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CHRONIQUE PAR ...

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Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 17 janvier 2013
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Winston McCall
(chant)

-Jeff Ling
(guitare)

-Luke Kilpatrick
(guitare)
 
-Jia O'Connor
(basse)

-Ben Gordon
(batterie) 

TRACKLIST

1) Sparks
2) Old Ghost / New Regrets
3) Dream Run
4) Wild Eyes
5) Dark Days
6) The River

7) Swing
8) The Slow Surrender
9) Atlas
10) Sleight of Hand

11) Snake Oil and Holy Water

DISCOGRAPHIE

Killing With A Smile (2005)
Atlas (2012)
Ire (2015)

Parkway Drive - Atlas
(2012) - metalcore - Label : Epitaph



Depuis pas mal d'années déjà, devant le nombre impressionnant de sorties moisies dans le genre et les dérives de plus en plus émo et mainstream du style, la question se pose : le metalcore est-il bien mort ? N'y a-t-il plus rien à attendre de ce genre si ce n'est des grosses daubes toujours plus mainstream et redondantes ? Eh bien certains groupes disent NON. Car si il en est parmi les poids lourds de la scène qui commencent sévèrement à tourner en rond, même en proposant un niveau de qualité constant (notamment August Burns Red), d'autres continuent à faire évoluer leur formule pour arriver à proposer des trucs toujours plus kiffants. Parkway Drive est clairement de cette trempe.

Après deux premiers très bons opus sortis en 2005 et 2007 (notamment le très bon Killing With A Smile, bourré de tubes metalcore mâtinés de mélodeath), Parkway Drive s'était légèrement (et encore...) fourvoyé avec un Deep Blue un poil plus en retrait, assez générique et surtout reprenant un peu trop les formules des précédents, l'effet de surprise en moins. Force est de constater que l'erreur relative est plus qu'effacée avec ce brillant Atlas, sorti il y a peu et qui, comme on dit dans le jargon, remet lourdement les pendules à l'heure. Clairement, les surfeurs de Byron Bay ont mis la barre très haut et l'ont violemment abattu en plein sur la face contrite de la concurrence qui ne pourra que s'incliner devant l'arsenal déployé. En mission pour sauver le metalcore, les Australiens proposent sur ce Atlas une impressionnante collection de morceaux de bravoure, faisant montre d'une maîtrise technique quasi parfaite (ces riffs, ces solis, ces plans de batterie aussi fins que brutaux), d'un talent de composition sublimé ("Atlas", pièce centrale de l'album, morceau explosant les limites de composition du groupe et atteignant une amplitude nouvelle grâce à l'apport de cordes, de samples, de mise en avant de la guitare acoustique et en adoptant une structure de morceau proche d'un S&M de Metallica) et d'un maniement de la mélodie et de l'émotion qui tient du véritable numéro de funambule ("The River", "Sleight of Hand").
Et c'est bien là que se trouve le vrai tour de force de Parkway sur cet opus : une capacité quasi unique dans le genre (avec les meilleurs morceaux de Killswitch Engage ou August Burns Red) à insuffler de la beauté dans leurs morceaux sans passer pour de vulgaires metalcoreux à mèche en recherche de notoriété auprès d'un public toujours plus jeune et moins regardant. Ainsi la beauté des chœurs féminins et des plans de guitare de "The River" est contenue par la rage toujours présente du frontman et des passages bien lourds (les beatdowns typiques du genre sont toujours présents, mais particulièrement bien habillés par une lead toujours inspirée), "Atlas" déploie pour sa part des trésors de composition et d'inventivité pourtant non dénués d'un certain classicisme metal pour toucher l'auditeur qui, a priori, ne s'attendra pas du tout à cela de la part des Australiens. Même constat pour "The Slow Surrender", à la lourdeur majestueuse, et pour "Wild Eyes", avec son intro purement hardcore et son attaque de tueur qui devrait faire ultra-mal en live. Pour autant, Parkway reste un groupe qui sait se montrer très brutal, et fait encore l'étalage de sa capacité à tout défoncer sur son passage avec quelques morceaux hargneux à souhait, voyant même quelques bons gros blast beats parfaitement exécutés fleurir ça et là ("Swing", peut-être le morceau le plus brutal jamais composé par le groupe, "Snake Oil and Holy Water", ou encore l'opener bien énervé "Old Ghosts / New Regrets", qui rassure dès le début de l'album sur la qualité de ce qu'on va manger dans le faciès).
Niveau production, pas besoin de s'attarder, c'est de la bombe sur tous les plans : surpuissant, propre, chaud, mettant tout le monde à sa due place, c'est du très bon travail (en même temps, Matt Hyde est une pointure, des productions pour Slayer, Terror, Hatebreed ou encore Children Of Bodom figurant déjà à son tableau de chasse). Niveau chant, Winston McCall fait encore une performance de haut vol, la rage au ventre et les cordes vocales chauffées à blanc (un sacré coffre et une belle capacité à varier ses hurlements ainsi qu'à tenir la note), le bonhomme n'a plus grand chose à apprendre sur son business, il maitrise. Que dire des autres musiciens si ce n'est qu'ils sont toujours aussi bons, avec une section rythmique écrasante de lourdeur mais aussi capable de beaucoup de subtilité (sur "Atlas", typiquement, ce plan de batterie lançant le morceau est juste parfait), et une paire de guitaristes toujours aussi peu emmerdés par la technique, alternant sans coup férir méchants riffs metalcore-mélodeath, beatdows écrasants doublés à la lead et plans mélodiques de toute beauté. Du gros boulot, indéniablement. Winston McCall déclarait, dans une interview donnée à NME courant 2012 et précédant la sortie d'Atlas : « Nous avons des idées pour cet album qui dépassent tout ce qu'on a pu faire par le passé ». Le genre de phrase déjà entendue 115 000 fois avant la sortie d'un album et qui se vérifie rarement, mais qui à l'écoute de cet impressionnant effort, trouve finalement tout son sens.


La parole est donc clairement tenue, cet opus constitue un dépassement certain des barrières stylistiques des Australiens et un nouveau palier dans leur carrière, qui les envoie direct au panthéon des gros groupes modernes. Le résultat est juste l'un des tout meilleurs albums de metalcore qu'il m'ait été donné d'entendre depuis très longtemps. Un groupe qui se fait malheureusement assez rare en France, et à ne surtout pas rater au prochain Hellfest sous peine de demeurer dans le noir quand aux véritables qualités du metalcore, genre si décrié. Un immense bravo à Parkway Drive pour cette franche réussite, et vivement le mois de juin.


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