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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 14 juin 2011
Sa note : 18/20

LINE UP

-Travis Richter
(chant)

-A.J. Minette
(guitare+piano)

-Dean Herrera
(guitare)

-Henry Selva
(basse)

-Brett Powell
(batterie)

TRACKLIST

1)Elegiac
2)Complex Terms
3)Digital Veil
4)Faust
5)Antebellum
6)Holographic Sight
7)Horizon to Zenith
8)Patterns

DISCOGRAPHIE


The Human Abstract - Digital Veil
(2011) - metalcore neo-classique - Label : Replica / NTS



Personne n’aime recevoir une claque. Ça fait mal, c’est violent, et si elle est suffisamment puissante, vous la sentirez longtemps après vous picoter la joue – sans parler de la bonne grosse marque rouge sur votre face innocente. Pourtant des fois, après en avoir reçu une bien bonne, avec de l’élan et une moumoute en acier sur la main, on ne peut s’empêcher (après avoir ramassé ses dents) de sourire bêtement et d’en redemander. Maso ? Non, c’est l’effet que provoque la découverte du troisième album de The Human Abstract. Encore.

Leur deux premiers albums n’avaient pourtant rien d’extraordinaire. Si on refait l’historique du groupe rapidement, on se rend compte qu’après un premier album timide mais prometteur, le second n’avait pas vraiment d’intérêt. La raison à cela ? Le guitariste A.J Minette, qui apportait une influence néo-classique au groupe, était parti travailler ses gammes. Et après moult rebondissement de line-up, il réintègre le groupe durant l’écriture de ce troisième essai, la reprend à son compte et boum, paf : il nous assène ce Digital Veil, en poussant à fond la formule esquissée sur Nocturne en 2006, à savoir un metalcore néo-classique, ou quand Muse rencontre Killswitch Engage. Avec également un nouveau – et bien meilleur – chanteur pour tenir le pied du micro, c’est donc avec tous les atouts en mains que The Human Abstract se présente en 2011.

L’influence néo-classique se fait sentir dès les premiers arpèges, qui auraient pu avoir été écrits par Sor, Carcassi ou Tarrega : on voit d’emblée que Minette a bien intégré la délicatesse et le toucher des guitaristes classiques, mais aussi leurs harmonies. "Elegiac" est donc une parfaite introduction, mélodique, sobre mais grandiloquente à la fois (sans rien, toutefois, de tape-à-l’œil, pas de renfort de synthé ou de cuivres vrombissants), de la pure mélodie baroque alliée à la puissance du métal. Et "Complex Term" ouvre magnifiquement le bal avec ses mesures tordues, ses riffs complexes et sa voix torturée qui nous rassure quant au potentiel de Travis Richter qui assure aussi bien en chant hurlé qu’en growl ou qu’en chant clair. Et la recette de The Human Abstract prend : c’est puissant, l’émotion est palpable, et la technique tant rythmique que virtuose de l’ensemble du groupe augure du meilleur.

Et le meilleur, nous aurons. Deux titres parmi les huit sont à mettre un peu à part, puisqu’ils montrent une facette du groupe purement metalcore, sans ajout de mélodie ou de chant clair : "Digital Veil" et "Holographic Sight". Si le premier est bigrement réussi, le second est un peu le point faible de l’album : très technique, presque mathcore, il est malgré tout moins enthousiasmant malgré un chouette break d’ambiance. Mais le reste – tout le reste – est un sans-faute. "Elegiac" et "Complex Terms" ont déjà été évoquées, mais "Faust" (le premier single de l’album) et ses mélodies vocales superbes, "Antebellum" et son côté hypnotique ou encore l’énorme "Horizon to Zenith" et ses envolées de guitares suivies d’un chant très typé Bellamy (sans non plus le singer bêtement), tout cela sonne parfaitement maitrisé, et l’émotion est palpable.

Car The Human Abstract parvient, avec une élégance et une finesse toute néo-classique, à marier avec un brio indéniable la puissance du metalcore à l’émotion d’une œuvre baroque, et à en faire ressortir une certaine douceur, une sorte de tendre mélancolie sur fond de batterie déchainée et de guitares hachées. Digital Veil est un album complexe, rare, qui mérite de nombreuses écoutes pour en retirer la substance première, malgré un côté accessible donné par un chant facilement mémorisable et des mélodies qui frappent, comme sur le dernier titre "Patterns" et ses riffs arpégés, ses mélodies tristes et ses variations harmoniques. Si on ajoute une production classe, toute en clarté et en équilibre, un concept futuriste et un artwork intrigant et original, on ne peut trouver qu’un unique défaut à cet album : ses trente-six courtes minutes.


Un titre ou deux de plus n’auraient certainement pas été de refus. Mais il faut se contenter humblement de ce que l’on a, et là en l’occurrence, vous avez quelque chose d’abouti, de travaillé, de réussi et de suffisamment original pour combler même les plus blasés. La puissance, l’émotion, la technique : que demande le peuple, sinon... une autre claque ?



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