitalise un max' en terme d'assurance, de technicité et de rigueur. Mais en abandonnant beaucoup de spontanéité au passage - ainsi que le recours systématique aux harmoniques artificielles, mais ça c'est plutôt une bonne nouvelle.


Subtile masse de plomb hurlant, The Link témoigne d'une évolution vers toujours plus d'emprise sur leur art de la part de musiciens qui s'assurent désormais une place à la table marmoréenne des seigneurs du death metal. De sa poigne de fer, Gojira gouverne et contrôle. Tout. Trop, sans doute, tant l'armature complexe et anguleuse de son œuvre laisse peu de place à l'inattendu, à cette petite étincelle de folie qui finit par tout embraser pour le plaisir des yeux et des ouïes. On s'agenouille, on respecte, tout en regrettant un léger manque d'ambition – la mélodie, ce n'est pas sale. Alors Messieurs, la prochaine fois, faites comme le Dalaï-Lama et Brigitte Lahaie : lâchez prise !

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