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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 12 septembre 2009
Sa note : 16/20

LINE UP

-Matthew K. Heafy
(chant+guitare)

-Corey Beaulieu
(guitare)

-Paolo Gregoletto
(basse)

-Travis Smith
(batterie)

TRACKLIST

1)Ignition
2)Detonation
3)Entrance of the Conflagration
4)Anthem (We Are the Fire)
5)Unrepentant
6)And Sadness Will Sear
7)Becoming the Dragon
8)To the Rats
9)This World Can't Tear Us Apart
10)Tread the Floods
11)Contempt Breeds Contamination
12)The Rising
13)The Crusade

DISCOGRAPHIE

Ascendancy (2005)
The Crusade (2006)
Shogun (2008)
In Waves (2011)
Silence In The Snow (2015)

Trivium - The Crusade



A l’issue de The Crusade, on peut dire que Trivium a trouvé sa voie et sa voix. Outre ce jeu de mot débile, il est vrai que Trivium à radicalisé son style sur ce nouvel opus et avec celui-ci son chant. En effet, le timbre de voix core de Matt Heafy est passé aux oubliettes, la quasi-intégralité de cette galette étant chantée en chant clair plus ou moins mélodique. Musicalement, c’est presque la même chose : le metalcore a disparu, on a affaire à un album de heavy/thrash typique de la fin des années 80, avec pour principale influence Metallica.

L’influence est d’ailleurs tellement (trop ?) forte que les détracteurs du groupe se feront un malin plaisir à reléguer Trivium en un vulgaire cover-band des Four Horsemen. Il serait cependant usurpé de dire qu’il s’agit d’un plagiat de mauvais goût tellement le rendu est réussi. Trivium parvient d’une part à totalement assimiler le style des Californiens, et d’autre part à suffisamment s’en détacher et prendre le recul nécessaire pour en faire quelque chose de totalement personnel. Pour ceux qui doutaient encore de la maturité de ces jeunes gaillards, la preuve en est à nouveau faite. Bien sûr, les hommages et autres clins d’œil ne manquent pas, que ce soit dans la voix de Heafy qui tangente de manière très troublante celle du sieur Hetfield, ou encore dans les riffs et soli très maidenisants.

A l’instar du précédent album Ascendancy, le début de la galette commence sur les chapeaux de roues, avec le trio imparable "Entrance of the Conflagration" / "Anthem" / "Unrependant" où l’empreinte de Metallica et Iron Maiden est à son sommet. Riffs accrocheurs et ravageurs côtoient des duels de guitares rappelant des plus belles paires de l’histoire comme Murray/Smith ou Tipton/Downing. "Anthem", piste très heavy, possède en outre un refrain à faire chanter une horde de chevelus : «We Are The Fire !» puis par la suite un «Whoho Whoho !» repris maintes fois en chœur, amenant le titre à en faire un incontournable en live. Les deux morceaux d’ouverture "Ignition" et "Detonation" sont dans une veine plus thrash et violente bien que possédant des refrains diablement mélodiques.

La suite de l’album est plus variée et osée que le début qui restait assez mainstream. Le groupe prend donc des risques pour le meilleur et pour le pire. Commençons par le pire à savoir "This World Can't Tear Us Apart", morceau atroce dans la veine d’un "Dying in Your Arms" du précédent album. C’est vraiment affligeant que le groupe se force à mettre à deux reprises un titre tubesque d’aucune utilité autre que de faire passer Trivium pour Sum 41, chose dispensable au plus haut point. Heureusement, ce déchet précède l’un des meilleurs titres de la galette : "Tread the Floods" qui commence avec une descente de manche mémorable. Le morceau est excellent entre un refrain implacable et un des meilleurs soli jamais réalisés par le groupe.

D’autres morceaux valent le détour comme "And Sadness Will Sear" avec un riff introducteur à la sept-cordes qui surprend par sa lourdeur ou "Becoming the Dragon" qui est la seule piste où persiste un court (mais jouissif) chant hardcore. A l’inverse, "To the Rats" manque d’originalité avec un refrain assez médiocre. Cependant, la fin de l’album recèle de nombreuses et heureuses surprises. Tout d’abord, "Contempt Breeds Contamination" qui tente un impossible mais culotté rapprochement entre heavy /thrash assez classique et neo metal à la Slipknot ; le résultat est mitigé mais intéressant. "The Rising" sonne quant à lui entre hard rock et vieux heavy avec un solo que Dave Murray aurait pu composer il y a 20 ans.

Voilà, l’album aurait pu s’arrêter là et on aurait conclu que The Crusade est certes différent mais aussi bon qu’Ascendancy. Seulement, les garnements de Trivium en ont décidé autrement et finissent l’album en apothéose avec un dernier défi, "The Crusade", long instrumental de 8 minutes aux fortes allures de "Orion" ou autre "The Call of Ktulu". C’est un riff dévastateur qui ouvre le morceau, avant que ce dernier ne se complexifie à la suite de multiples breaks. Les musiciens sont au sommet de leur forme et exposent tous leurs talents. On retiendra particulièrement le changement à 04’39 avec une fabuleuse accalmie toute en finesse et en émotions. Assurément la meilleure compo jamais réalisée par le groupe.


The Crusade permet ainsi à Trivium de confirmer l’excellente prestation d’Ascendancy et même de la dépasser en changeant de style tout en conservant un niveau technique très élevé. Sans jamais avoir un but démonstratif, on peut toutefois reprocher au groupe de parfois vouloir en faire un peu de trop pour épater la galerie. Que les mauvaises langues se taisent, Trivium sonne Metallica, et l’assume entièrement. Enfin, la production est à la hauteur de l’album, à savoir énorme. Bref, il faudra désormais compter Trivium parmi les grosses pointures metalliques du futur.


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