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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 31 juillet 2013
Sa note : 14/20

LINE UP

-Peter Espevoll
(chant)

-Ole Børud
(guitare+basse+chœurs)

-David Husvik
(batterie)

TRACKLIST

1) Betrayal
2) Open The Gates
3) Wastelands
4) A Gift Beyond Human reach
5) Faltering Moves
6) Behold The Sun
7) Dawn Of Redemption
8) Ministers
9) Extol
10) Unveiling The Obscure

DISCOGRAPHIE

Blueprint (2005)
Extol (2013)

Extol - Extol
(2013) - death metal techno death - Label : Indie Recordings Facedown Records



Hosannah in Exelcis Deo ! Réjouissons-nous mes frères, la Bonne Nouvelle est arrivée ! Oui, growlons notre bonheur car nos inlassables prières ont été comblées par le Très-Haut : Extol, l'un de Ses plus fidèles messagers, est de retour parmi nous. Alléluia ! Entamons un circle pit en en l'honneur de l'Archange du Septentrion qui nous honore de sa visite ! Que ses accords décadents nous transportent sur l'Océan des Béatitudes et que ses amplis sursaturés nous martyrisent joyeusement les tympans ! Allez, brother, vire-moi ce quarante-cinq tours de Sœur Sourire et fais péter la sono !

En ces temps d'extrême susceptibilité religieuse où quelques croix romaines cousues à l'envers sur un backdrop suffisent à Marie-Bénédicte De La Jupe Plissée et Jean-Eudes Du Col en Vé pour apposer rageusement leur patronyme sur la pétition visant à faire interdire l'un des plus gros festivals de musique européens, il convient de préciser que l'incipit de cette chronique ne se veut pas l'expression d'une impiété hors de propos mais vise au contraire à souligner la nature des croyances exaltées par la section susnommée, « extol » pouvant se traduire par « chanter les louanges » - on devine aisément de qui, pardon, de Qui. Il aurait même pu y être question de résurrection puisque les Norvégiens s'étaient séparés après la parution de leur quatrième lp paru en 2005. Étrange réapparition pour une formation difficile à suivre, celle-ci débutant sa carrière à la fin des années quatre-vingt-dix en proposant un death technique à voix black – s'approprier les armes de l'ennemi était plutôt futé – avant de muer progressivement vers une sorte de death thrash expérimental tirant sur le sludge (surtout le chant) jusqu'à trouver son apogée souffrante sur The Blueprint Dives, dernier enregistrement avant la réactivation. Au sujet de celle-ci, deux questions surgissent : pour quoi faire et cela vaut-il le coup ? Les réponses sont un peu déroutantes.
En effet, les Nordiques ne reprennent pas l'évolution aventureuse bien qu'un peu brouillonne là où elle s'était arrêtée il y a huit ans mais opèrent un retour vers leurs amours d'origine, ce death saccadé typique de ce que proposaient bon nombre de gangs des nineties. Le problème est que l'on songe davantage à des seconds couteaux du genre Revenant et Eucharist qu'à Immolation ou Morbid Angel. Resserrée autour des deux membres d'origine – le chanteur et le batteur - qui ont convaincu le guitariste Ole Børud de remettre ça dix ans après sa dernière collaboration avec ses anciens compagnons, le collectif de la banlieue d'Oslo retourne à ses fondamentaux pas franchement transcendants. Rien de honteux, certes, mais les regrets s'accumulent. Tout d'abord vis-à-vis des riffs dépourvus d'originalité mais surtout de dynamisme, la faute à une production – délibérément ? - passéiste qui oblige à monter le volume à fond pour obtenir un semblant de puissance. Le chant death est malheureusement au diapason – du rabâché et surtout cette impression énervante de manque de pêche qui renforce une linéarité pour le moins paradoxale concernant des musiciens adeptes du motif alambiqué. Ce sentiment de répétition est renforcé par les faibles variations de tempo d'un morceau à l'autre ainsi que leur structure identique – intro casse-poignet/ couplet en voix death/ refrain en voix claire/ break technique à la Cynic/solo /couplet / refrain. Pourquoi pas, à la limite - le format chanson n'a rien d’infamant - mais les travers relevés plus haut ne permettent pas le décollage tant attendu vers les cimes de félicité. D'autant que le batteur ne fait pas preuve d'une inventivité délirante, même si encore une fois, la production arasante fausse en partie le jugement.
Alors quoi, un ratage cet Extol (c'est aussi l'intitulé de l'album) ? Et bien non. Car si vous avez bien suivi, perspicaces lecteurs, vous avez remarqué qu'il est fait mention supra d'un chant clair et de solos. Qui changent tout – ou presque. Car compensant partiellement le bond en arrière observé sur cette réalisation, les chœurs – tout nouveaux chez le groupe, eux – sont renversants. Bouleversants. Extatiques. À l'exception de "Dawn Of Redemption", un instrumental mignon mais un peu répétitif et "Ministers" qui le suit, toutes les pistes en sont garnies - et parfois copieusement. L'effet produit est pour le moins curieux : dès la 2ème écoute, sachant qu'elles nous attendent à gorges déployées pour sauver le morceau et la Foi déclinante, l'esprit tend à zapper les passages death pour se focaliser sur ces parties chantées particulièrement réussies, instillant l'illusion d'une réussite éclatante au lieu du désastre qui se profilait. Mélange radieux de ce que l'on peut entendre chez Opeth, Cynic, Green Carnation (sur "Open the Gates", la référence à "Light on Day, Day of Darkness" est patente) et même... Galactic Cowboys (sur "A Gift Beyond Human reach"), ces chœurs sont de surcroît relayés par de superbes solos, aussi délicieusement mélodieux que ce que pouvait proposer Pestilence sur le monumental Testimony of the Ancients (1991). Un morceau comme "Wastelands" en est tout transfiguré et lorsque le trio parvient à conjuguer puissance, vitesse et mélodies plutôt que les juxtaposer, ça donne "Extol" (le titre), sans doute le meilleur extrait du recueil. Cela aurait pu être le cas du morceau de clôture, l'excellent "Unveiling The Obscure" : cet hymne à la joie du death metal aurait même pu prétendre au titre de l'année dans le style mais le chant guttural peu inspiré et la production étriquée freinent l'envol de ce destrier céleste.

Dans leur volonté apparente d'alterner parties furieuses et séquences émotion selon le brevet co-déposé par Schuldiner (Death) et Mameli (Pestilence), les Scandinaves se sont un peu loupés sur le dosage en soignant particulièrement les parties mélodiques au détriment de passages death franchement quelconques. Si les chœurs sont inouïs et les solos divins, on ne peut s'empêcher de penser qu'une fois encore, les résidents de Bekkestua ne sont pas parvenus à exploiter complètement leur potentiel - ça fait quand même quinze ans que ça dure. Au point de se demander si Extol ne signifie pas également « frustration » en norvégien.


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