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CHRONIQUE PAR ...

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Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 25 octobre 2014
Sa note : 16/20

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(voir tracklist)

TRACKLIST

Disque 1
1)
Dark Horse On The Wind (Primordial)
2) Dovbush (Drudkh)
3) Ei Kuule Emo Minua (Haïve)
4) En Hymn Til Urd (Kampfar)
5) Abbots Bromley Horn Dance (Winterfylleth)
6) John Barleycorn (Winterfylleth)
7) Montferland I (Mondvolland)
8) Montferland II (Mondvolland)
9) Esprit de Brave (Himinbjorg)

Disque 2
1) The Three Ravens (Winterfylleth)
2) Badnsull (Kampfar)
3) Forgotten Lullaby (Drudkh)
4) Montferland III (Mondvolland)
5) Ao Teu Lado (Avar Inferi)
6) Ukon On Tullinen Turkki (Haïve)
7) Onpa Tietty Tietyssäni (Haïve)
8) The Foggy Dew (Primordial)
 

DISCOGRAPHIE


Himinbjorg + Primordial + Ava Inferi + Drudkh + Winterfylleth + Kampfar + Haïve + Mondvolland - One and All, Together, For Home
(2014) - black metal folk - Label : Season Of Mist



Autant vendre des compilations de morceaux pouvant être trouvés ailleurs - pire : en acheter ; bien pire : acheter les compilations d'été - est quelque chose qui me dépasse, autant proposer des compilations axées autour d'une thématique particulière et proposant du contenu nouveau est quelque chose qui a toutes les raisons de susciter l'intérêt. A ce jour, le meilleur exemple d'une telle compilation était le fameux Whom The Moon A Nightsong Sings, par Prophecy Productions. Une merveille d'un bout à l'autre, cohérent qualitativement et artistiquement. Quand Season of Mist - courageux - relève à son tour le défi d'une compilation tournant autour du folklore européen, la label convie les grands noms dont nous parlerons ci-dessous et le résultat est clairement une franche réussite. 

Préalable - Pour les besoins de cette chronique, de manière exceptionnelle, je me permet de casser les codes de rédactions. Tout est si bien rangé chez Les Eternels : un peu de désordre ne fera pas de mal, pour une fois. Place à un track-by-tra... non. Place à un artist-by-artist. Grands Dieux ! On ne voit pas ça tous les jours.
A tout seigneur, tout honneur. C'est à Primordial qu'il revient d'ouvrir et de clore cette compilation tenant sur deux disques. Les deux titres proposés - en exclusivité, s'il fallait encore le préciser - sont tous les deux très simples et fort éloignés de la musique habituellement jouée par le groupe irlandais. "Dark Horse on the Wind" est une longue complainte, sublimée par le chant habité d'Alan Averill, qu'on sent particulièrement impliqué dans le projet. Frissons. La seconde piste, "The Foggy Dew", ballade irlandaise traditionnelle voit Alan partager le micro avec Simon, traditionnellement batteur. Là encore, le résultat est épuré et dramatique dans le bon sens du terme. Deux réussites - hors des frontières du metal, qui prouvent que Primordial est un groupe sincère dans sa démarche.
Drudkh est un autre groupe qu'on sait proche de ses racines, et c'est sans étonnement qu'on le retrouve donc sur cette compilation. "Dovbush" et "Forgotten Lullaby" sont pourtant assez communes l'une et l'autre. Gratouille et flutiaux : la borne séparant le folk puissant et évocateur du folkounet de terroir n'est jamais bien loin. Rien de désagréable ; rien d'inoubliable. 

Inoubliable est en revanche la prestation d'Haïve, qui s'invite ici à l'occasion de trois pistes aux titres finlandais immédiatement identifiables. Et là, par les Anciens Dieux et les Nouveaux, ce n'est plus que du bonheur, de la gloire et des frissons. Le registre adopté - celui du black atmosphérique, claquant comme un dernier cri de guerre - sied plus que jamais au contexte. Les riffs du groupe, proprement épiques (le terme n'est pas de trop), font voyager l'auditeur et le transportent très loin au dessus du reste. "Ei Kuule Emo Minua", avec ses vocaux écorchés et conquérants, ses riffs dramatiques et sa guitare de tête d'une mélancolie sans nom, est un travail d'orfèvre, du niveau d'un Saor (recommandable projet écossais qui aurait eu toute place sur cette compilation). Les quatre pistes, aux nuances différentes - épiques et guerrières ou plus simples - rappellent également, par moment, l'oeuvre de Thy Catafalque. Haïve porte la compilation vers le haut. Haïve est un nom dont il faudra se souvenir : sa musique est magnifique.
Himinbjorg, en revanche, peine à convaincre sur un "Esprit de Brave" franchement faiblard et brouillon. Une piste folklorique qui sentirait presque le poulet braisé du marché. Un esprit Gaulois certes présents, mais ni beau, ni épique, ni touchant. Une incongruité sympathique, mais qui sera loin de marquer les esprits - si ce n'est par le fait d'être chanté dans la langue de Molière (qui doit se sentir très concerné par tout ce déballage de folklore).
Winterfylleth passe, tout comme Primordial, l'exercice de la reprise traditionnelle avec un grand succès. "Abotts Bromley Horn Dance" et "John Barleycorn", l'une et l'autre issues du foklore irlandais, sont ici interprétées avec majesté et renforts de cordes et d'échanges de voix masculines et féminines - une danse envoûtante. Que dire ? Rien. Mieux vaut se taire, et écouter la douceur des arrangements pour mieux s'imprégner de la mélancolie des titres - "The Three Ravens", duo masculin-féminin sur fond de guitare acoustique, et à ce titre remarquable. Le folk à son zénith. Un autre nom à noter impérativement, aux côtés de celui d'Haïve.
Restent
Mondvolland, à la triple prestation sympathique, mais plus anecdotique. Trois pistes faisant office de liant pour cette compilation majoritairement démetallisée.
Autre bonne surprise : Ava Inferi, groupe dont la présence peut surprendre ici, mais qui apporte pourtant une touche romantico-gothique bienvenue à l'ensemble grâce à une piste sur laquelle le chant féminin se fait mystérieux et sur laquelle l’instrumentation est d'une qualité remarquable - une influence méditerranéenne se fait alors sentir.
Enfin, bon dernier de cette liste à la Prévert,
Kampfar ne se distingue ici que par un unique morceau ("Badnsull") - le premier étant relativement commun, plus électrique que la majorité, et plus lent également puisqu'est visitée ici la lisière du doom - dans un format plus folk qu'à l'accoutumé : bonne idée - qui assombrie le ton de cet exercice, au rendu final loin d'être bêtement festif.


La mélancolie conquérante - sentiment étrange communiqué par l'ensemble de cette compilation et lien entre les groupes présents - touche en plein cœur et celui-ci voyage, avec les peuples, dans le temps. De beaux morceaux, qui nous rappellent qu'il existait un monde avant les voitures, les tours de verre et les téléphones portables. Une compilation idéale pour découvrir des artistes (pour ma part, je sais désormais où creuser - j'espère que vous également), ou plus simplement, pour voyager et s'évader. Une excellente initiative, qui ne sera surement jamais assez mise en avant. Merci aux groupes, merci à Season of Mist. Le courage paie - et ce n'est pas à ces descendants de héros que nous l'apprendrons. 



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