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CHRONIQUE PAR ...

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Jehovad
Cette chronique a été mise en ligne le 20 février 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Jan-Henrik Ohme
(chant)

-Jon-Arne Vilbo
(guitare)

-Thomas Andersen
(claviers)

-Kristian Torp
(basse)

-Lars Erik Asp
(batterie)

-Mikael Krømer
(violon)

TRACKLIST

1)Mass for Atropos I
2) Defense Mechanism
3) Snail
4) Vera
5) River
6) Desert Flight
7) The Walkpart 1
8) The Walkpart 2
9) Splendid Isolation
10) Mass for Atropos II
11) Missa Atropos
12) Dream of Stone
13) Chequered Light Buildings
14) Upside Down
15) Winter is Never

DISCOGRAPHIE

Tick Tock (2009)
March of Ghosts (2011)
London (2011)
Demon (2014)
Molok (2015)

Gazpacho - London
(2011) - post rock art-rock post prog - Label : K-Scope



Gazpacho ? Des espagnols ? Au moins des méditerranéens ? Eh bien non. C’est bien plus au nord qu’il faut chercher le Gazpacho version musicale : Oslo, Norvège. Ces petits protégés de Marillion ont pris leur envol depuis déjà quelques années et quelques albums grâce à un talent qui fait de plus en plus l’unanimité parmi les amateurs de belle musique. Bien à l’opposé de l’image que l’on se fait – pas toujours à raison - de leurs ancêtres vikings, ces norvégiens-là s’expriment tout en douceur, en finesse, en nuance … Un verre de bon vin et c’est parti …
 
"Mass for Atropos I" : Petite intro atmosphérique (dont la seconde partie introduit le deuxième disque) composée de synthés et de piano en guise de hors d’œuvre pour accueillir le groupe sur scène sous les applaudissements du public londonien. L’entrée en matière se présente sous forme d’un rythme tribal simple d’une basse ronflante et de quelques légers accords de piano accompagnant le chant. Puis l’ensemble prend soudain plus d’ampleur – les accords de guitare passent au premier plan. Gazpacho c’est ça : du contraste. Et "Defense Mechanism" en est la parfaite illustration, tout comme "Snail","Vera"ou  Ne cherchez pas là de beaux riffs inoubliables de champion du monde ; vous trouverez surtout des séries d’accords dépouillés, des effets sonores sombres, des plans de batterie hypnotiques, le tout se conjuguant pour installer des ambiances et jouent avec les contrastes, sur un tempo en général assez lent voire pesant ("Splendid Isolation").La musique de Gazpacho est avant tout portée par le chant velouté de Jan-Henrik. Les six musiciens sont là pour vous faire vibrer, jouer avec vos émotions en jonglant avec les ambiances, à grands renforts d’orchestrations simples mais évidentes. Ils misent énormément sur la recherche de sons et d’effets de guitares et de synthés. L’intensité qui se dégage des morceaux est en perpétuel oscillation – entre montées et descentes.  Gazpacho sait occasionnellement se faire plus rock, voire metal, comme sur la deuxième moitié de "River", suivie de "Desert Flight", avec un tempo plus enlevé, un son plus agressif, des guitares plus en avant. Ils savent également agrémenter leurs compositions d’éléments inattendus : sections orientales sur "The Walk" part 1 et 2 ; un curieux intermède au piano sur "Snail" qui rompt avec l’ambiance habituelle ; de nombreuses complaintes de violon, comme sur la majestueux "Dream of Stone"…
 
Cela étant dit, Gazpacho ne se laisse pas approcher si facilement et ne sera pas forcément irrésistible dès la première écoute. Le gazpacho est d’ailleurs – le saviez-vous ? - une soupe de légumes crus d’origine espagnole et qui se mange FROIDE. Il faut savoir donc s’armer de patience pour se plonger avec délectation dans ce mélange glacé. Ce n’est qu’après quelques écoutes – voire un certain nombre - que l’on s’y réchauffera et que l’on saura l’apprécier pleinement. C’est dans la durée également que l’on appréciera les lignes de chant de Jan, simples, épurées, naturelle, faussement banales, mais chargées d’émotions et de puissance. Comment ne pas ressentir de frisson sur "Defense Mechanism" ou de "Upside Down" ? D’abord les refrains, souvent envoyés toutes guitares en avant pour un effet des plus épiques, puis le reste suivra bientôt... Il est néanmoins possible au contraire que Gazpacho vous ennuie car force est d’avouer que les morceaux qui s’enchaînent peuvent avoir tendance à se ressembler, ne serait-ce que par leur longueur assez importante et leur structure complexe. Gazpacho semble maître d’une formule dont ils auront, pour certains, tendance à user et abuser. Cela n’enlève certes rien à la qualité des chansons prises individuellement, mais qui, mises bout à bout, risquent d’en lasser un certaine nombre. D’autant plus que ce live est inévitablement une compilation de six albums et semble témoigner d’une grande homogénéité (ou répétitivité, selon le point de vue) au cours des années. Mais les plus patients, ceux qui sauront prendre le soin et le temps de réécouter cet album au calme, de l’étudier, de le dompter,  seront assurément récompensés : de plus en plus de passages se révèleront absolument jouissifs dans leur force et leur subtilité.
 
Plus un  groupe ou un album est difficile à appréhender, plus on prend de plaisir à l’explorer et le découvrir une fois la glace brisée. Gazpacho ne déroge pas à la règle. Qui osera plonger dans les eaux troubles de leur rock sombre trouvera au fond un trésor.


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