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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 15 décembre 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-Marian Aas Hansen
(chant)

-Alexander Nordgaren
(guitare+chant)

-Per Amundi Solberg
(basse)

-Svein Etil Hatelvik
(batterie+chant+claviers)

TRACKLIST

1) Fragmenter Av En Fortid
2) En Skikkelse I Horisonten
3) Hvilelos?
4) Englers Piler Har Ingen Brodd
5) Fragmenter Av En Fremtid

Bonus :

6) Absence
7) Profanations Beneath the Bleeding Stars
8) … and the Choirs Behind Him
9) My Resurrection in Darkest Hate

DISCOGRAPHIE


Fleurety - Min Tid Skal Komme
(1995) - black metal jazz - Label : Aesthetic Death



Fleurety est tout d'abord un groupe au nom étrange. Enfin, c'est le sentiment qui me domine. Fleurety ? Sérieux, on parle quelle langue là ? Il paraît que c'est le nom d'un démon, mais ça fait pas très sérieux pour un démon en France que de s'appeler Fleurety si vous voulez tout savoir. Plus intéressant cependant, ce groupe de Norvégiens fous (encore) sort en 1995 un album qui rappelle fortement une autre troupe de fous Norvégiens : Ved Buens Ende.

Min Tid Skal Komme est son titre et force est de constater qu'il est difficile de ne pas rapprocher les deux groupes. Même année, même style musical de black très teinté de jazz, même folie rythmique et compositrice, bref on serait tenté de croire que certains se sont sinon copiés, du moins inspirés. Pourtant, encore une de ces facéties de l'Histoire, il est très probable que les deux groupes aient simplement eu la même idée au même moment et ne sont donc que simples contemporains. Et puis les insulter à dire qu'ils sont du même moule, c'est aller trop vite en basse besogne. Là où Ved Buens Ende sonne peu black metal, Fleurety ne relègue pas autant ses racines dans l'abîme de l'oubli. En fait, en poussant le bouchon dans mémé, on pourrait dire que Fleurety est le pendant plus black metal de cette même facette de black metal jazz, Ved Buens Ende s'arrogeant le côté plus jazz. Les guitares sont ainsi plus acérées, incisives, prépondérantes. Le chant est bien plus souvent écorché que clair même si l'appel au chant féminin est une constante.
Cependant, s'arrêter sur une telle opinion serait tirer bien vite des conclusions. Les deux groupes proposent une musique aussi complexe faite de rythmes tortueux, changeants, dissonants. De même la basse occupe ici aussi une place de choix avec des lignes personnelles accompagnées de cette rondeur et ce feeling si jazz. Tel Janus, nous voici confrontés aux deux visages de ce style alors nouveau qui est apparu spontanément dans la patrie du black metal moderne. Étonnante coïncidence de l'Histoire qui ne peut que ravir nos papilles auditives. Et en fait, pour être honnête et franc, Fleurety va plus loin dans le ravissement que son congénère. Et cela pour ce fait simple et imparable : il est plus metal. Plus black metal. Il perd moins l'auditeur et gagne en intelligibilité. Cette orientation légèrement plus classique évite la froide incompréhension qui baigne toujours en filigrane chez le voisin. Mais faisons fi de cette comparaison maintenant, Fleurety est aussi une entité à part entière et mérite à cet égard tous les égards dus.
En effet, chaque chanson va être l'occasion de s'enchanter d'un riff surprenant et unique qui arrive au détour d'un autre riff original. La cohésion magnifique de la batterie changeante, délicate et polyrythmique avec cette basse chaleureuse nous entraîne dans un tourbillon d'un vent de folie. D'autant que Fleurety sait ménager des passages quasi blastés relativement fréquents qui rassureront l'amateur de black metal sur la pureté du groupe. L'ambiance dégagée est ainsi froide, mystique et sombre. Le metal noir est savamment représenté dans un atour d'une complexité quasi inédite. La musique n'est pas dénaturée par la production, savant mélange du glacé et brut black metal et pourtant parfaitement détaillée et aérée pour laisser entrevoir toutes les qualités instrumentales de chacun. Le vrai défaut de cet album devient alors son absence de réelle faute. Bien sûr sa complexité rebutera, mais s'en plaindre vu le genre pratiqué, c'est ne pas avoir compris la musique à laquelle on a à faire.


Min Tid Skal Komme a tout de la folie réussie, folie d'ailleurs sauvée de l'incompréhension par son seul trait de classicisme qui est de conserver un fort caractère black metal. Appelez ça vieux jeu ou peur de l'inconnu, mais là où Ved Buens Ende a échoué à mon sens, à savoir produire de la musique qui touche vraiment l'auditeur, Fleurety a réussi.

P.S. : la réédition de 2003 propose 4 chansons bonus, dont la première démo du groupe. Il faut savoir que le chant était... unique et vous provoquera certainement des froncements de sourcils. Quoiqu'il en soit, la qualité musicale était déjà là et ce sont donc d'excellents bonus à écouter, d'autant qu'ils témoignent d'une enfance déjà précoce et de composition au style déjà très affirmé bien que moins abouti et moins bien enregistré.



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