4630

CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 29 mai 2011
Sa note : 10/20

LINE UP

-Dez Fafara
(chant)

-Mike Spreitzer
(guitare)

-Jeff Kendrick
(guitare)

-Jon Miller
(basse)

-John Boecklin
(batterie)

TRACKLIST

1)Dead to Rights 
2)Bring the Fight (to the Floor) 
3)Hardened 
4)Shitlist 

5)Coldblooded 
6)You Make Me Sick 
7)Talons Out (Teeth Sharpened) 
8)Blur 
9)The Blame Game 
10)Black Soul Choir 
11)Crowns of Creation 
12)Lend Myself to the Night

DISCOGRAPHIE

DevilDriver (2003)
The Last Kind Words (2007)
Beast (2011)
Winter Kills (2013)
Trust No One (2016)

DevilDriver - Beast



Depuis The Fury Of Our Maker's Hand, les albums de DevilDriver se suivent et se ressemblent. Après un premier effort qui partait un peu dans tous les sens la formation a semble-t-il trouvé sa voie et n'en dévie plus des masses. Un thrash moderne et mélodique allant flirter ici et là avec l'extrême pour cause de double pédale assassine, mâtiné d'un heavy tout aussi mélodique pour les passages les plus tubesques. On commençait à se dire que même si c'est très important pour un groupe de devenir immédiatement reconnaissable (forte identité, toussa), quand ça vire à l'auto-pompe en circuit fermé ça devient inquiétant... puis Beast survint.

Le parti-pris pour compenser ce risque est ici la surenchère de violence. Le début du disque est pensé pour choper l'auditeur au menton, l'ensevelir sous une déferlante histoire qu'il reste coi. Grosse baffe initiale avec un "Dead to Rights" qui n'en finit pas de repartir à l'assaut, death metal dominant sur "Bring the Fight" qui suit, rythmes brisés écrasants sur "Hardened", pied au plancher sur "Shitlist"... vlan, comme ça, quatre titres d'affilée, "Talons Out" étant le premier à calmer un peu le jeu. On apprécie l'effort, et on constate que Dez Fafara trouve entre chaque album de nouvelles raisons d'être fâché après les gens vu à quel point il s'égosille dans ses registres death et black pour renforcer le côté tractopelle du tout. Mais l'album n'est pas un Reign In Blood : après ce tir de barrage en règle sur le premier tiers, on retombe dans un registre qu'on connaît par cœur. "You Make Me Sick" est typiquement la chanson de DevilDriver qui donne l'impression d'avoir été composée selon un cahier des charges : intro sombre, grosse montée, énorme riff avec des notes dedans en speed puis en lent syncopé, et départ de couplet speed. Le tout sur fond de double et de descentes de toms à donf, comme de bien entendu. Le jeu de John Boecklin est au passage prévisible à en mourir, ses breaks étant tous coulés dans le même moule.

On note tout de même la présence de "Blur", compo présentant une certaine recherche rythmique et des innovations au niveau de la structure, même si les vieux tics reviennent forcément ici et là. "Black Soul Choir" joue le rôle du tube mélodico-violent à la "Hold Back the Day" : thème fédérateur pour les couplets, tempos entraînants et refrain-hymne, ça promet de faire beugler le fan en concert. Quand un éclair de nouveauté survient c'est comme l'utilisation des claviers dans "Crowns of Creation" ou le passage ambient de "Lend Myself to the Night" : un élément isolé au milieu d'un discours convenu et bourré d'auto-citations. Maintenez prenez en compte le fait que l'album est long et vous comprendrez que concentrer toute la rage sur le début était une mauvaise idée. Car avant cette grosse chute qui ne redécolle jamais, il y a une enfilade de grenades à fragmentations qui réussissent plus ou moins à claquer la face. "Bring..." est la seule qui tourne un peu à vide : l'opener fait vraiment mal, "Hardened" surprend par sa hargne rythmique maniaco-dingue, et la manière dont les couplets de "Shitlist" frôlent le death technique après une intro mélodique de plus fait hausser le sourcil. Tout ça laisse entrevoir que ces gens ont encore du potentiel, mais cela dure le temps de quelques plans et le banal reprend vite le dessus.


On est donc toujours inquiets. La proportion de créativité au kilomètre carré commence à être dangereusement basse et ça fait un bout de temps que ça dure. Le groupe a ouvert une porte en prouvant qu'il peut basculer franchement dans l'extrême et s'y montrer efficace, mais comme il n'a pas totalement assumé ce changement ça nous fait une belle jambe. DevilDriver a intérêt à se renouveler rapidement et pour de vrai, car ils finiront par passer inaperçus à force de sortir toujours la même chose...


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6