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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 27 janvier 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-Benjamin
(chants+arrangements)

-Drop
(guitare+arrangements)

-Ales
(basse)

-Kevin
(batterie)

TRACKLIST

1) Posthuman Manifesto
2) No Wisdom Brings Solace
3) The Line of Least Resistance
4) Red Nova Ignition
5) God Is An Automaton
6) Hightech vs. Lowlife
7) Downfall Inc.
8) Challenger
9) A Radiant Daybreak
10) Into The Black Light
11) Bliss And Destruction

DISCOGRAPHIE


Sybreed - God Is An Automaton



Pour un territoire historiquement neutre, la Suisse est tout de même drôlement active dans notre milieu. La preuve ? Facile : Coroner, Celtic Frost, Eluveitie, Carcariass, Samael et... Sybreed. Sans être exhaustive, cette liste déboîte suffisamment de mâchoires pour attirer notre attention sur la petite confédération et ses blanches montagnes. Et c'est Sybreed qui mérite aujourd'hui les honneurs. Peu après la sortie de son quatrième opus, God Is An Automaton, il est en effet grand temps de revenir sur l'un des leader de la scène « cyber », à supposer qu'existe une telle scène... 

Que s'est-il donc passé chez nos petits Suisses (OK, ça, c'est fait) depuis la sortie de l'ultra-efficace Pulse of Awakening (NdDroom : à écouter d'urgence !) ? A priori, pas grand chose. La première écoute de God Is An Automaton s'avère en effet plutôt décevante. Le groupe semble y tourner en roue libre, reprenant à l'identique les éléments de la formule développée sur les trois premiers essais. Ces éléments sont connus de tous les amateurs du genre: rythmes déconstruits, nappage électronique, chant bipolaire hurlé ou clair. Rien de bien nouveau à l'horizon, et on imagine déjà le drame d'un Sybreed prenant de l'âge, dont l'oeil ne pétille plus, envahi par la lassitude d'une routine qui gagne du terrain. Non. C'est impossible. Il faut sauver cette relation jadis privilégiée et, pour cela, donner sa chance au groupe, écouter ce qu'il nous propose pour tenter de comprendre où il veut en venir. Après des débuts difficiles, les écoutes passent et, petit à petit, les atouts de l'album se révèlent. Ouf, le fluide vital circule toujours ! Avant un constat général, ce sont étonnamment des points particuliers qui attirent l'attention. Ici ou là apparaissent un riff marquant (groovy sur "Posthuman Manifesto"), un refrain accrocheur (désabusé sur "No Wisdom Brings Solace"), une mélodie dansante (joyeuse sur "The Line of Least Resistance"), etc. Si les changements de fond ne sont pas immédiatement perceptibles, le disque se fait peu à peu amical. C'est un bon début. On sent que chacun dans le groupe assure son rôle. Tous les instruments se tournent vers la rythmique, Ben explore sa voix comme jamais, à ce point que l'on se demande si c'est effectivement le même homme qui assure les voix claires, les voix lorgnant vers le black et celles penchant vers un death profond ("A Radiant Daybreak", "Bliss And Destruction"). Quelques surprises sont même au rendez-vous, à l'instar du solo final sur le complexe "Bliss And Destruction". Le regard pétille, il est seulement discret. 
Puis avec l’expérience vient la hauteur. Le regard s'éloigne des points de détail pour appréhender l'oeuvre dans son ensemble comme un tout. God Is An Automaton se dévoile alors comme la parfaite continuité de Pulse. Cependant, là où ce dernier était d'une efficacité folle et où chaque morceau imprimait immédiatement sa marque et son identité, le Sybreed version 2012 se veut plus compact, moins direct. Les raisons en sont multiples et diffuses. En premier lieu, Sybreed semble se faire plus violent, encore plus sombre. "Red Nova Ignition", pétri d'arrangements, est d'une froideur stellaire. Même chose pour "Hightech vs. Lowlife", lent et massif sous ses faux airs de dubstep. "Into The Black Light" tire quant à lui vers le black et offre un contre-pied étonnant à un morceau lumineux comme "The Line of Least Resistance" plus proche de l'esprit d'un "Doomsday Party". L'album est donc plus exigeant et certainement plus difficile d'accès que son aîné. Le recul permet une nouvelle fois de comprendre une autre de ses particularités : tous les morceaux ne sont pas efficaces ou en tout cas, pas immédiatement efficaces. Qu'on se rassure, rien n'est mauvais. Seulement, cet album traîne un énorme paradoxe. Bien que rempli d'un bout à l'autre de refrains chantés par un Ben une fois de plus magistral avec sa voix claire, God Is An Automaton peine parfois à s'imprimer à long terme. Des passages qui semblent si évident lors de l'écoute ("Challenger", tube au tempo relevé ; "God Is An Automaton", filler de qualité [encore un paradoxe]), ne refont que difficilement surface une fois l'écoute terminée. Malgré un grand nombre de tours sur la platine, le refrain de "Challenger" n'émerge toujours pas de la mémoire de votre serviteur... Pourtant, lors de l'écoute, quel refrain ! Paradoxe, paradoxe. Un inconvénient: il faut trouver autre chose à siffloter. Un avantage : la durée de vie de l'album n'en est que plus longue. 


Le tableau est posé : God Is An Automaton est la suite logique des oeuvres passées, en moins directe, mais au final d'un même niveau qualitatif. Plus les écoutes passent, plus les détails, les refrains, les rythmes, les paroles (toujours aussi intéressantes, soit-dit en passant) et les particularités de chaque titre se dévoilent. Chaque piste s'installe dans un tout qui en transcende la somme et dont l'on retiendra quelques fulgurances, mais aussi quelques creux, les uns mettant en relief les autres et vice-versa. Finalement, pour un album industriel censé être froid et distant, God Is An Automaton peut se targuer d'avoir une âme. Et c'est ça qu'on aime chez Sybreed : la distance lucide, la froideur contrôlée utilisée comme masque à un bouillonnement d'émotion. La neutralité des Suisses n'est qu'apparente : creusez et vous verrez. 


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