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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 21 février 2012
Sa note : 09/20

LINE UP

-Dean Herrara
(guitares)

TRACKLIST

1) Moonlight Sonata (Movement 1)
2) Moonlight Sonata (Movement 2)
3) Moonlight Sonata (Movement 3)

DISCOGRAPHIE


The Human Abstract - Moonlight Sonata
(2012) - heavy metal shred instrumental neo-classique - Label : Relapse Records



Si vous aussi vous aviez été soufflés par la bombe que The Human Abstract avait sorti l’année dernière, vous aurez sans doute appris aussi que depuis, l’avenir du groupe a semblé fort compromis avec le départ en août de Travis Richter, le chanteur qu’ils avaient dégottés pour Digital Veil. Les propos alarmant du bassiste qui parlait de « hiatus a durée indéterminé » ne laissait que peu d’espoir, mais finalement le groupe annonce être encore debout. Comme pour prouver ses dires, le voilà qui propose quelques jours plus tard trois titres exclusivement disponibles sur iTunes : les trois mouvements de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven. C’est dire si le cœur du fan n’a fait qu’un bond.

Soyons franc : cela aurait été trop beau si The Human Abstract avait réussi le tour de force de rendre ce titre attractif et ambitieux. Et c’est bien là toute la déception qui vient heurter l’auditeur après une simple écoute : nous n’aurons droit ici qu’à une lecture littérale et bête de l’œuvre qui ne demandait qu’à passer par une audacieuse ré-interprétation comme cela a parfois été fait dans le monde du metal. Les trois mouvements d’origines sont respectés et la partition est suivie à la lettre, à part bien sur l’ajout de la batterie qui, associée aux guitares saturées (qui ne font leur entrée qu’au milieu du premier mouvement) permettent à The Human Abstract de respecter son cahier des charges « metal ». Mais quel dommage ! Le fait que ces titres ne soient disponibles que via iTunes aurait dû mettre la puce à l’oreille du fan : ces trois titres ne sont que des fonds de tiroirs, enregistrés certes pendant les sessions de Digital Veil par le guitariste Dean Herrara mais la production finale n’a rien à voir avec l’équilibre efficace de l’album : le son est mauvais, la batterie sonne (et est) synthétique à mort et les guitares sont criardes.
Ces trois titres ne sont donc aucunement un addendum à l’album Digital Veil (ce qui, d’ailleurs, aurait été gonflé) mais juste une petite amusette qui aurait dû être distribuée gratuitement aux fans, peut-être même sous le nom de Dean Herrara tant il est le seul à être impliqué dans ce projet. Digital Veil nous avait bouleversés et marqués, la déception d’entendre une version de la magnifique Sonate au Clair de Lune aussi académique et bêtement scolaire est donc une cruelle épreuve. Là où Kuprij, avec son "Piano Overture", avait effectué une vraie relecture du thème, et où plus récemment Stefan Forté s’est essayé à une improvisation plus ou moins réussi, The Human Abstract reste collé à la partition, se contentant du minimum et faisant comme At Vance : on reprend un thème qui marche, on y fout une double pédale et des guitares saturées et on applique la recette la plus facile et la plus répandue dans le crossover classique/metal. Certes, c’est proposé pour une bouchée de pain, mais il n’y a pas loin à dire que cet exercice écorne un peu l’image d’orfèvre qui collait au groupe depuis Digital Veil


C’est certain, un vrai travail collectif (ou au moins avec A.J. Minette, que l’on sait être la tête pensante de The Human Abstract) aurait donné un bien meilleur résultat. The Human Abstract est capable de mieux, bien mieux que cet exercice désincarné. Et, finement travaillés, les trois mouvements de cette Sonate auraient pu être une preuve de plus que le groupe avait un potentiel incroyable. Attendons la suite, si suite il y a : la survie du groupe ne semble pas encore acquise…



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