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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 11 octobre 2012
Sa note : 19/20

LINE UP

-Tuukka Tolvanen
(chant)

-Jaakko Hilppö
(chant)

-Ilkka Salminen
(chant + guitare + basse + harmonium)

-Tyko Saarikko
(clavier + guitare + percussions)

-Inka Eerola
(violon)

-Janina Lehto
(flute)

-Ilmari Issakainen
(batterie + piano + guitare + basse)




TRACKLIST

1) Varpuspäivä
2) Kuoppa
3)  Kuulut kesiin
4) Salain
5) Viimeiseen
6) Vähäinen violetissa
7) Sarastuskävijä
8) Maa syttyy
9) Tuulenkaato
10) Aatos
11) Uuvu oravan luu
12) Rannalta haettu

DISCOGRAPHIE

Kertomuksia (1997)
Hallavedet (1998)
Maaäet (2006)
Saivo (2011)

Tenhi - Maaäet
(2006) - folk ambient - Label : Prophecy Productions



Dans la vie de tous les jours, deux questions reviennent sans cesse. La première : comment est-il humainement possible de former des mots compréhensibles en enchaînant 4 voyelles ? Je n'ai pas la réponse. La seconde : pourquoi s'acharner à ranger Tenhi dans les bacs dédiés aux musiques extrêmes ? Tenhi, c'est musicalement aussi extrême que de l'electro-pop. Pas de growl, pas de triple croche, pas même d'électricité ! Heureusement cependant qu'entre l'electro-pop et Tenhi se trouve un monde. Et il va sans dire que l'une de ces propositions est nettement plus intéressante que l'autre. Essayons ensemble de deviner laquelle.

Maaäet, c'est l'album qui met dans le mille dès la première note. A peine la première touche de piano effleurée on se sent seul, calme et apaisé. Une seule envie : passer la prochaine heure en compagnie de cette musique, accompagné d'un verre de vin qui ne sera jamais fini. Tenhi, c'est l'art de la solitude, un chemin vers soi. Car si Väre était un album évocateur invitant au voyage vers de lointaines contrées, Maaäet se veut au contraire bien plus intimiste. Tout y est plus simple, plus minimal. Le piano règne en maître et égrène ses lentes mélodies de la plus jolie façon qu'il soit ("Vähäinen Violetissa", la perle de l'album à n'en pas douter). Mais Tenhi, dans son apparente apathie dévoile sur Maaäet un travail d'orfèvre. Piano, donc, mais aussi cordes, guitares, percussions et instruments inconnus œuvrent ensemble et se croisent pour donner naissance à un chef d'œuvre. Sombre. Beau. Comme il est de coutume chez Tenhi.
La musique du groupe n'accélère que rarement. Si elle devait être parcourue par un courant électrique, nul doute qu'elle se rapprocherait d'un doom metal de haute volée. Néanmoins, rapprocher Tenhi du courant doom n'est pas lui rendre grâce. Tenhi en diffère par bien des points. Plus complexe, plus variée, la musique des Finlandais est une ode à la subtilité ("Sarastuskävijä", et ses cristallines notes de piano). Rien ne déborde jamais et tout fait bloc avec une cohérence méritant d'être saluée. Si le ton est parfois plus enjoué ("Kuoppa", aux sonorités folkloriques ou "Rannalta haettu", morceau de conclusion rayonnant), l'album reste on ne peut plus introspectif. C'est à se demander d'où vient l'inspiration du groupe tant on imagine que l'écriture d'un seul morceau comme ceux présents sur Maaäet doit en soi être une expérience exigeante. Pourtant, le chant rauque et incompréhensible (finlandais oblige) marque bel et bien la présence d'une énergie vitale encore inépuisée.
La grande force du groupe, outre une identité des plus marquées, est de savoir proposer des mélodies qui font mouches. Des arpèges de "Kuulut kesiin" à la vague émotionnelle procurée par "Vähäinen Violetissa" en passant par le parlé susurré et délicat sur "Viimeiseen", chaque moment de l'album reste emprunt de ces mélodies glaciales. Dans le genre beauté froide, on ne peut que difficilement faire mieux (voir le mystique "Maa syttyy", proche de ce que l'on retrouvera sur Saivo). D'ailleurs non, on ne peut pas faire mieux. Comment surclasser cette noirceur, aussi pénétrante qu'une aiguille? Comment aller plus loin que l'écho de ces notes, puisées tout à la fois dans le froid climat du Nord et dans ces moments de remise en question personnelle propices à toutes les interrogations? Tenhi est une maturité de tous les instants, une perfection continue se dévoilant dans un déluge de grâce. Et si la musique du groupe se veut plus dépouillée que par le passé, elle n'en est pas moins profonde. Oh non. 


Vous l'aurez compris, comparer la musique branchouille du moment et Tenhi relevait du blasphème. Maaäet, cet album aux multiples voyelles, d'une absolue délicatesse et emprunt de mélancolie, mériterait d'être entendu de tous. Tout amateur de musique calme, contemplative et obscure devrait se pencher sans plus tarder sur cette perle. Et mince, voilà qu'en cet instant précis arrive la quatrième minute de "Vähäinen Violetissa", je vais encore trembler, comme à chaque fois depuis la première. Hautement recommandé. 


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