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CHRONIQUE PAR ...

8
Alexis KV
Cette chronique a été mise en ligne le 14 septembre 2008
Sa note : 15/20

LINE UP

-Junior
(chant)

-JP
(guitare)

-Diego
(guitare)

-Bruno
(basse)

-Ron
(batterie)

TRACKLIST

1)Aurore
2)Savernaya
3)As Doubt Grew from Her Soul
4)Norys
5)Dysrethmia
6)Tension Echoed from the Heart of the Ocean
7)Ether
8)Ataraxia
9)And from Their Corpses Another Chapter Begins

DISCOGRAPHIE


Rorcal - Myrra, Mordvynn, Marayaa
(2008) - postcore doom metal funeral doom / sludge - Label : Thundering Records



Le bestiaire métal a longtemps gardé un côté très typé : dragons et licornes, chiens et loups, serpents et chauve-souris, et, plus rarement, des petits oiseaux. Mais, depuis quelques années, on assiste à l’introduction assez inattendue d’une nouvelle espèce : la baleine. Sa survie dans un milieu aussi hostile paraissait compromise, mais c’était oublier un détail. Si des groupes comme Rorcal se rangent sous la bannière de l’ordre des cétacés, c’est peut-être par aventurisme écologique, mais c’est surtout parce que le rorqual, c’est le truc le plus heavy sur Terre.

Si on peut parler d’invitation au voyage, ce n’est pas la ballade tranquille au bord de l’océan, c’est dedans par tempête de force neuf avec un bras dans le plâtre enchaîné à un cachalot. Il n’est donc pas tant question de profiter du paysage que de se demander si on arrivera jusqu’au bout, et surtout de savoir si on a vraiment envie de connaître la fin. Même si la tendance musicale est plutôt au sludge ralenti ou au postcore extrême, Rorcal se réclame d’être doom. Et sur un disque de doom, pas besoin de voir la fin pour la connaître : tout le monde crève. Les guitares d’introduction retentissement en ultimes alarmes : toute personne non-consentante doit éjecter ce disque de l’appareil ou subir les conséquences d’une plongée forcée d’environ une heure et quart.

Le groupe ne s’embête pas de paliers de pressurisation progressifs, mais il aura au moins la bonté de nous laisser reprendre quelques bouffées d’air. Si le prog est l’art de faire assez chiant pour que le banal semble génial, Rorcal pratique l’art de faire assez suffocant pour que le glauque semble apaisant. Les quelques interludes et passages plus aériens sont indispensables dans ce tumulte où guitares, voix, basse et batterie vous balayent par vagues lentes, répétitives et de proportions tout à fait pachydermiques. On sait que le monstre n’a pas l’intention de s’immobiliser : même à l’arrêt, il continue à trembler, à grincer, et quelques instants plus tard nous remet la tête dans le bain jusqu’aux chevilles. Les premières écoutes sont réellement imprévisibles et, si on joue le jeu, angoissantes : va-t-on se retrouver submergé à la mesure suivante, ou bien ce roulement de batterie n’est-il qu’une fausse alerte ?

Si le tempo suivi a généralement la diligence d’une marche funéraire, l’ambiance est plutôt aux tourments de l’écorché vif : dissonance insupportable et hurlement féroce sont à la base de toutes les compositions. On n’y entend presque pas de doom à proprement parler : seule "Norys" propose des guitares saturées réellement mélancoliques. Hélas, à vouloir nous entraîner au fond de l’océan, Rorcal n’évite pas quelques écueils : une fin décevante pour ce qui aurait dû être le faîte de l’album, "Dysrethmia", la répétition d’un schéma pouvant devenir lassant même pour un bon client, un chant clair sur "Ether" dont on se serait bien passé.


Ce qui n’empêche qu’au terme de l’album, se ballotant enfin raccroché au débris de la réalité, on se souvient surtout des lames de fond plutôt que des petites éclaboussures. Le Rorcal ne parle pas vraiment le même langage que les humains, mais sans trop d’efforts, on peut comprendre qu’ils cherchent à nous communiquer leur peine, que celle-ci est grande, et qu’ils n’ont pas encore tout dit à ce sujet avec leur dernier album.


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