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CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
Cette chronique a été mise en ligne le 19 avril 2019
Sa note : 16/20

LINE UP

-Chrigel Glanzmann
(chant+flûte irlandaise+mandoline)

-Fabienne Erni
(chant+harpe celtique)

-Rafael Salzmann
(guitare)

-Jonas Wolf
(guitare)

-Kay Brem
(basse)

-Nicole Ansperger
(violon)

-Matteo Sisti
(cornemuse+flûte irlandaise+cornemuse irlandaise+bodhràn)

-Michalina Malisz
(vielle à roue)

-Alain Ackermann
(batterie)

Ont également participé à l’enregistrement:

-Randy Blythe 
(chant sur Worship)

-Coen Strouken
(alto)

-Rebecca Thies
(violon)

-Sandrine Kindler-chanson
(violon)

-Anne Jeger
(violoncelle)

-Meri Tadic
(narration sur Trinoxtion)

-Alexander Morton
(narration sur pistes 1-3-14)





TRACKLIST

1) Ategnatos
2) Ancus (interlude)
3) DeathWalker
4) Black Water Dawn
5) A Cry in the Wilderness
6) The Raven Hill
7) The Silvern Glow (interlude)
8) Ambiramus
9) Mine is the Fury
10) The Slumber
11) Worship
12) Trinoxtion (interlude)
13) Threefold Death
14) Breathe
15) Rebirth
16) Eclipse
17) Ategnatos (acoustique - bonus)
18) Ambiramus (acoustique - bonus)
19) Threefold Rebirth (bonus)

DISCOGRAPHIE


Eluveitie - Ategnatos
(2019) - folk melodeath - Label : Nuclear Blast



Ategnatos, le titre du huitième album (déjà) de nos (mes) helvètes préférés n’est pas anodin. A la fois symbole de la renaissance, il signifie également « le fils-légitime ». A la suite du départ de trois des membres du noyau dur du collectif après la tournée promouvant Origins, dont la pétillante Anna Murphy, c’est tout le modèle Eluveitie qui a été repensé. Après un Evocation II bien supérieur au premier chapitre, Glanzmaan et sa troupe comptent bien vous prouver qu’Eluveitie n’est pas mort et que sa renaissance risque de faire du bruit.

Composé désormais de neuf membres (rien que ça), c’est tout le processus de création qui a changé. Avant le départ d’Anna, Ivo et Merlin, Chrigel en avait le quasi-monopole. Cela donnait comme résultat, par moment, des œuvres assez instables (Helvetios notamment, qui comporte autant de chefs d’œuvre que de morceaux calamiteux). Pourtant, Origins avait remis un peu d’ordre, à travers un opus homogène et cohérent (malgré un "Appel des Montagnes" qui ruine presque à lui tout seul le statut de très très bon album qu’est ce sixième effort). Qui dit neuf membres qui créent ensemble, dit moult idées et influences, et sans passer par quatre chemins, cela va être LE défaut de cet Ategnatos. Cela sera même le seul, mais qui malheureusement l’empêche d’obtenir le Saint-Graal coup de cœur de la part de votre serviteur. Sans prendre en compte les trois « interludes », Eluveitie nous offre treize compositions pour une bonne heure de musique. C’est lourd, trop lourd. Ce qui risque de faire perdre rapidement à l’œuvre de potentiels cœurs conquis, ce sont les fautes de parcours qui se trouvent dans la première partie d’Ategnatos. Soyons clair, "Black Water Dawn" très entraînant et lorgnant sur le power metal et "The Raven Hill", très dansante, enjouée et dans la plus pure tradition des créations d’Eluveitie, sont de bons morceaux, mais leurs styles et leurs influences ne sont pas en phase avec le reste de l’œuvre. Si vous avez déjà écouté l’album, vous penserez peut-être que je n’aime pas les interventions de Fabienne, et vous vous tromperez. Dans un passé proche, Chrigel a souvent eu du mal à offrir à Anna la part qu’elle méritait, à travers des morceaux, presque putassiers à l’instar de "A Rose For Epona" ou encore "L’Appel des Montagnes".
Pourtant, sur Ategnatos, Fabienne a une place de choix et est présente sur une bonne partie des œuvres le composant. Prenons la sublime "Breathe", très pop dans sa conception, mais littéralement envoûtante grâce à son break et son final très mystique. Quant à "Ambiramus", on a trouvé LE tube folk (et non pop) de ce nouvel LP, où la vocaliste semble comme un poisson dans l’eau. Je ne comparerai pas sa voix à celle d’Anna, toutes deux sont, en studio, assez semblables, il faudra attendre l’épreuve du live (où l’anglo-suisse se sublime). Pour revenir à Fabienne, son timbre se marie également parfaitement à celui de Chrigel, que ce soit  sur "Ategnatos" ou "Rebirth" (titres d’ouvertures et de clôture (oui, car "Eclipse", est une suite folk-acoustique de "Rebirth"), œuvres se faisant écho, via ce concept de renaissance) mais également sur "DeathWalker", ressemblant fortement à un "From Darkness", notamment dans le pont fait de soli de flûte irlandaise. Celle-ci est présente tout au long de la première partie d’Ategnatos pour laisser place petit à petit à des instruments folks plus sombres, comme la vielle à roue qui fait clairement son apparition sur la seconde moitié et qui trouve son sommet sur la magique "The Slumber". Simple aux premiers abords, l’œuvre, véritable moment de communion entre les deux vocalistes, se veut sombre, et totalement dans l’esprit de la seconde partie quasi parfaite d’Ategnatos. Malgré les envolées de flûte, la joie que peuvent apporter les cornemuses, Eluveitie c’est également un groupe de melodeath, ne l'oublions pas.
Et si l’imparable "Cry in the Wilderness" donne le ton en début d’album, l’enchaînement "Mine Is The Fury"-"The Slumber"-"Worship"-Threefold Death" montre que les Suisses ne sont pas là pour rigoler, mais pour faire un appel du pied à ses (malheureusement) nombreux détracteurs les pensant vendus. La première piste citée n’aurait pas fait tâche sur Everything Remains, clairement l’œuvre la plus « death », et met en avant le chant toujours aussi irréprochable de Chrigel. Comme le disait un des membres de notre forum, il semble ne pas en faire des caisses cette année et lâche simplement sa fureur. Celle-ci est par la suite amplifiée avec la bombe "Worship", clairement un des morceaux les plus extrêmes composés par Eluveitie et qui accueille en guest le vocaliste de Lamb of God, Randy Blythe. Entre une introduction assez terrifiante, un riff imparable, une vieille à roue qui a toujours cette faculté à apporter une touche de noirceur, et de légers cœurs peu rassurants, "Worship" est une véritable démonstration de force et fera plaisir aux puristes et amateurs de melodeath. Une renaissance ? Peut être bien qu’Eluveitie vient de donner un sérieux coup de collier à sa carrière. Entre son leader charismatique qui élargit le processus de création, des éléments folks parfaitement équilibrés et dosés sur toute la durée de l’œuvre, un Chrigel et une Fabienne en osmose, et surtout une alchimie parfaite entre les neufs membres. Jamais un instrument n’est en retrait. Les flûtes irlandaises, bien que fortement présentes, n’écraseront jamais les guitares (bien plus saturées qu'à l'accoutumée) et la batterie d’Alain ne vous  lâchera pas tout au long de l’œuvre, notamment sur la mystique "Threefold Death". Eluveitie a fait un travail formidable sur Ategnatos, qui finit en beauté à travers un "Rebirth" tendant vers un power folk étonnant et sa suite "Eclipse" concluant de manière sublime Ategnatos.


Avec le recul et une quinzaine d’écoutes (si si), il en est encore plus regrettable que les Suisses n’aient pas mis au ban deux morceaux ("Black Water Dawn" et "The Raven Hill" selon moi) afin de créer une œuvre bien plus équilibrée et qui aurait pu acquérir le statut de pépite. Mais après tout, qu’est ce que cela change ? Ategnatos prouve qu’il faut continuer de compter sur Eluveitie, que c’est un excellent album, que ses membres ont encore pleins d’idées. Cette création fait plaisir et qu’importe qu’il  n'obtienne « qu’un » seize au lieu d’un  dix huit. Ne reste qu’attendre la fin d’année pour une tournée en tête d’affiche, avec en guest Lacuna Coil, qui s’annonce explosive.


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