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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 03 novembre 2013
Sa note : 16/20

LINE UP

-Andy Bell
(chant+guitare)

-Mark Gardener
(chant+guitare)

-Steve Queralt
(basse)

-Loz Colbert
(batterie)

TRACKLIST

1) Leave Them All Behind
2) Twisterella
3) Not Fazed
4) Chrome Waves
5) Mouse Trap
6) Time Of Her Time
7) Cool Your Boots
8) Making Judy Smile
9) Time Machine
10) OX4

DISCOGRAPHIE

Nowhere (1990)
Going Blank Again (1992)

Ride - Going Blank Again
(1992) - pop rock shoegaze - Label : Creation



Deux ans seulement séparent Going Blank Again de Nowhere. Et à la vue de la pochette, psychédélique à souhait, et parfaite antithèse de la vaguelette sobre du précédent album, on se dit que la musique des natifs d’Oxford a dû connaître un grand bouleversement. Going Blank Again n’est d’ailleurs pas un titre anodin. Il fait référence aux critiques musicales de l’époque qui les accusaient de plus jouer avec leurs pédales d’effets qu’avec leurs instruments, et donc de travailler plus sur le son que sur les compositions ; plus d’emballage que de sucrerie délicieuse.

Lorsque débute "Leave Them All Behind", la surprise est déjà de taille. Un morceau de huit minutes, véritable épopée, s’ouvrant sur du clavier. Car ce nouvel instrument est présent un peu partout dans le disque, et apporte un changement bienvenu. En effet, les mélodies majoritairement vocales de Nowhere sont ici complétées par les empilements habituels, toujours aussi réussis. Mais les instruments sont plus présents dans ce domaine que précédemment, volant parfois la vedette au chant, comme sur le final d’ "OX4", l’autre morceau de bravoure de Going Blank Again. Cependant, le terrain est bien balisé, et de surprise il n’y a pas réellement, puisque le shoegaze des Anglais garde sa superbe. La tempête de guitare à la fin de "Leave Them All Behind" renvoie à celle de "Seagull", les refrains, encore mieux ciselés, font la nique aux pisse-froid en rappelant les réussites passées.
Toutefois, Going Blank Again se différencie de Nowhere en étant encore plus accessible, là où le disque contenant les très enjouées "Kaleidoscope" et "Vapour Trails" était déjà plus abordable que les autres sorties de la même époque (dont notamment un certain Loveless, qui était venu au monde un an plus tard). Entre les deux longs morceaux introductif et conclusif, c’est tout une série de petites perles pop, durcies à coup de larsens et de pédale d’effet qui se chargent de ravir l’auditeur. Facilement mémorisables, elles se chantonnent, ou se fredonnent, à tout moment de la journée, et mettent de bonne humeur même le dernier des cœurs de pierre. D’ailleurs, c’est encore l’occasion de voir que la bande à Gardener maîtrise ses instruments, contrairement à ce que les piques faciles des critiques musicaux laissaient entendre. Le batteur fournit toujours un travail excellent, et le bassiste n’est pas en reste non plus, grâce à des lignes adaptées à la situation, comme celle de "Twisterella", estivale et chaude.
De plus, Going Blank Again est à l’image de sa pochette, bariolé, plein de couleurs, varié. Chaque chanson diffère de la précédente, et le quatuor arrive à proposer quelque chose d’inédit avec les mêmes ingrédients à chaque reprise. Aucun morceau ne se ressemble. En même temps, quand on remarque que le shoegaze n’est réellement présent qu’à quelques moments et alterné assez souvent avec une britpop capable de rivaliser avec les premiers Oasis, pour l’instant encore en train de germer. D’ailleurs la tendance générale de l’album précédent à vous faire planer est nettement moins présente, malheureusement. "Chrome Waves", au titre en rapport avec l’eau, comme par hasard, est la principale tentative pour renouer avec les horizons aqueux d’autrefois, bien que les procédés diffèrent totalement, cette première étant épurée à coup de nappes de synthé de toutes les aspérités abrasives des six-cordes si chères aux géniteurs  de la merveille précédente.


Plus pop et directement accessible, mais pas moins réussi, Going Blank Again est l’album qui marque la liaison entre la période shoegaze et la période britpop de Ride. Il offre une synthèse excellente des deux grâce à des titres pêchus, plein de mélodies acidulées (ah, depuis le temps que je rêvais de caser ce lieu commun de la critique pop) et de belles harmonies vocales déclinées à l’envi. Tout simplement un second triomphe.


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