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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 15 décembre 2013
Sa note : 14/20

LINE UP

-Carl-Michael Eide
(chant+batterie)

-Vicotnik
(guitare+chant)

-Skoll
(basse+claviers)

TRACKLIST

1) I Sang for the Swans
2) You, That May Wither
3) It's Magic
4) Den Saakaldte
5) Carrier of Wounds
6) Coiled in Wings
7) Autumn Leaves
8) Remembrance of Things Past
9) To Swarm Deserted Away

DISCOGRAPHIE


Ved Buens Ende - Written in Waters
(1995) - black metal jazz - Label : Misanthropy



Évoquer un groupe tel que Ved Buens Ende est toujours un peu difficile. D'une part sa musique est difficile à appréhender et à complètement absorber, d'autre part la légende l'entourant invite à la plus grande prudence quand aux tournures utilisées afin d'éviter de verser dans l'excès inutile. Pourtant il faut bien considérer Ved Buens Ende pour ce qu'il fut, un précurseur, un grand de la race des visionnaires.

Ces quelques mots introductifs passés, que penser de cette galette ? Question rhétorique qui amène sa propre réponse en ces mots : dense, complexe, touffu, circonvolutions. Suivre ce Written in Waters ne sera clairement pas donné à tout le monde. Il faut tout d'abord posséder une grande patience, au vu du nombre d'écoute nécessaire, pour ne plus être perdu dans ses méandres. Évidemment une grande ouverture d'esprit également. Car Carl-Michael Eide (sa véritable tête pensante et icône imposante ayant joué, un jour ou l'autre, dans environ tous les groupes cultes du black norvégien) esprit torturé et possédé par la musique, tient absolument à se noyer dans les volutes de notes et de rythmes. Il aime foncièrement aussi mélanger deux genres qui auraient plutôt été vus comme antipathiques à l'époque : jazz proche du free et black metal. Cette association qui en fait rêver quelques uns et hérisse les poils de beaucoup d'autres, se trouve ici pleinement assumée et menée à son terme sans question possible. Enfin une tolérance à l'expérimentation qui découle naturellement des deux points précédents.
L'ensemble arrive-t-il à sonner cohérent ? C'est un point de départ utile, et il est brillamment rempli. Malgré des va-et-vient incessants entre les riffs, les genres et les rythmes, on se retrouve toujours dans un monde cohérent, commun à l'ensemble de l'album. C'est peut-être l'unique aide qui nous est proposée lorsqu'on se jette dans cette première écoute qui laisse interdit. D'avance, on savait qu'on aurait du mal et on éprouve ce mal. On sait aussi que cette musique nous demandera de nombreuses écoutes, donc on les lui accorde de bonne grâce. On note tout de même avec bonheur ce mariage de quasi raison entre jazz et black metal qui convainc du bien-fondé de la démarche. Les premiers riffs qui nous restent en mémoire ne sonnent que vaguement black metal, sortant des canons attendus et surtout, on se surprend à garder en mémoire des lignes de basse. Car celle-ci est vraiment en décalage avec la production black metal habituelle. Mise en avant, ronde et toujours audible, elle bénéficie de lignes particulièrement inspirées, amples et jazzy. Vivant en indépendance de la guitare, finalement assez peu saturée et donc pas écrasante, elle va ravir au plus haut point les personnes qui chaque jour allument un cierge pour avoir un album de metal la respectant à sa juste valeur.
La dernière chose qui va nous rester est cette sensation que le black metal est finalement peu présent. Ça manque de réel blasts ("Den Saakaldte" ou "Carrier of Wounds") et le chant est rarement raclé (d'ailleurs on a du mal à réellement se souvenir l'avoir entendu, et pourtant il est bien là). On revient donc. Souvent. Plusieurs fois. De multiples fois. C'est notre foi et notre foie retournés de concert dont nous parvenons difficilement à raccrocher les bouts. Ce jazz black plus que black jazz (peut-être ?) finit par s'imprimer dans nos circuits. Tous ses détails s'éclaircissent. On l'aimerait volontiers révolutionnaire, ce qu'il est, et légendaire, ce qu'il n'est probablement pas. Car osons l'écrire, Written in Waters est un excellent album, mais son statut l'a a priori dépassé. Certes les structures atonales, dissonantes sont en avance sur leur temps, la technicité est admirable, les rythmiques incroyables. Pourtant vous le voyez ce gros « mais » au fond du jardin. Ce « mais » imparable qui vient gâcher la fête. Celui qui dit que cette musique est parfois trop absconse pour se hisser au rang de légende. Alors on se réconcilie avec nous-même en se disant que tout de même, il s'agit d'un sacré album.


Et d'un album sacré, il s'agit. Seulement plus par le respect et l'admiration qu'il force chez l'auditeur. On applaudit des deux mains cette témérité, cette technicité, cette cohérence dans la déconstruction. On veut aimer et être aimé. Néanmoins on finit par s'incliner, terrassé par la barrière intellectuelle qui semble trop haute pour nous permettre de vivre pleinement l'expérience. Certaines âmes y trouveront probablement le salut tant attendu. La minorité qui a déjà pris la peine de s'y essayer demeurera toujours partiellement, minisculement, mais toujours, coi.


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