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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 01 avril 2014
Sa note : 15/20

LINE UP

-Yohan Oscar
(chant)

-Rémi Vanhove
(guitare+programmation)

-Anthony Mouchet
(guitare)

-Jérémy Tissier
(basse)



TRACKLIST

1) Phrase 6
2) Resurrection
3) Lost in Oblivion
4) Silent
5) Silent Part. 2
6) Drowning
7) Hurricane

DISCOGRAPHIE

Human Be[ing] (2014)
Aaliens EP (2015)

Psygnosis - Human Be[ing]



Charlie Chaplin ouvre les yeux… Que fait-il dans ce hangar ? D’autres personnes qu’il ne connaît pas sont ligotées à une chaise, comme lui… Plusieurs types encapuchonnés arrivent sur les lieux.
-  Salut à tous ! Nous sommes Psygnosis. Certains d’entre vous étaient morts, nous avons dû les ramener à la vie. Vous allez devoir collaborer avec nous. Toi, là !  - l’un des cagoulés montre Chaplin du doigt. Fous ton costume du Dictateur, et refais-nous ton fameux speech ! Et toi Yeats, pareil, au boulot !
 

Tout comme leur confrères sudistes d’Hypno5e, les Mâconnais de Psygnosis sont allés chercher quelques noms illustres pour concocter Human Be[ing], leur second album. Tout comme les papes du metalcore français, le quintette de Saône et Loire aime à agrémenter son metal extrême d’extraits de films, conférant à l’œuvre une dimension « intellectuelle » ou  poétique,  et comme sur Acid Mist Tomorrow, la recette fonctionne très bien, pas aussi bien que le Lendemain de Brouillard Acide (œuvre d’une qualité absolument exceptionnelle), mais tout de même très bien : le cocktail deathcore/brutal death/post metal/cinéma proposé sur l’album est suffisamment accrocheur pour que la bonne heure que dure l’album passe, d’une manière générale, sans souffrance, bien au contraire. Pour continuer au petit jeu des comparaisons avec Hypno5e, on pourra dire que là où ces derniers choisissent de rendre leur album mélancolique par le biais de la sélection de films classiques (Cocteau) ou de textes de ce que l’on appelle les « grands auteurs » (Camus, Brecht,… ils mesurent tous plus d’1m80), Psygnosis penche plus pour l’instauration d’une atmosphère assez difficile à cerner. Les extraits provenant de films récents (Seul contre Tous, Equilibrium où l’on jurerait d’ailleurs que c’est Sarkozy qui lit Yeats…) ou de documentaires à la Arte (l’accent du sud du « spécialiste » de le télé et des sacrifices humains est aussi inattendu que déroutant), tout comme les nombreuses guitares acoustiques post-rock, créent une atmosphère terne et froide, et paradoxalement assez belle.
L’ensemble est original et déstabilisant le temps des deux premiers morceaux qui, magistraux, font tourner la tête à l’auditeur  perdant ses repères face à des transitions entre death, core et passages parlés, aussi jouissives qu’improbables. Les quelques lignes de chant clair sont bien vues et l’on se dit qu’on est parti pour une heure de folie. Simplement, les artistes décident par la suite de privilégier l’ambiance au détriment de la folie. C’est un choix respectable, mais qui fait baisser la tension de plusieurs degrés : "Lost in Oblivion", plus classique, tout en menace latente, n’est en aucun cas un mauvais titre, mais il aurait été peut-être bon de redémarrer derrière, au lieu d’enchaîner sur "Silent" à l’alternance musique/discours plus convenue et pas extrêmement emballante. Même si l’intermède "Silent 2" qu’on croirait sorti d’un album de The Days of The Moon est aussi à mettre au rang des agréables surprises, le rythme initial est cassé et lorsque l’album redémarre, au milieu de "Drowning", l’effet de surprise ne joue plus à plein, d’autant moins que les compositions proposent alors une alternance plus classique entre death puissant et mélodique, metalcore et moments ambient. Il n’en reste que Human Be[ing] est une promesse de lendemains qui chantent (et qui growlent). L’album n’est pas totalement abouti, mais il est intrigant et contient bon nombre d’éléments d’excellente qualité. Une très bonne surprise qui aurait pu tourner à l’œuvre de tout premier plan.

 
Jusqu’à présent, Mâcon n’évoquait pour moi que la gare TGV de Mâcon Loché et les dimanches soirs tristounets des étudiants que la capitale réclame après la liberté provisoire du week-end. Human Be[ing] change la donne. Maintenant, Mâcon = Psygnosis, on progresse. Néanmoins, l’évocation de la capitale de la Saône et Loire ne me donnera toujours pas plus le sourire, vu le caractère un peu étrange et inamical de cette œuvre très bien faite, qui aurait pu même prétendre à un statut encore supérieur, si tous les morceaux avaient été à l’image des deux fantastiques premiers titres. On s’en contentera pour cette fois, mais, Messieurs, revenez-nous vite !



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