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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 20 mars 2010
Sa note : 18/20

LINE UP

-A.R.
(chant)

-P.K.
(guitare+basse)

-T.T.
(battterie+guitare)

TRACKLIST

1)Part I
2)Part II

DISCOGRAPHIE


Abigor - Time Is The Sulphur In The Veins Of The Saint
(2010) - black metal - Label : End All Life



Abigor est une entité bien étrange du black metal. Travailleur assidu et infatigable à ses débuts, officiant dans un black metal d’obédience sataniste classique, il a évolué vers toujours plus de technicité. Pourtant en 2003 c’était la fin et tout semblait devoir s’en tenir là. Circonvolution et péripétie de l’Histoire, en 2006 les 2 membres fondateurs se retrouvent armés d’un nouveau chanteur et repartent dans leur voyage en 2007 avec Fractal Possession. L’album offre un visage radicalement différent et particulièrement novateur dans la sphère black. Étrange destinée que celle de ces Autrichiens ... qui reviennent en 2010 avec Time Is The Sulphur In The Veins Of The Saint.

L’exceptionnel Fractal Possession donnait tous les indices pour savoir dans quelle branche allait bifurquer ce nouvel album, et effectivement, Abigor reste entier et fidèle à sa démarche progressiste portée vers l’avant. Time Is The Sulphur In The Veins Of The Saint continue sur une veine excessivement exigeante qui n’admet pas de son auditeur une concentration légère. Les directions musicales multiples, les polyrythmes et la violence exacerbée de certains passages jetteront sur le parvis d’entrée la grande majorité de la population. La noirceur extrême de l’ensemble n’aide franchement pas non plus. Pourtant, de toute cette folie quantique qui jaillit des compositions d’Abigor, il ressort que le tout est hautement organisé et à sa place juste. Dûment pesées et soupesées, chaque note, et elles sont très nombreuses, de cet album arrive scientifiquement en même temps que dans le chaos. Fractal Possession avait initié le voyage, et de quelle manière !, Time... le poursuit en le poussant dans ses retranchements.

Car n’espérez pas aborder ce disque à la légère. Avec 2 chansons de quasiment 20 minutes, vous devrez vous en imprégner, vous n’aurez d’autre choix que de vous faire dévorer par son ambition débordante. Ambition tellement débordante qui fait que le groupe n’a jamais donné de concert, et n’en donnera probablement jamais, tout comme elle l’a poussé à avoir son propre studio d’enregistrement. Le confort qu’il en résulte leur donne la pleine liberté de temps et d’action pour écrire et développer leur art à leur guise. Le son aussi a donc eu droit à son traitement de faveur, important qu’il est dans le black. Glacial évidemment, distant et cosmique avec une touche machiniste, il contribue à l’atmosphère froide et pesante. Les passages insérés de-ci de-là plus technoïdes renforcent cette impression machiniste. Ils confèrent à l’album une pointe encore plus distante du monde des humains, des pauvres humains que nous sommes. Il lui permet aussi de se projeter plus en avant dans le futur, zone temporelle à laquelle cet album appartient indubitablement.

Mais il n’est pas que musique exigeante, riffs tourbillonnants, multiples ou rythmes sans cesse changeants. Il repose sur un concept fort sur le temps et Dieu et forcément Satan. Pilier de la pensée du groupe, le malin est présent partout et donnera du fil à retordre à ceux qui veulent s’immerger dans les paroles. La complexité du concept et de la musique pousse d’ailleurs à se tourner vers Deathspell Omega avec qui le groupe partage de nombreuses caractéristiques. Très différent néanmoins dans son approche du black metal, Abigor est plus... expérimental. Bien plus de passages viennent mettre à rude épreuve notre référentiel musical. Toutefois la démarche est sensiblement la même, particulièrement sur les derniers albums de Deathspell Omega. Voilà si vous tenez absolument aux références. Cependant, il ne faut surtout pas oublier qu’Abigor est un monstre vieux de 17 ans qui livre peut-être son meilleur album dans son orientation musicale propre et très personnelle. Du black metal somptueux et quantique, ultra moderne dans son exécution de très haute volée qui arrive à conserver toute son attache au genre. Une performance incroyable.


Conclure sur un album aussi tordu sur le temps est un acte difficile car finalement un peu idiot vu qu’il s’agit de mettre une fin au temps de cette chronique. Quitte à être idiot, autant saisir l’occasion pour dire qu’il s’agit d’un indispensable du genre que tout adorateur de black metal unique doit écouter. Technique, retors, glacial, violent et repoussant, il contient tout ce dont on a besoin. Inaccessible aussi pour beaucoup, il provoquera très certainement le rejet. C’est compréhensible. Mais quel panard pour nous autres !


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