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CHRONIQUE PAR ...

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Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 03 novembre 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Andy Bell
(chant+guitare)

-Mark Gardener
(chant+guitare)

-Steve Queralt
(basse)

-Loz Colbert
(batterie)

TRACKLIST

1) Seagull
2) Kaleidoscope
3) In A Different Place
4) Polar Bear
5) Dreams Burnt Down
6) Decay
7) Paralyzed
8) Vapour Trail

DISCOGRAPHIE

Nowhere (1990)
Going Blank Again (1992)

Ride - Nowhere
(1990) - pop rock shoegaze - Label : Creation



Ah, tendre jeunesse, qui nous pousse aux sentiments les plus extrêmes mais aussi à l’introspection totale. Un genre musical s’est même créé afin de personnifier cette introspection : le shoegaze. Partagé entre le noise-rock à guitares extrêmement distordues et le côté halluciné et planant de la dream pop, le genre faisait la part belle à des ados timides qui chantaient leur désarroi dans leurs textes. Né en Angleterre à la fin des années 80, le shoegaze restera dans l’ombre de la scène américaine, alors dominée par le Grunge, et ne connaîtra pas réellement le succès, comme le montrent les critiques aussi acerbes qu’idiotes des magazines musicaux, dont l’un donnera d’ailleurs son nom à cette nouveauté dont personne ne voulait. SHOEGAZE : Shoe (chaussure) et Gaze (regarder), regarder ses chaussures. C’est précisément ce que feront les membres des groupes en live, par timidité et peur du public, ou par concentration sur leurs pédales d’effets.

Car, un des éléments primordiaux du shoegaze est l’expérimentation sonore. Le genre et son apôtre le plus connu, My Bloody Valentine, pourraient avoir pour devise « rendre l’inaudible audible ». Qu’importent les riffs, jusqu’ici moelle substantifique de la musique rock. On plaque quelques accords tout cons et on noie tout ça sous la reverb, le delay, le fuzz, la disto, le chorus… Ride, pour enfin y arriver, est un des pionniers du genre. Il est principalement réputé pour ses murs de guitares, véritables blocs qui constituent le noyau dur d’une musique pourtant si aérienne. En dehors de ce détail de taille, la musique des Anglais est plutôt simple dans sa construction, et on se trouve avec des morceaux aisément assimilables, ainsi que le prouve d’entrée de jeu le monumental "Seagull". Quelques larsens, puis des guitares noyées dans la reverb avec une foule de détails sonores camouflés contribuant à la construction de ce véritable édifice sonore. Et voilà alors la voix, ou plutôt LES voix, car c’est là une des particularités du genre : des voix aériennes et fantomatiques, presque vaporeuses. Et Ride sera un des groupes qui fera le meilleur usage de ceci, grâce à des empilements vocaux juste sublimes. "Seagull", "Kaleidoscope", et même tous les morceaux si vous voulez, vous y trouverez forcément un petit trésor vocal.
Mais au-delà de ce mur sonore, l’hallucination guette. La bande distille au travers de ses compositions des mélodies aériennes, quand elles ne sont pas aquatiques. La basse de "Seagull" (oui, encore, mais ce morceau est à jamais gravé au panthéon du genre) par exemple, et sa ligne principale, qui bien que très simple, suffit à tenir un morceau entier en étant simultanément exubérante, mais masqué derrière les multiples circonvolutions guitaristiques. Cependant, les mélodies à la Ride ne se présentent pas forcément sous les mêmes atours que ceux des autres formations du genre : plus concentrées dans le chant, ressortant parfois sur des arpèges ("In A Different Place", "Dreams Burn Down"), contrairement à des illuminations sucrées plus coutumières des six-cordes. Les natifs d’Oxford se distinguent cependant en ceci que leur musique est majoritairement dominée par la douceur, et est donc de fait relativement accessible, et placée sous le signe de la rêverie douce. Même l’opaque fuzz de "Polar Bear", boosté au feedback, invite l’auditeur à l’envolée, sous l’emprise ou non de substances. Car c’est encore une des particularités du genre : l’usage relativement généralisé de drogue dans les groupes, pour que leur musique soit aussi perchée qu’eux, aussi hallucinatoire que leurs visions.


« Take drug to make music to take drug to », une maxime ici bel et bien respectée tant Nowhere se savoure mieux accompagné d’une cigarette biologique. Toutefois, le succès relatif qu’eut Ride, plus élevé que celui de leurs confrères de MBV ou Slowdive, est amplement mérité en vertu de ce premier jet, qui aligne avec un malin plaisir les chansons douce-amères invitant à l’onirisme mélancolique. Et, contrairement à ce qu’une presse musicale peu encline à ce genre d’expérimentations dira, les musiciens sont tout à fait compétents, comme l’illustre le batteur, adaptant ses frappes à toutes les idées farfelues de ses collègues pour faire ressembler leurs instruments à des scies sauteuses.



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