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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 19 novembre 2013
Sa note : 11/20

LINE UP

-Ronald "Ronny" Munroe
(chant)

-Kurdt Vanderhoof
(guitare)

-Rick Van Zandt
(guitare)

-Steve Unger
(basse+chœurs)

-Jeff Plate
(batterie)

TRACKLIST

1) Bullet Proof
2) Dead City
3) Generation Nothing
4) Noises in the Wall
5) Jump the Gun
6) Suiciety
7) Scream
8) Hits Keep Comin'
9) Close to the Bone
10) The Media Horse

DISCOGRAPHIE


Metal Church - Generation nothing



« Je me rappelle la première fois, nous étions si jeunes et pourtant quelque chose de spécial s'était produit. Une révélation, même si ce mot, je ne l'ai employé que plus tard. Sur l'instant tout semblait limpide. Néanmoins le mystère du pourquoi – pourquoi toi, pourquoi maintenant – s'était diffusé en un éclair dans mon corps engourdi, comme des milliers de bataillons déferlant en silence sur la lande brumeuse. Moi je n'avais pas grand chose à t'offrir alors je me suis nourri de ta sève riche et exquise qui, j'en étais convaincu, ne devait jamais tarir. Je me trompais. Aujourd'hui, après toutes ces années sans avoir pris de nouvelles, je me décide, enfin, à t'entendre à nouveau.

Espérer revivre les émotions anciennes est une perte de temps, tout le monde le sait. Les sages l'affirment : ressusciter les moments d'insouciance, restituer la magie des bonheurs ineffables, n'est-ce pas là pure et vaine folie ? Cependant nombreux sont ceux, sans doute, à rêver encore des fébriles tornades de jadis qui mouraient doucement dans les effluves âcres et les soupirs de contentement. La tentation est grande de solliciter un rendez-vous avec cet amour perdu que l'on a doté d'autorité d'une jouvence inaltérable. Et puis l'on se remémore la séparation, le douloureux hiatus qui relégua l'idole dans les spirales sèches de l'amnésie. Mais au début.... Tu avais quelques années de plus et ta voix était un peu stridente, mais elle savait se faire cajoleuse, parfois, quand tu reprenais ton souffle entre deux explosions de créativité. Tu étais plein de fougue mais insistais pour qu'on te suive : ce n'était pas de l'esbroufe, juste l'envie de faire autrement - et mieux (Metal Church, 1984). Tu n'étais pas comme les autres. Tu avais ce truc en plus, cette aura qui te rendait irrésistible et catchy. Puis tu t'es fait plus sombre, tu as, un peu, haussé le ton, histoire de te faire respecter des gros bras tout en préservant ta personnalité (The Dark, 1986). Bien sûr ça n'a servi à rien, on ne change pas comme cela – c'est ce que les gens disent, pas vrai ? Mais ils ne te connaissaient pas, ou plutôt devraient savoir que certains événements sont susceptibles de bouleverser une vie. Une double transplantation de la main et du larynx, ça ne pouvait pas être anodin, évidemment et toi qui avais débuté ton existence dans le silence des "Dieux du Courroux", cela t'a conféré cette sérénité bienveillante et mélancolique que l'on rencontre chez les rescapés. Ton charme décupla (Blessing in Disguise, 1989). Comment ne pas y succomber ? Une telle passion ne devait pas mourir, c'était l'évidence même.
Oh, elle ne s'est pas évaporée du jour au lendemain. À vrai dire, elle n'a jamais complètement disparu : elle s'est étiolée, sans bruit ni fracas, à force d'éloignements que l'on a plus ou moins subis, de moins en moins combattus, aussi. « The times they are a-changin' » nasillait le troubadour. Mais toi, tu n'as pas voulu changer. Ce n'était pas grave, au contraire (The Human Factor, 1991) mais ta résistance s'est rapidement muée en sclérose et tu commençais à radoter affreusement. Alors l'adoration laissa place à l'amertume, la frustration et, pire que tout, à l'ennui. Des rencontres eurent lieu : ta place était prise. Tu as continué à mener ta barque comme tu as pu, t'accordant parfois une pause en espérant repartir du mieux possible. Tu te présentes justement après quelques années d'éclipse et t'entendre aujourd'hui constitue une expérience troublante. Tes propos sont solides ("Bullet Proof"), tu t'exprimes avec force et assurance, celles qui en remontrent et que tu n'avais pas toujours eues ("Jump the Gun"). Cela fait plaisir, bien sûr, de te savoir en forme mais, soit dit sans cruauté, il n'y a plus beaucoup de plaisir à t'écouter. Tu as musclé ton jeu, c'est vrai, mais finalement tu ressembles à tous ceux dont tu mettais un point d'honneur à te démarquer jadis : Metallica, les stars du lycée que tu singes à la perfection désormais ("Hits Keep Comin'") ou encore les mecs un peu louches de chez Overkill ("Suiciety"). Le problème c'est que ces types ont évolué depuis toutes ces années – oui, même chez Overkill. Tandis que toi, tu sembles vouloir revenir en arrière, renier ta différence en imitant les poses qui faisaient fureur à l'époque, comme ces adulescents pathétiques qui se retrouvent dans des soirées gluantes de nostalgie frelatée pour beugler en chœur les refrains sur lesquels ils pleuraient seuls dans leur chambre le samedi soir, pendant que leurs camarades branchés dansaient et draguaient sans se soucier d'eux. Quelques bribes rappellent fugacement ce dont tu étais capable, quand tu savais faire preuve de nuance ("Noises in the Wall"). Mais cela ne suffit pas à ranimer la flamme.


Il faut se rendre à la triste évidence : aussi séduisants soient-ils, on ne devrait jamais convoquer les spectres du passé. Tourmenteurs obstinés, ils errent, la face figée de bonheurs révolus, dans l'éther vénéneux de notre mémoire. J'ai eu tort, sans doute, de céder à la dévorante curiosité de t'écouter après nos adieux. Trop de temps a passé pour espérer renouer les fils. Nous avons trop changé, toi et moi, pour tout recommencer bien que je n'ai aucune peine à te comprendre et que je te respecte, à nouveau. Tu vas peut-être plaire à un public qui n'a pas connu la période de tes hauts faits d'arme et c'est finalement tout le bien que je te souhaite. Je me contenterai de goûter aux souvenirs précieux que je garde de toi, ce qui n'est pas si mal, après tout. Porte-toi du mieux possible et - qui sait ? - à bientôt. »


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