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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-B. Dez Fafara
(chant)

-Jeffrey Kendrick
(guitare)

-Mike Spreitzer
(guitare)

-Jon Miller
(basse)

-Jon Boecklin
(batterie)

TRACKLIST

1)Not All Who Wander Are Lost
2)Clouds Over California
3)Bound By The Moon
4)Horn Of Betrayal
5)These Fighting Words
6)Head On To Heartache (Let Them Rot)
7)Burning Sermon
8)Monsters Of The Deep
9)Tirades Of Truth
10)When Summoned
11)The Axe Shall Fall

DISCOGRAPHIE

DevilDriver (2003)
The Last Kind Words (2007)
Beast (2011)
Winter Kills (2013)
Trust No One (2016)

DevilDriver - The Last Kind Words
(2007) - thrash metal metalcore - Label : Roadrunner Records



Après le split de Coal Chamber Dez Fafara avait négocié une des transitions les plus réussies depuis longtemps avec le premier DevilDriver, se payant quasi-instantanément une respectabilité auprès du public métal que son ancien groupe n’avait jamais réussi à lui apporter. C’était hargneux, furieux, débridé, inattendu, et il y avait ces tubes d’ultraviolence maîtrisée comme "Die (And Die Now)" ou "I Could Care Less". Puis The Fury Of Our Maker’s Hand survint et le tout se démarqua résolument des éléments de hardcore néo-jumpy pour partir se fixer dans un genre de thrash mélodique moderne où on trouvait au passage encore des tubes. Après avoir créé un son et l’avoir défini, l’inévitable troisième étape est là : The Last Kind Words vient pour nous dire si DevilDriver est un groupe capable de développer sa propre identité, mais aussi s’il est capable de continuer à créer.

Concernant l’identité : oui, sans aucun doute. Dès les premiers moments on sait qu’on écoute du DevilDriver, et on peut donc tirer son chapeau à la formation Fafarienne pour avoir réussi là où tant d’autres échouent. Le tournant pris lors du deuxième album se confirme, et le groupe envoie maintenant des riffs résolument heavy-thrash et très reconnaissables. On retrouve totalement cette tendance à aligner de gros riffs dévastateurs pour les développer en un enchaînement d’accords plus mélodiques, le brave Dez se déchirant les cordes vocales sur tout ça d’une manière très fâchée et rythmiquement syncopée. Jeffrey Kendrick aime à multiplier les riffs et surtout à très peu laisser son auditeur souffler : il enquille comme un sauvage et on se retrouve souvent noyé sous un flot continu de notes tant en rythmique qu’en mélodies. Ça plâtre donc pas mal la tronche tout en étant saupoudré d’influences heavy-metal maideniennes pour aérer le tout, et cette formule fait du metalcore à la DevilDriver une recette qui marche et qui est vraiment personnelle qui plus est. Un bon point donc.

Mais quand on se sent trop en terrain connu ça angoisse un peu aussi. Prenons le chant de Fafara : il avait épaté sur le premier album par sa violence, s'était amélioré sur le deuxième album en y ajoutant de la maîtrise... et sur celui-ci il fait pareil que sur celui d'avant. Il s'est arrêté dans son évolution et si ses lignes de growl sont toujours über-efficaces elles sont devenues prévisibles. En ce qui concerne les guitares on note une mise en avant des soli qui profite bien à la musique du quintet. La paire Kendrick/Spreitzer sait par moment se la jouer NWOBHM comme à la grande époque, et l'ajout des leads ne semble ni forcé ni imposé. Les riffs suivent cette tendance harmonie+violence définie par The Fury et cette vélocité qui donne l'impression de matraquage ; le groove propre au premier album est par conséquent presque absent, les parties jumpy étant rares et surtout courtes quand elles arrivent... sauf quand le groupe les marie intelligemment au propos comme sur le break core de "Bound By The Moon" qui sert de rythmique pour un solo de twin lead super mélodique.

Donc il y a des idées, c'est certain... mais le malaise évoqué plus haut persiste. La bande à Dez ne semble pas pouvoir sortir de cette stratégie d'assaut permanent (mais combien de riffs y'a-t-il sur cet album?) et de plus commence à nous servir du réchauffé. Alors que les tubes des deux premiers albums étaient foncièrements différents, ici "None All Who Wander Are Lost" pompe des plans à "Hold Back The Day" qui fournit aussi la mélodie de "Head On To Heartache", et "Clouds Over California" reprend le gimmick guitaristique de "I Could Care Less". Alors bien sûr ces moments d'auto-plagiat sont noyés sous tout plein d'autres plans dont certain tuent, mais ça fait tache... car DevilDriver semble avoir -à l'image de son beugleur en chef- cessé d'évoluer musicalement sur cet album. Alors bien sûr ça tape très fort, c'est carré comme pas possible et y'a trente idées par compo mais The Last Kind Words est aussi un album qui ne surprend presque jamais... sorti des soli et de la fin de l'album ("The Axe Shall Fall") c'est le désert.


The Last Kind Words répond de façon nette aux deux interrogations formulées dans l'intro : oui, DevilDriver sonne comme DevilDriver et personne d'autre. Et non, le groupe n'a pas réellement passé le cap du troisième album, celui où on prouve qu'on n'a pas tout dit. Simple développement sur la base de l'album précédent, The Last Kind Words ne renferme pas assez de moments surpuissants pour dépasser ce statut. Bon donc, mais décevant...


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