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CHRONIQUE PAR ...

103
Amdor
Cette chronique a été mise en ligne le 31 juillet 2013
Sa note : 14/20

LINE UP

-Courtney LaPlante
(chant)

-Steven Bradley
(guitare+programmation)

-John Ganey
(guitare+programmation)

-Mike Martin
(basse)

-Mike Montgomery
(batterie)

TRACKLIST

1) Thunder Chunky
2) Letters to Stallone
3) Snake Charmer
4) Boat Paddle
5) Firebees
6) Mind the Gap
7) Carnage Asada
8) The Map
9) That's a Horse of a Different Color
10) I'd Buy That for a Dollar
11) Inside Job
12) It Don't Make Me No Nevermind

DISCOGRAPHIE


Iwrestledabearonce - Late For Nothing



« Le grand ennemi de l’Art, c’est le bon goût. » - Marcel Ducamp
Ca tombe bien, nous, metalleux, en avons horreur, du bon goût (en même temps, quel être humain sensé pourrait écouter ce genre de truc, sérieusement ?), si bien que nombre de formations ont fait de la transgression des canons esthétiques leur fond de commerce. Si la Sale Famine de Valfunde fait office de maître absolu en la matière par chez nous, dans un registre carrément moins trve du kvlt, les ‘ricains de Iwrestledabearonce ne se défendent pas trop mal non plus. Bien loin des ambiances crasseuses, la formation fait plutôt dans le joyeux bordel et la crise d’épilepsie auditive, à grands coups de mélange des genres improbable, de riffs dissonants et de rythmiques schizophréniques qui ont déjà donné naissance à deux albums au succès plutôt étonnant sur le papier compte tenu du genre pratiqué.


On a bien souvent l’habitude de dire que le troisième album est déterminant et Late For Nothing l’est d’autant plus pour IWABO que sa chanteuse emblématique a quitté le navire l’année dernière. Ce changement de front(wo)man avait en effet de quoi susciter quelques interrogations quand on connaît le rôle majeur qu’avait joué Krysta Cameron dans l’image de la formation ; mais le recrutement de Courtney LaPlante ne devrait finalement pas tant dépayser les fans de la première heure tant cette remplaçante ne diffère que très peu de sa prédécesseure, alternant growls et chant clair d’une manière tout à fait similaire. A défaut de révolutionner l’approche du groupe, la nouvelle recrue s’en sort plutôt bien dans ce registre malgré un chant clair au niveau fluctuant, pas très bien assuré sur "Boat Paddle" mais bien plus convaincant et accrocheur sur des morceaux comme "Firebees". A vrai dire, de façon générale, rien de bien nouveau ne figure au programme de cet album, qui aurait pourtant pu augurer quelques changements majeurs pour le combo, et on se retrouve finalement dans la droite lignée du précédent effort (de la pochette moche au genre pratiqué qui ne bouge pas d’un iota).
Les gars d’Iwrestledabearonce font donc ce qu’ils savent faire le mieux : ce mélange improbable entre deathcore, electro-pop dégoulinante, tapping sans queue ni tête, délires ultra techniques et autres expérimentations en tous genres à un rythme effréné (la piste aérienne qu'est "Mind the Gap" constituant la seule exception à la règle). Pourtant, cette tambouille plutôt bizarroïde donne un résultat certes bordélique mais étrangement digeste, accrocheur et même, disons-le, très accessible tout en proposant quelques moments de pure jouissance. Que ce soit "Thunder Chunky" et son breakdown dévastateur ou "Snake Charmer" et son introduction monstrueusement groovy, le groupe a su garnir Late For Nothing d’instants purement imparables qui devraient largement contenter les aficionados du style. Cependant, si cette galette, à l’instar des précédentes, est pleine de passages à même de faire fondre le cerveau des auditeurs – on pensera, entre autres, aux sons electros kitchissimes (du thérémine ?) sur la fin de "Letters to Stallone" ou au mélange piano, cuivres latino et solo de gratte (assuré par Steve Vai) sur l’intense "Carnage Asada" –, on ne pourra s’empêcher de penser que Iwrestledabearonce tape pile poil là où on les attendait, sans surprendre son monde en définitive. Une légère déception venant d’une formation qui, à l’origine, misait justement gros sur cet effet de surprise.


Qu’on ne s’y trompe pas, le bilan à tirer de Late For Nothing est loin d'être mauvais : regroupant tout ce qui fait le succès du groupe, cet album a de quoi faire un carton, si ce n’est que l’étonnement qu’avaient suscité Ruining It For Everybody et surtout It’s All Happening commence doucement à s’estomper. Rassurez-vous, rien de dramatique, très loin de là : cet opus n’est pas intrinsèquement inférieur à ces productions passées et se savoure de bout en bout avec un plaisir non dissimulé ! Toutefois, gare à ce que le groupe n’enclenche pas le pilotage automatique : la recette pourrait bien commencer à s'essouffler si la concurrence venait à se densifier. En attendant, la formule magique d'Iwrestledabearonce reste suffisamment unique pour nous bousiller les tympans, le cerveau et les cervicales en toute légitimité !


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