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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 15 septembre 2013
Sa note : 13/20

LINE UP

-Yomi Chapatte
(chant)

-Diogo Almeida
(guitare)

 -JP Schlopfer
(guitare)

-Bruno da Encarnação
(basse)

-Ron Lahyani
(batterie)

TRACKLIST

1) I
2) D
3) II
4) V
5) IV
6) VII
7) VI
8) VIII

DISCOGRAPHIE


Rorcal - Vilàgvège



Rorcal, venu de Suissandie s'est fait connaître sur la scène metal internationale pour avoir livré du doom confinant au drone, genres lancinants par excellence. Le tout était mâtiné de touches post hardcore ce qui fait penser à Neurosis évidemment, et bien sûr, corollaire obligatoire et incontournable à l'adjectif suivant : apocalyptique. Pourtant une rapide écoute d'une piste de cet album donnait plutôt l'eau à la bouche de votre chroniqueur black metaleux. En effet, ça tapait blasté et la froideur frigorifique du grand Nord sonnait drue. Erreur sur la personne ?

En fait non. Tout le monde a raison et tout le monde est content. Mais est loin d'être heureux. Car Rorcal a décidé de faire de ce Vilàgvège un pot-pourri de drone et de black metal, c'était l'intention du groupe et cela se ressent jusque dans les titres des chansons : "I" pour Intro, "D" pour doom (ou drone donc) et ensuite, des Black "II" à "VIII". "II" commence d'ailleurs en force pour rappeler le Deathspell Omega de Mass Grave Aesthetics tant au niveau de la composition avec un riff de fin du monde typique de cette chanson et un son de guitare, et même de batterie dans les blasts, qui conserve un grain proche. Cependant auparavant "I" et "D" ont rappelé à quel point Rorcal est oppressant et lent et lourd et terrifiant. Ou chiant si pour vous le doom/drone est un genre qui ne vous parle pas. Il faut également préciser que ces instants (longs) de recueillements dans ses tréfonds dépressifs ont la pudeur de n'exister que sur ce début d'album et sa toute fin. Choix étrange, mais compréhensible, qui met l'auditeur dans un état d'esprit totalement contraire à l'agression black metal.
C'est pourtant bien le black metal qui est le maître de cette sortie et mon cœur de black metaleux n'aura donc pas été berné. "V" fait même le coup du chœur féminin grandiloquent sous fond d'orchestration comme dans les meilleurs moments du black symphonique. Brutalement stoppé pour ré-enchaîner sur du black dur et sans concession. Vilàgvège se permet-il donc de visiter tous les grands courants du black ? Pas spécialement car il reste dans une veine totalement pure et globalement brutale, le blast étant quasi omniprésent. On ressent plutôt les influences post hardcore, réminiscences des origines big bangesques du groupe, dans ce son de guitare apocalyptique (ce que veut a priori dire Vilàgvège en vieil islandais si j'ai bien tout compris) abrasif et solaire tout en sachant enlacer de froid comme l'exige le black metal. Les riffs s'enchaînent alors sans répit, les cassures surprenantes opérées entre les titres mettant l'auditeur aux abois, mais le tout reste d'une énorme cohérence conférant un aspect monolithique à l'ensemble.
On ne ressort donc pas indemne de ce Vilàgvège qui dégage une aura vraiment mystique, d'autant plus lorsque l'on se penche un peu sur le groupe et ce qu'il a pu produire par le passé. La musique ici est faite pour vous plonger en plein questionnement emprunt de mysticisme sur l'origine du monde. Mais alors, pourquoi diable Rorcal a voulu briser son album en 2, le rendant brutalement sécant entre "D" et "II" ? Pourquoi forcer l'auditeur à faire le choix entre doom/drone et black metal ? Le geste n'est pas heureux car il renvoie chaque fan dans ses cordes, l'un se demandant quand finira l'album, l'autre attendant de pied ferme l'arrivée du premier blast. Bien sûr, la réponse est l'ouverture d'esprit, sûrement prônée librement par le groupe, mais elle est trop simple. A proposer une musique black aussi intense, et très réussie au demeurant, et un doom/drone aussi dépressif, on en veut au groupe de ne pas avoir voulu les marier plus intelligemment au lieu de les mettre face à face dans un duel qu'aucun des 2 ne peut gagner.


Impressions enthousiastes mitigées, voici ce que fait ressentir cet album dans tout son paradoxe. Culture du paradoxe qu'il pousse à l'extrême, ce qui est un bien même si elle le fait foncer dans le mur. Que récompenser ? Un black metal qui fait revivre la folie perdue du genre ? Un mariage démesuré avec un contrat de séparation des biens ? Un groupe de doom/drone qui fait avancer son genre et le metal ? Ok. Mais une sanction pour sa représentation.


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