CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
le 22 mars 2009




SETLIST

Set 1:
In The Flesh?
The Thin Ice
Another Brick In The Wall, P.1
The Happiest Days of our Lives
Another Brick In The Wall, P.2
Mother
Goodbye Blue Sky
Empty Spaces
What Shall We Do Now?
Young Lust
One Of My Turns
Don't Leave Me Now
Another Brick In The Wall, P.3
The Last Few Bricks
Goodbye Cruel World

Set 2:
Hey You
Is There Anybody Out There?
Nobody Home
Vera
Bring The Boys Back Home
Comfortably Numb
The Show Must Go On
Master Of Ceremonies
In The Flesh
Run Like Hell
Waiting For The Worms
Stop
The Trial
Outside The Wall

Set 3:
Breathe
Time
Breathe (reprise)
The Great Gig in The Sky
Wish You Were Here
One Of These Days
Brain Damage
Eclipse

AFFILIÉ

04 mars 2009 - Paris - Olympia


Australian_Pink_Floyd_Paris_-_Olympia_20090304

A se demander si 2009 n’était pas, en France, l’année de l’Australie. Emblème du rock kangourou, AC/DC s’offre pas moins de quatre dates dans nos contrées cette année. Le petit nouveau (du moins, chez nous) Airbourne cartonne avec son efficace Running Wild. Preuve qu’il reste chez nos amis Wallabies suffisamment de valeurs sures dans leur patrimoine culturel pour nous faire oublier le désastreux film Australia du réalisateur Baz Lhurmann.. D’ailleurs c’est un autre objet culte du cinéma qu’Australian Pink Foyd ressuscite en ce début du mois de mars. Parce que The Wall, c’est infiniment mieux que Australia.

Loin de votre auteur l’envie de comparer un film (non une bouse) comme Australia à un objet filmique comme The Wall, d’abord concept album phare dans la discographie du Floyd. Mais pour rester dans le domaine cinématographique et juste demeurer dans l’air du temps, un autre débat faisait rage le mercredi 04 mars à l’intérieur et à l’extérieur des salles obscures. L’adaptation de la BD/roman graphique Watchmen sortait et bon nombre de lecteurs-spectateurs s’interrogeaient quant à l’intérêt de réaliser un film reprenant case par case le matériau d’origine. Le même débat, musical cette fois, anime depuis plusieurs années les pro-tribute bands aux anti-tribute bands. C'était le cas, mercredi 04 mars également, aux abords de l'Olympia. Quel est l’intérêt de rejouer morceau après morceau et surtout note pour note l’ensemble du répertoire d’un groupe ? Dans notre beau pays, les mauvaises langues diront qu’il s’agit juste d’une question de gros sous de la part de musiciens de studios qui n’ont pas trouvé d’autre moyen de vivre de la musique, à défaut de parvenir à vivre de leur musique. En somme c’est un bon filon pour se programmer de longues tournées bien rentables en capitalisant sur le nom et l’œuvre d’un groupe überculte. Et ce pour satisfaire toutes les générations (ce soir présentes), que ce soit celle du vinyle (qui a acheté The Wall en 33 tours) ou celle du mp3 (qui a pompé sans vergogne plusieurs versions de The Wall deux semaines avant le jour de ce concert).


Ce raccourci financier serait nier l’importance des tribute bands dans la culture anglo-saxonne. Un véritable culte est voué à ces formations de reprises et leurs fans se déplacent autant pour y entendre des tubes légendaires que pour acclamer des musiciens capables de les rejouer aussi proprement. Concernant Australian Pink Floyd, il est inutile de s’inquiéter sur le talent musical de ses membres tant leur prestation -individuelle et collective- tient de la haute voltige. D’autant plus que le but de l’opération The Wall 2009 est de faire revivre une musique que ses créateurs ne joueront probablement plus (jamais ?) ensemble et en intégralité. Pourtant, en fermant les yeux, c’est à se demander si sur scène il n’y aurait quand même pas Waters, Gilmour, Wright et Mason.qui joueraient bien planqués en coulisses. Cela recèle ses avantages et ses inconvénients. Côté positif, tout est aussi millimétré que cela pouvait l’être lors d’un show du “vrai” Floyd, ou plus près de nous d’un live récent de Gilmour. En deux sets séparés d’une courte pause-pipi-bière-cigarette la totalité des The Wall y passe sans encombre, du puissant “In the Flesh?” à l'atmosphérique “Outside the Wall”. Les Australiens aiment tellement, The Wall-le CD, qu’ils ont même dû respecter le timing des blancs entre les morceaux ! Tout s’enchaîne parfaitement sur scène mais aussi sur le mur d’images diffusant des séquences du film refaites pour l’occasion. A ce sujet, certains plans, certaines infographies peuvent paraître un peu «cheap» mais surtout en inadéquation totale avec ce qui est joué. Pas simple de faire cohabiter sur écran géant certains personnages iconiques de l’anime parcourant le film de Parker, que ce soit le Professeur qui passe ses élèves au broyeur, le Procureur tortionnaire, la Mère ultra-possessive… et l’armée de Marteaux marchant au pas transformée pour l’occasion en un banc de kangourous! La private joke marsupiale -récurrente puisque balancée à toutes les sauces- est sympathique, mais un poil hors-sujet au regard de la noirceur des textes. Mieux valait-il, peut-être, laisser cela pour amuser la galerie pendant les entractes.


Inutile de rester sur ce mince détail et de bouder son plaisir. La joie de reprendre du Floyd sur scène avec un son et un jeu de lumières aux petits oignons est indubitablement proportionnel à celui de le réentendre live. Les Aussies connaissent parfaitement le goût du public et mettent bien entendu en avant les titres les plus attendus de la soirée. “Another Brick in The Wall Part 2”, “Mother” et "Young Lust" (chapeau au guitariste Steve Mac) mettent le feu comme au bon vieux temps. C’est à en regretter même que les musiciens ne prennent d’ailleurs pas plus de libértés par rapport aux originaux. Notons juste un solo de claviers sur le “Another… Part 2”… ce que Wright s’offrait par moment lors la tournée The Wall! Autre moment fort de ces deux heures et demi de show : un "Comfortably Numb" d’anthologie où le guitariste chanteur Damian Darlington assène un solo dantesque… si ce n’est que Gilmour jouait exactement le même lors de la tournée PULSE de 1994. La prise de risques musicale est plus que limitée et regrettable tant ce dernier possède une maîtrise de l’instrument certaine et un arsenal d’effets impressionnant (confectionné par l’ingénieur et ami de Gilmour, Pete Cornish, soit dit en passant). La formation, pour sa tournée américaine, accueille en son sein comme troisième six-cordiste l’excellent Jamie Humphries, parfait connaisseur du style Gilmour puisque’il lui a consacré deux vidéos pédagogiques disponibles dans toutes les bonnes crèmeries. Ce dernier, pourtant, s’offre quelques grands écarts rapport au Maître (parce que le père David, contrairement à Humphries, le tapping et le sweeping, bof!) Ce soir, ce sera du Gilmour sans Gilmour mais avec Darlington, donc, mais aussi le plus discret et efficace Steve Mac. Du Mason sans Mason, mais avec l’énormissime Paul Bonney derrière un kit de batterie que n’aurait pas refusé Mike Portnoy. Du Wright sans Wright, mais avec Jason Sawford, un peu transparent sur les sets The Wall (comme Wright à l’époque) mais qui reprend des couleurs lors du best-of final. Et du Waters sans Waters, mais avec un Colin Wilson qui ne démérite pas une basse et un micro à la main, et dans sa parallèle interprétation du Pink/Bob Geldof du film. Tous s’avèrent aussi appliqués que convaincants.


Et aussi convaincants que réfléchis. Pour les Australiens, le problème est simple : jouer The Wall, c’est en reprendre l’intégralité des morceaux, mais en sélectionnant les meilleurs versions possibles disponibles. A titre d’exemple, l’interprétation de instrumental “Is there anybody out there?” est celle du live éponyme avec force chœurs féminins sur les couplets. “Run Like Hell” est à la double-croche près la même version version que celle figurant au programme du Momentary Lapse of Reason Tour. De bons choix qui vont se poursuivre avec la troisième et dernière partie de soirée, à savoir le best of des autres albums du Floyd. Du moins c’était ce qui était prévu, mais le groupe s’est limité aux meilleurs titres de Dark Side of The Moon, à commencer par l’introductif "Time" (en lieu et place de l’habituel "Shine On Crazy Diamond"). Pus vient l’hommage légitime à feu Richard Wright avec "The Great Gig in The Sky", asséné par un impeccable trio de choristes féminines qui n’a pas non plus à rougir en comparaison d’une Claire Torry ou des autres vocalistes qui ont tourné avec Pink Floyd. Seulement cette troisième partie, vite expédiée, laisse un goût amer d’inachevé dans la bouche : pas un seul morceau de Momentary Lapse ou de Division Bell ne sera interprété. Seul un rapide "Wish You Were Here" permettra de s’extraire de Dark Side. Un peu léger pour un best of. Mais une fois de plus, c’est bien subjectif.


Car objectivement Australian Pink Floyd vaut le détour et l’Olympia leur sied à ravir, puisqu’offrant des qualités acoustiques parfaites pour ce type de musique. Le groupe avait déjà fait salle comble en février 2008 pour le même spectacle, il aura remis le couvert en mars 2009, en augmentant au passage le prix de la place d'une bonne vingtaine d'euros. Certes, il y a du matos sur scène, mais l'auteur de ces lignes rappelle qu'il a payé 180 francs en 1994 pour voir le Floyd à Chantilly. Une nouvelle question de gros sous intimement liée au nom de Pink Floyd. Les fans ne doivent plus être à cela près…


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