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CHRONIQUE PAR ...

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Oni²
Cette chronique a été mise en ligne le 20 mai 2020
Sa note : 15/20

LINE UP

-Matthew Kiichi "Matt" Heafy
(chant+guitare)

-Corey King Beaulieu
(chœurs+guitare)

-Paolo Francesco Gregoletto
(chœurs+basse)

-Alexander "Alex" Bent
(batterie)

TRACKLIST

1) IX
2) What the Dead Men Say
3) Catastrophist
4) Amongst the Shadows and the Stones
5) Bleed into Me
6) The Defiant
7) Sickness unto You
8) Scattering the Ashes
9) Bending the Arc to Fear
10) The Ones We Left Behind

DISCOGRAPHIE


Trivium - What The Dead Men Say
(2020) - metalcore heavy metal thrash metal - Label : Roadrunner Records



The Sin and the Sentence sentait le best-of pour Trivium : et bien pour une fois dans leur carrière, les Floridiens poursuivent dans la même direction sur deux albums d’affilée. Sans doute pour le meilleur, tant cette stabilité stylistique semble leur réussir. Le cru 2020 ne dévie pas d’un iota de la tournure adoptée il y a trois ans. Tout n'est pas irréprochable, et on pourra toujours préférer les voir s'aventurer sur des terrains inhabituels, mais les écouter jouer avec autant d'assurance et sans (trop) faire de faux pas, ça fait plaisir.

Une intro ténébreuse et mélancolique évoquant celle du Ascendancy de leur jeunesse (il y a quinze piges désormais - c’est qu’ils ne sont plus les gamins pleins de talent mais immatures qu’on a connus) et une approche assez diversifiée représentant toutes les facettes du groupe comme sur In Waves :on se sent vite en terrain familier. Tout ce qui faisait plaisir sur leur précédente offrande est de retour ici. Le morceau éponyme est à la fois peu surprenant et débordant de maîtrise, de la première à la dernière seconde. Les traces de spontanéité qui restaient encore sur l’album précédent ont totalement cédé la place à une écriture sans la moindre faille. Les tremolos picking pleuvent à différents moments - sur l'intro et les nombreux breaks de la chanson. "What the Dead Men Say" est un instant classic de par sa construction imparable. En ouvrant directement l’album, les Nord-Américains placent d’ailleurs la barre un peu trop haute, si bien qu’ils parviendront difficilement à maintenir ce niveau sur toutes les pistes. Entendons-nous bien : la suite est loin d’être mauvaise, mais Heafy et ses complices n’arriveront à réitérer le concentré d’efficacité et de puissance de son opener que sur trois ou quatre titres. "Amongst the Shadows & the Stones" s’inscrit lui aussi parmi les morceaux les plus soignés du groupe en raccordant parfaitement les wagons contenant leurs meilleures formules. L’agressivité des débuts est là, ainsi que les soli de guitare mélodiques répartis en plusieurs parties, la structure à tiroirs développée sur Shogun, et renouvelée sur The Sin and the Sentence, le souffle épique qui fait lever le poing si cher au heavy traditionnel et dont les concitoyens de Wesley Snipes restent d’indécrottables adorateurs… tout ! Même chose sur l’excellent "Sickness unto You", qui déborde de breaks complexes et finement menés.
Tout n’est malheureusement pas parfait et on a bien quelques écueils, comme l’énième resucée de "Dying in your Arms", cette fois intitulée "Scattering the Ashes". Elle succède donc à "This World won’t tear us apart", "A Grey so Dark" et "The Heart from your Hate". Elle a en plus le malheur de passer juste après l'un des meilleurs titres de ce neuvième album ("Sickness unto You"). Les quatre membres du collectif nous ont certes habitués à avoir au moins un morceau totalement chanté par disque - non pas que ce soit un problème, mais "Scattering the Ashes" souffre surtout de mélodies pop bien trop datées et tellement adolescentes que c’en est navrant. Ça pouvait passer une fois, à leurs débuts, mais après avoir renouvelé l’expérience quasiment un album sur deux, voire plus, c’est devenu pénible. Finie aussi la violence débridée et maladroite que l’on sentait lorsque Trivium tentait de muscler ses riffs et sa batterie pour montrer qu’ils sont fans de metal extrême. Depuis l'arrivée d'Alex Bent, il n'y a pas la moindre frappe de trop. Les changements de batteur chez Trivium avaient d'ailleurs, depuis quelques années, pris des allures de blagues tant le groupe a pour habitude de qualifier chaque nouvel occupant de ce poste comme « le meilleur qu’ils aient jamais eu ». Pourtant à écouter le garçon qui officie derrière les fûts, on a envie d’y croire. Son CV est assez impressionnant, on tient là un brave technicien puisqu’il a fait ses armes chez Braindrill, Dragonlord et Battlecross entre autres. La star de cet album, c’est plutôt lui d’ailleurs tant son jeu complexe mais subtil et sans excès apporte une bonne dose de panache à chaque titre. Il ne fait aucun doute qu’il surpasse tous ses prédécesseurs, y compris l’historique Travis Smith ou le bref Nick Augusto. S’il fallait chercher la petite bête, on pourrait s’attarder sur les similitudes avec des titres passés. "What the Dead Men Say" a beau être imparable, il recycle quand même beaucoup d’éléments du très bon "Betrayer" (ce pont bien brutal tout en blast-beats).
Même chose avec "The Ones we leave Behind", tendant plutôt vers le power metal avant de caser de gros blasts destructeurs sur fond de voix claire, pour se conclure en rappelant le bon souvenir d’un "Forsake not the Dream". "The Defiant" renvoie quant à lui directement aux tous débuts de leur carrière, très proche du classique "The Deceived" par sa rythmique thrash/melodeath, ses twin-leads à la Maiden, et surtout son refrain catchy très « années 2000 ». On pourrait également ressentir une légère déception au niveau des soli de guitare, qui, sans gâcher les chansons, ne débordent pas d’inspiration. Les membres de la section d'Orlando ont davantage concentré leur créativité à fignoler la construction des titres et moins à se montrer virtuoses. Ce n’est pas forcément un mal, mais c’est dommage quand on sait que leurs talents de shredders ont contribué à leur réputation quand tout le monde les imaginaient encore devenir les prochains Metallica. Enfin, que serait Trivium sans son charismatique (ou détestable c'est selon) leader-chanteur-guitariste. Il y a cinq ans, Matt Heafy avait - un peu sous la contrainte après s'être pété la voix - misé totalement sur son chant clair pour Silence in the Snow. Le résultat était inégal sur la durée d’un album, mais on sentait de réels efforts de sa part pour tenter d’effleurer le talent des idoles de son adolescence que sont Bruce Dickinson, Dio ou encore James Hetfield. Il avait rattrapé le coup ensuite en réintégrant les vocaux extrêmes, comprenant sans doute que cela faisait et ferait à jamais partie de l’ADN du groupe. Sa persévérance semble payer, puisque Heafy tend à chanter de mieux en mieux à chaque album, et c'est encore le cas cette fois.


Que dire de Trivium vingt ans après leurs débuts lycéens dans les concours de jeunes talents ? Ils ont probablement enfin trouvé leur voie (ou en tout cas, ils ont réussi à ne pas faire machine arrière immédiatement ce coup-ci) et il était temps. Il est bien trop tard pour les voir concrétiser les espoirs de « relève » des grands anciens du metal qu’on leur prêtait en ce temps-là, mais c’est un plaisir de constater qu’ils écrivent et jouent toujours avec assez d’aisance pour produire un recueil d’efficacité du calibre de ce What the Dead Men Say.


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