18100

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 09 mars 2019
Sa note : 14/20

LINE UP

-Michael "Mike" Howe
(chant)

-Steve Unger
(chœurs+basse)

-Kurdt Vanderhoof
(guitare+claviers)

-Rick Van Zandt
(guitare)

-William "Stet" Howland
(batterie)

TRACKLIST

1) Damned If You Do
2) The Black Things
3) By the Numbers
4) Revolution Underway
5) Guillotine
6) Rot Away
7) Into the Fold
8) Monkey Finger
9) Out of Balance
10) The War Electric

DISCOGRAPHIE


Metal Church - Damned If You Do
(2018) - heavy metal - Label : Nuclear Blast



Si XI, le LP précédent, n'avait pas suscité un enthousiasme délirant, il avait eu le mérite de remettre Metal Church sur le devant de la scène, au propre comme au figuré – la formation nord-américaine ayant abondamment tourné, particulièrement en Europe où elle n'avait guère eu l'occasion de poser ses baskets jusqu'alors. Cette exposition un peu miraculeuse pour une entité quasi-quadragénaire qui vivotait dans l'indifférence générale, ajoutée à un passé glorieux, est de nature à susciter une attente accrue lorsqu'un nouvel effort longue durée est annoncé. Car, on le sait, le collectif emmené par le guitariste Kurdt Vanderhoof a le potentiel pour commettre de belles choses.

Le potentiel, c'est bien joli, mais tant qu'il n'est pas concrétisé, il ne sert qu'à attiser les regrets – Captain Obvious et ceux qui croyaient en Sadist partagent probablement cette profonde analyse. Sans placer ses espoirs au sommet de l'échelle jadis atteinte par les pionniers du heavy/ thrash, on peut rêver d'une réalisation trépidante et maîtrisée compte tenu du pedigree de ses deux éléments historiques, Kurdt Vanderhoof le fondateur et le chanteur Mike Howe. Dès "Damned If You Do", le titre éponyme, s'installe le sentiment ambivalent que « ça devrait le faire ». Le riff plutôt speed, soutenu par la batterie énergique du nouveau venu Stet Howland, lance un refrain à la fois puissant et mélancolique, conformément aux – bonnes – habitudes de la maison. Certes, le pont bricolé avec un arpège convenu fait un peu retomber la tension et la conclusion basée sur la mise en boucle du refrain tend à gonfler inutilement le minutage - néanmoins le morceau demeure plaisant. Car, cette fois-ci, le quintet est allé au bout de ses idées, et même au-delà, leur exploitation confinant souvent au délayage, à l'instar du break apaisé qui éclaire longuement "Revolution Underway". Les pistes s'achèvent d'ailleurs en majorité par un bon vieux decrescendo des familles, alimenté par la répétition du thème principal, se faisant parfois litanie - sur "By the Numbers", notamment. Cette option ne pardonne pas lorsque l'inspiration fléchit, ce qui survient hélas en milieu de recueil. Toutefois, hormis sur le mou du genou "Monkey Finger", il y a toujours une bonne idée qui tire la composition vers le haut, tel l'accord accrocheur d'"Into the Fold" en contrepoids d'un refrain un brin paresseux.
Et puis Vanderhoof et ses complices sont des malins : tel un restaurateur qui rafraîchit exagérément ses vins plats pour cacher la misère et éviter les remarques désagréables, la section d'Aberdeen maintient un rythme empressé afin de masquer le manque de relief de certaines séquences, tout en réussissant à faire hocher les occiputs. L'œuvre y gagne un dynamisme qui finit par emporter l'adhésion, ainsi le terminal "The War Electric" est validé grâce à ses rigolos chœurs en canon alors que des refrains tendus dopent l'efficace single "Out of Balance", "Guillotine" ou encore "The Black Things" irisé par une alternance d'arpèges au cousinage très prononcé avec ceux de "Badlands", l'une des merveilles figurant sur Blessing in Disguise. Sur ce flagrant délit d'auto-plagiat comme sur les neuf autres occurrences de Damned If You Do, les instrumentistes accomplissent du bon boulot - Rick Van Zandt montrant à plusieurs reprises ses aptitudes à tricoter des solos judicieux qui maintiennent l'attention à défaut d'être ébouriffants. Howe de son côté ne parvient pas toujours à masquer le chevrotement déjà perceptible sur XI, mais l'intensité qu'il insuffle à ses vocalises et son sens inné de la mélodie atténuent aisément ce petit désagrément, de même que l'aspect « sorcière en rut » de ses montées dans les aigus. Nul doute que le talentueux vocaliste saura à nouveau faire oublier ces menus détails au moment de défendre l'album sur scène, comme il l'avait si bien fait lors d'une performance mémorable au Hellfest 2017.


Écrit et interprété avec sérieux, parcouru de jolies trouvailles mélodiques, Damned If You Do marque, enfin, le retour convaincant de Metal Church en studio. Les quelques passages à vide sont astucieusement compensés par une allure soutenue tandis que la production, ni clinquante, ni étriquée, met en valeur les qualités des cinq vétérans – guitares à la fois alertes et ciselées, batterie à la relance, chant dense et singulier. La grâce insensée des débuts ne reviendra sans doute jamais, mais entendre à nouveau l'Église de Metal délivrer de bonnes chansons devrait raisonnablement contenter les fans qui n'y croyaient plus. Ce qui, compte tenu du nombre conséquent de comebacks ratés dans le milieu, constitue une raison suffisante pour se réjouir.

Un commentaire ? Un avis ? C'est ici.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 3 polaroid milieu 3 polaroid gauche 3