Fanfare Kärlek

Entretien avec François Kärlek - le 15 juin 2024

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Winter

Une interview de




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À force d'avoir accès à toute la musique passée, présente et future via les plateformes de streaming, vous vous sentez repus, gavés. Plus rien ne vous étonne. « I know the feeling », auraient dit les gars de Faith No More. Je vous propose de prendre le risque ultime pour rendre vos journées musicales plus pimentées : écouter une fanfare metal. Vous pensez à une blague ? Chez les Eternels, nous n'avons aucun sens de l'humour. François Kärlek, en revanche, ne se contente pas de diriger des cuivres. Il sait aussi répondre de manière drôle aux questions posées. Plongée dans l'univers des irréconciliables réconciliés.

Winter : Bonjour François, pourrais-tu me donner une estimation du pourcentage de tes interlocuteurs qui te rient au nez quand tu leur dis que tu fais de la fanfare metal ?

François : Bonjour Winter, avant qu’ils me rient au nez il faudrait déjà que je leur en parle ! Car vois-tu, faire de la fanfare metal, c’est un peu comme voter Jacques Cheminade aux présidentielles : tu ne peux pas lâcher ça innocemment à la machine à café sans te lancer dans un minimum d’explications et prévoir trente minutes de pause. Donc les gens à qui j’en parle ne se moquent pas car je sais qu’ils sont prêts psychologiquement et ont le temps avant d’aborder le sujet. C’est pour cela que je n’en parle quasiment pas hors contexte. Il n’empêche que les clichés vont bon train quand le sujet fuite : Fanfare Metal ? Hum bizarre ton truc, t’as les cheveux courts et t’es pas tatoué…

Winter : Qui rigole le plus ? Le métalleux ou le non-métalleux ?

François : Ça ne rigole pas forcément mais ça interpelle, oui !
On ne croise quasiment que des non-métalleux quand on se produit dans la rue (on est neuf musiciens) et il y a en gros trois réactions typiques dont je vais te donner des exemples concrets avec des pourcentages totalement au pif mais ça fera sérieux :

1 - « C’est super cool ! » (60%)
1h du matin un samedi soir, juste après avoir clôturé un Festival de Fanfares à Salon de Provence, sur le superbe site du château de l’Emperi. Un Monsieur assez chic autour de la soixantaine, amateur de cuivres, me demande si ce sont des compositions ou des reprises car il a adoré notre prestation. Je lui explique que ce sont des morceaux repris de groupes scandinaves, inconnus des foules, mais très riches en termes d’harmonie et de construction.
Ça m’a fait super plaisir car on voyait que c’était vraiment complétement nouveau pour lui d’entendre un groupe comme nous. En revanche je me suis senti un peu comme un vilain garnement de lui avoir recommandé d’écouter Mayhem et Dissection une fois rentré chez lui… Je le fais souvent quand on demande d’où sort notre musique, je trouve ça bien que les gens sachent que ce type de musique existe.

2 - « Mais qu’est-ce qui se passe ? » (35%)
Les cuivres des Kärlek ne sont pas plus « metal » que ceux de la fanfare militaire qui reprend du Daft Punk (authentique !) devant Macron le 14 juillet... En revanche, notre batteur et son kit de batterie sont 100% metal et c’est souvent ce qui fait réagir car les Fanfares qui pratiquent du blast beat et de la double pédale en acoustique sont vraiment rares. Beaucoup de non-initiés qui nous découvrent réagissent par rapport à cette batterie « infernale » parfois de manière diamétralement opposée. Une amie m’avait avoué trouver la combinaison cuivres et double pédale totalement hypnotique et transcendante (bon elle était légèrement saoule mais on voit bien l’idée), une autre était en revanche gênée parce que ça lui « remuait les tripes », au sens propre … je lui ai recommandé du Smecta…mais je pense vraiment que ça bloquait par ailleurs.
Indépendamment de ça, pas mal de monde ne comprend tout simplement pas ce qui leur arrive et je trouve top de voir les réactions surprises ou amusées sur nos passages les plus sauvages et rapides. J’adore commencer nos sets par l’intro et "Night’s Blood" qui ouvrent l’album Storm of the Light’s Bane. On a cet effet bœuf que je trouve fantastique sur bon nombre d’albums de black avec une ouverture très douce, très harmonisées puis PAF ! une déferlante de riffs (de trompette et tubas en l’occurrence) sur du blast beat. Ok, j’avoue que j’aime bien taquiner notre public…

3 - « ouh là là, ça va pas du tout »… (5%)
Comme le disait Marc-Olivier Fogiel (tiens, qu’est-ce qu’il devient ?), on ne peut pas plaire à tout le monde, et on a parfois des scrogneugneux… Le truc marrant est que quand quelqu’un vient nous parler on ne sait JAMAIS à quoi s’attendre.
Une fois, deux policiers viennent vers moi entre deux morceaux pendant un set à Lyon, je crains le pire dans ce genre cas avec au choix : « musique interdite à cet endroit, il faut dégager » ou encore : « un riverain s’est plaint, l’amende potentielle est de X euros » et là les deux flics nous disent « Super la reprise de Sepultura ! Certains d’entre vous vont au Hellfest cette année ? ». Inattendu ! Les métalleux sympas sont vraiment infiltrés partout.
Une autre fois, une mignonne petite mamie nous demande pourquoi une trompettiste (ma femme) a des cornes. – « Bonjour madame, c’est parce qu’on joue du Metal, ce sont des cornes de bouc » et la petite vieille s’enfuit, quasiment en hurlant « Oh alors ça, c’est pas bien ! ça ne me plaît pas DU TOUT ! ». Je l’imagine une fois rentrée chez elle, récitant trois ou quatre « Notre Père » pour le salut de nos âmes corrompues…

Concernant les métalleux, je te parlerai plus tard de ceux qui rigolent car il faut commencer par l’énorme majorité : tous ceux qui me sidèrent depuis nos débuts (il y a trois ans) par leur bienveillance, leur ouverture d’esprit et leurs compliments. Je pourrais en parler des heures tant les retours me font plaisir et me touchent à chaque fois, mais je me limiterai à te donner des exemples parlants avec les premiers retours lors de notre premier fest en 2021 :
- Côté public, un groupe de potes, dont un couple, a accroché dès le début au point de préférer écouter la fanfare dehors que certains groupes qui passaient dans la salle. On a vite sympathisé et les amoureux ont embauché Kärlek pour animer leur mariage (avec un morceau de Satyricon exprès pour l’occasion). C’était un super moment et on les recroise à la moindre occasion.
- Côté journalistes, j’ai eu une rencontre improbable avec Arno Strobl, qui bosse chez Rock Hard et chanteur et fondateur de Carnival in Coal. Il m’a dit après le set qu’il trouvait qu’on était carrément « des tueurs » (et nous a fait ensuite un encart super bien tourné dans Rock Hard). J’ai compris ensuite que ce monsieur (que je ne connaissais pas physiquement) était le chanteur d’un de mes groupes cultes de jeunesse. Preuve en était que j’avais déjà fait une reprise du morceau "Cartilage Holocaust" de Carnival In Coal, très disco, en 2010, et ça l’a vraiment touché !

- Côté groupes, j’ai pu échanger avec Akiavel, des gens adorables et qui rencontrent un succès bien mérité. Ils ont vraiment apprécié le concept (en jouant à reconnaître les originaux) et je leur ai promis une reprise (sans avoir écouté leurs albums, j’aime bien les défis un peu débiles). Depuis, "My Lazy Doll", un de leurs morceaux phares, leur a vachement plu en fanfare et ce titre est devenu un de nos « tubes » en live.

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Winter : Quels arguments donnes-tu à ceux qui se gaussent pour les faire changer d’avis ?

François : Je n’ai pas eu de moqueries ou grosses critiques en live (à part la mamie que les cornes de ma femme ont traumatisée), et je dois donc aborder Facebook où la parole est libre.
En deux mots, j’ai commencé à utiliser Facebook à titre perso, en même temps que j’ai lancé une page pour la Fanfare... Je t’avoue que j’ai eu peur de me prendre pas mal de tomates virtuelles quand j’ai commencé à publier des vidéos sur des groupes Facebook. Balancer une vidéo de fanfare, même si c’est du Mayhem, sur un groupe du genre Trve Extreme Norwegian Black Metal, c’est limite provocateur… au final il y a parfois des « ahah », mais presque toujours accolé à un « génial » qui fait plaisir, ça donne des commentaires du type « Awesome, LOL».
Là encore je te file deux exemples concrets.
Un ami, passionné d’Emperor comme moi, partage une reprise, une certaine Monic de ses contacts réagit : « Oulala c’est super bizarre, on dirait une BO de Tim Burton, qu’est-ce que c’est que ce machin ? ». On échange quelques mots et je me rends compte qu’elle est de la région, on se cale le premier concert possible pour qu’elle voie Kärlek. Le live lui a permis d’apprécier vraiment ce qu’on faisait ! C’est une amie désormais.
Un autre cas avec Antoine, qui joue dans un groupe de reprises de Windir, je lui envoie notre reprise et il réagit en mode « What the f**k! » total, partagé entre le respect du travail d’adaptation et le résultat qui sonne à ses yeux complètement hors-sol… Il partage à ses potes qui se marrent en partie et on discute. Récemment, l’un d’eux m’écrivait « Je remercie encore Antoine pour la découverte, c'est tellement excellent ce que vous faites ! » alors que son premier message était du genre « bordel, je n’arrive pas à m’arrêter de rire… ». Qui plus est, Antoine m’a proposé ensuite de jouer (à titre personnel cette fois) du tuba avec Cave Growl, son groupe de metal pagan, on a fait une date super au Cernunnos Pagan Fest et j’en ferai d’autres à n’en point douter ! … Ça partait bien mal mais c’est une superbe rencontre au final.

Winter : Quel pourcentage change d’avis ?

François : TOUS ceux avec qui j’ai échangé, à part un Suédois fan de Dissection qui était énervé qu’un groupe qui s’appelle AMOUR (le sens de KÄRLEK en suédois) reprenne son groupe préféré. Je comprends le gars car on casse « ses » codes (NDLR: ton empathie t'honore...). Mais au final on s’est quand même dit qu’il nous paierait le café (mais pas l’apéro, il ne faut pas déconner) si on passait en Suède.
Après je pense qu’il y a forcément pléthore de gens qui trouvent ce qu’on fait parfaitement naze, mais ils ont la gentillesse de ne pas trop le dire, donc un grand merci à eux qui ne liront pas cette interview de toute façon !


Winter: Explique-nous ton amour pour deux univers a priori peu connexes. As-tu commencé avec la fanfare ou avec le metal ?

François : J’ai commencé par le metal en simple auditeur puis la fanfare en musicien. Il y a eu des alternances avec une grande pause metal qui pourrait se caricaturer comme cela :
1994 – 2000 je n’écoute que du metal ;
2000 – 2020 je joue de la fanfare « classique », j’écoute beaucoup moins de metal ;
2020 on crée une fanfare metal et je réécoute des tonnes de metal, surtout extrême.
J’ai un amour du metal au sens large pour la richesse de ce qu’il peut proposer, autant en termes d’ambiances que de mélodies et d’accords, de rythmes aussi. Il y a une profondeur réelle dans cette musique, en particulier le black metal, mon chouchou, qui présente souvent des mélodies tarabiscotées, des accords étranges, des alternances entre passages binaires/ternaires etc…
La fanfare, je ne la vois pas comme une fin en soi, les musiques traditionnelles de fanfare étant souvent majeures, guillerettes, simplistes, bref, chiantes à mes yeux. Mais les cuivres sont les seuls à sonner assez fort pour donner le change à notre batterie de l’enfer en acoustique.
La fanfare est donc un « support » avant tout, qui permet, par sa transportabilité, de jouer n’importe où, n’importe quand. C’est un confort énorme, pas de balances, pas d’amplis à brancher, pas de salle à trouver. On peut jouer dans la rue et les gens nous découvrent sans que rien ne soit planifié, on peut se raccrocher à un festival à l’improviste… J’aime ce côté simple et tout-terrain.
La combinaison des deux univers revient donc pour moi à jouer la musique que je trouve la plus intéressante possible avec la logistique la plus simple possible.


Winter : Comment en es-tu venu à fonder ce surprenant projet ?

François : On est des copains de longue date dont une majorité à jouer dans la même fanfare de Lyon, les Krapos, dont j’ai arrangé l’essentiel du répertoire (dont le morceau de Carnival In Coal). Mais le Covid a mis fin à ce type de formats de fanfare à 20/25 personnes, pas de répète, pas de musique dans la rue.
On était plusieurs à vouloir explorer autre chose musicalement, sur un format de groupe, avec un meilleur équilibre et plus d’exigences que sur un format fanfare un peu aléatoire où tu peux te retrouver à jouer avec huit trombones et une trompette.
Le Covid a imposé pendant pas mal de temps une limite de dix personnes pour des évènements persos, on a donc fait des bouffes/répétitions avec ce format d’un groupe de neuf personnes.
S’est posée la question de ce que l’on voulait jouer, et j’ai tout de suite proposé du metal extrême, parce que c’est la musique que je préfère et que je voulais qu’on ait un répertoire qui sorte du lot, avec une identité forte. Hors de question pour moi de reprendre du Metallica et me retrouver en concurrence avec la horde de nymphettes apprenties guitaristes qui pullule sur Youtube (NDLR : sois-en infiniment remercié).

Le batteur, qui est comme moi amateur de metal extrême, pratiquait en solo, sans groupe, on a des goûts très proches et je savais qu’il serait emballé de mettre en place ce répertoire avec en grosse partie nos groupes cultes des années quatre-vingt-dix. Les autres musiciens, plutôt moins « extrêmes » dans leurs goûts, ont suivi car au final ce n’est pas si « violent » et mes arrangements sont taillés pour être vraiment sympas à jouer (sinon ça marche pas, on s’emmerde et le public aussi).

Winter : Dans le temps, entendre des cuivres dans des albums de metal était impensable. De nos jours, le saxo (par exemple) s’invite souvent à la table des groupes métalleux. Globalement, il y a un décloisonnement important des genres et sous-genres. Apprécies-tu ce décloisonnement ? Ce « métissage » rend-il plus facile ta tâche de reprise ?

François : Alors oui le metal évolue, et de plus en plus de groupes invitent des instruments hors norme dans leurs compos. Je pense que cela joue un vrai rôle dans l’ouverture d’esprit des métalleux et crée sans doute un contexte un peu plus favorable qu’il y a vingt ans pour des projets comme Kärlek.
Impossible de tous les citer mais j’adore certains groupes hybrides comme Diablo Swing Orchestra qui y va à fond. Le saxo est effectivement devenu monnaie courante aussi dans pas mal de groupes (White Ward, Ihsahn, pour les plus connus). J’adore ce décloisonnement.
En revanche, j’aime l’idée de transformer totalement un morceau, qu’il comporte des cuivres ou non, c’est une sorte de jeu intellectuel, proche du Tetris. J’extrais des « voix » à partir de guitares, chant, claviers etc… et l’adapte pour en faire quelque chose de jouable et harmonieux dans son ensemble. Il m’arrive d’inventer des mélodies ou accompagnements, de retravailler des structures pour un format plus « abordable » ou plus court etc…

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Winter : Quels critères prends-tu en compte pour sélectionner les morceaux que vous allez reprendre ?

François : Il y a trois gros critères :
- Que ce soit jouable donc ni trop rapide ni trop barré techniquement (pas de Necrophagist ou Meshuggah désolé pour les amateurs).
- Que ce soit riche en termes d’ambiances, variations de rythmes, mélodies, ce qui enlève les morceaux pauvres et trop basés sur les effets et la prod (en gros 90% de la scène core qui est si à la mode avec tous ces groupes interchangeables qui envoie des gros riffs sans intérêt).
-Que ça me plaise, car je suis incapable de passer du temps à adapter un morceau qui ne soit pas un coup de cœur. C’est pour ça que j’ai commencé par Samael, Satyricon, Mayhem, Enslaved, Mörk Gryning, tous ces groupes qui sont des références à mes yeux.
Mais j’adapte aussi beaucoup de coup de cœurs récents, y compris français car j’aime beaucoup les échanges que je peux avoir avec des groupes qui découvrent leurs reprises (Aorlhac, Houle, Belore, Doska …).
Cela aboutit parfois à de belles amitiés, voire même des collaborations avec l’ajout de cuivres sur des albums à venir (on rejoint la question précédente). Les groupes un minimum accessibles (je ne parle pas de Behemoth qui s’en fiche, évidemment) sont toujours respectueux et honorés du temps que cela représente d’adapter leur musique. Qu’ils aiment ou non l’univers des fanfares d’ailleurs.
Le compliment « je n’aime pas les fanfares mais j’adore le concept de Kärlek » me plaît bien, on me l’a déjà dit, ça me va, ahah.


Winter : Quels sont les styles/ groupes les plus faciles à adapter ?

François : Clairement tout ce qui relève du black sympho est un plaisir à arranger et adapter. D’une part parce que c’est assez riche pour que ce ne soit pas laborieux de trouver de la matière, d’autre part parce que je sais déjà que ça rendra bien en live. Je prends vraiment mon pied à faire ça et j’y occupe tout le temps que je pourrais perdre à regarder dix saisons d’une série pas glop sur Netflix.
Pour citer les principaux : Cradle, Dimmu, Septic Flesh, Bal Sagoth (à venir) …
Il est à noter que je fais aussi des reprises en solo, car on ne peut pas jouer en live tout ce que je souhaite adapter.
À ce titre, je vais reprendre In the Nightside Eclipse de Emperor en totalité, pour le plaisir intellectuel de tout décortiquer et le bonheur de partager mon respect total pour cet album. Tout est écrit, je n’ai plus qu’à enregistrer.

Winter : Quelles sont les reprises dont tu es le plus fier ?

François : Clairement celles qui n’ont pas été faciles à arranger mais rendent très bien en live :
- Un medley de deux morceaux de Svart Crown, car c’est difficile d’adapter du black-death de ce genre et que je l’ai beaucoup réécrit pour qu’il soit naturel et fluide. J’y ai d’ailleurs intégré le thème de Requiem for a Dream sur un passage de transition central qui sonnait un peu trop « creux ». Au final c’est un superbe morceau de fanfare qui accroche n’importe quel public et que les potes adorent jouer.
- "Mandrin l’enfant Perdu", d'Aorlhac, parce qu’il est très difficile de restituer un groupe de black aussi dense, rapide et violent. J’ai eu un gros job d’arrangement et le rendu est épique, haletant, varié. J’ai eu le plus beaux des compliments par NKS qui m’a dit que j’avais « parfaitement compris ses intentions en complétant certains des accords de ce morceau ». J’aime cette idée que Kärlek est un hommage à notre fabuleuse scène française.
-"Gateways" de Dimmu Borgir, qui est une fierté collective car je le pensais trop technique pour nos musiciens. Ils ont tous relevé le défi car il est très exigeant et il rend vraiment bien, on finit le morceau en sueur certes, mais avec les poils car le final est émouvant.
-"Mother North", un morceau assez évident en termes de rendu potentiel mais que nous nous sommes très bien approprié et sur lequel on fait chanter le public de 7 à 77 ans. Voir des non métalleux chanter du Satyricon sans jamais avoir entendu le morceau est l’aboutissement de ma démarche : faire découvrir des morceaux extraordinaires à des gens qui n’écouteront peut-être jamais les originaux.

Winter : Dans une fanfare classique, quels sont les instruments clés ? Dans une fanfare metal ?

François : Alors je connais très mal les fanfares classiques, mais en tout cas la définition d’une fanfare est la suivante : un ensemble de musiciens dont les instruments sont exclusivement des cuivres accompagnés occasionnellement de percussions.
À partir de là, on va dire que l’essentiel est la présence de cuivres. Ensuite il s’agit d’avoir les bons instruments pour assurer le maximum de tessiture, du plus grave au plus aigu.
Pour les graves il faut un soubassophone, ça fait les basses ;
Pour les aigus, la trompette ;
Pour les médiums, les euphoniums et les trombones.
Ce sont ces instruments qui sont utilisés dans Kärlek, la seule différence qui en fait une fanfare metal étant le fait que la batterie est complète et surtout que le batteur sait y faire.
En termes d’arrangements et pour comprendre comment nous sommes structurés, il y a donc quatre familles d’instruments avec deux personnes par famille (pour faire des questions/réponses, se relayer sur des passages tendus) et une batterie donc 4 x 2+1 = 9 le compte y est !



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Winter : Quel est ton instrument préféré ?

François : Je n’ai pas réalisé du tout en lançant Kärlek que l’absence de saxophone (justement pour ne pas être trop nombreux et au final en 100% cuivres) en faisait une fanfare dont je sais jouer de chaque instrument. Je l’ai réalisé ensuite quand m’en venue l’idée de faire des reprises en one-man-fanfare, chez moi, pour tester des morceaux avant de les mettre en répétition.
Chaque instrument est complémentaire et très différent, j’adore alterner entre eux.
La trompette est très exigeante, elle oblige à être précis et dans la maîtrise, c’est le plus dur mais tellement satisfaisant quand ça rend !
Le souba est génial à jouer, car tu portes un gros bébé de 13 kg en appui sur une épaule et tu vibres avec l’instrument en balançant des gros graves bien gras. C’est physique et comme je ne suis pas sportif ben ça me fait du bien d’en jouer pour rester en forme ahah !
Le tuba a un son très doux, c’est relaxant à jouer, et en même temps j’écris souvent des parties difficiles, rapides, pour nos tubas. C’est un noble instrument mais rarement mis en valeur, j’aime l’idée de lui donner des mélodies qui permettent d’en apprécier l’intérêt.
Le trombone est un instrument super par son côté ludique, tu fais glisser une coulisse (au lieu de pistons pour les trois autres) pour chopper les notes, c’est visuel, tu peux faire des effets et ça claque quand tu veux donner de la dynamique.
On va quand même dire que je préfère la trompette, tout simplement parce que ça tient dans une petite boîte et que tu peux te balader partout avec.

Winter : Où vous produisez-vous ? Ambitionnez-vous de participer à des festivals ?


François : Comme on mélange deux univers, la fanfare et le metal, ça se retrouve dans nos dates. On joue une fois par mois en live, à des festivals de fanfare, pour des fêtes populaires, tout simplement dans la rue, ou enfin pour des fest metal autour de Lyon, comme le New Blood Fest, Dark Medieval Fest, Leymfest. On pourrait ambitionner d’aller plus loin mais il faut bien maîtriser la disponibilité, le coût du trajet etc… à neuf musiciens avec nos gros instruments c’est un vrai périple ! Donc pour l’instant ça nous va bien en rayonnant autour de Lyon.

Winter : Envisages-tu de ne pas te limiter qu’au metal ? Envisages-tu d’écrire tes propres compos ?

François : Alors pour les arrangements j’ai surtout fait du non metal depuis vingt-quatre ans (même si je suis en train de vachement rétablir l’équilibre avec Kärlek) et je souhaite que Kärlek garde cette identité.
Tu vois je me suis amusé à faire des reprises débiles en avril, mais j’ai volontairement pris un autre nom, « Kirkilou », pour éviter de faire cohabiter "Les Sardines" avec "Serpentine Offering".
J’ai déjà composé et pourrais le faire, mais je trouve que notre concept perdrait en cohérence, car je souhaite vraiment mettre en valeur des morceaux qui me plaisent et existent déjà.
Vu que j’ai en permanence des idées de reprises j’ai toujours, au bas mot, vingt morceaux en stock qui me font vraiment tripper.


Winter : En tant que fan, peux-tu nous donner tes trois albums préférés ? Trois films ? Trois livres ?

François : Pour les albums je vais volontairement en citer trois que j’adore et qui vont je pense faire l’objet d’adaptations bientôt !
- Ciel, Cendre et Misère Noire de Houle qui va bientôt sortir et représente cette scène française qui renouvelle le style et le réinvente avec brio et modestie ;
- Slaughtersun de Dawn, parfait équilibre entre mélodies à la suédoise et atmosphère ;
- Demonic de Testament, un album presque jamais cité par les fans de Testament, pourtant un concentré de thrash qui déboite tout sans un seul riff à jeter.

Pour les films, je propose un choix éclectique :
- Memento, l’histoire d’un gars qui a perdu le mémoire et essaie de reconstruire le puzzle de sa vie, un chef d’œuvre en termes de construction et montage ;
- Aliens, parce que c’est super bien construit, ça file les chocottes, et ça mitraille à fond ! Le cinéma d’action américain « popcorn » à son meilleur ;
- La cité de la Peur, parce que je le connais par cœur et que je partage encore certaines vannes avec les potes de ma génération.

Pour les livres, là encore un choix varié :
- Kafka sur le Rivage de Haruki Murakami, auteur onirique qui cultive une forme de détachement et de poésie avec des situations à la frontière du fantastique. Ce livre est bien représentatif de son univers ;
-Le problème à 3 corps de Liu Cixin, qui est à mon sens ce que la science-fiction a produit de mieux ces dix dernières années. Bourré de concepts géniaux, émouvant, avec un vrai regard sur notre humanité ;
- 4 3 2 1 de Paul Auster, un livre généreux, foisonnant, que j’ai dévoré et qui aborde un concept qui m’a toujours séduit, l’effet papillon, les bifurcations, les choix de vie qui peuvent changer votre avenir du tout au tout. Par exemple : s’il n’y avait pas eu le Covid et en rebond Kärlek, quelle serait ma vie aujourd’hui ?

Winter : Le mot de la fin ?

François : Merci à toi Philippe pour ton intérêt et surtout à tous ceux qui m’auront lu.
Si vous voulez nous suivre, on a deux supports avec tout dessus : Bandcamp et Youtube.
Et si des lecteurs veulent nous proposer des idées de reprises, je suis facile à trouver !



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