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CHRONIQUE PAR ...

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Anomis
Cette chronique a été mise en ligne le 03 octobre 2015
Sa note : 18/20

LINE UP

-Jan Henrik Ohme
(chant)

-Jon-Arne Vilbo
(guitare)

-Thomas Andersen
(claviers)

-Mikael Kromer
(violon, mandoline)

-Kristian Olav Torp
(basse)

-Robert Risberget Johansen
(batterie)



TRACKLIST

1) Desert Flight
2) The Walk - Part I
3) The Walk - Part II
4) Tick Tock - Part I
5) Tick Tock - Part II
6) Tick Tock - Part III

7) Winter is never

DISCOGRAPHIE

Tick Tock (2009)
March of Ghosts (2011)
London (2011)
Demon (2014)
Molok (2015)
Soyuz (2018)

Gazpacho - Tick Tock



Gazpacho : nom masculin pouvant désigner un potage à base de légumes crus mixés servi froid très répandu en Espagne et au Portugal. Mais Gazpacho, et c'est l'objet de la tirade de votre noble serviteur, est également un groupe de rock progressif norvégien fondé en 1996, groupe à mon sens bien trop méconnu, mais restant une valeur sûre de la scène progressive européenne, tant par sa qualité que par sa diversité musicale. Fort d'une discographie de quatre albums et après un précédent effort, Night, salué unanimement par la critique, Gazpacho sort en 2009 son cinquième album intitulé sobrement Tick Tock, album attendu avec appréhension au vue du succès de son prédécesseur. Alors qu'en est-il de Tick Tock ? Est-il à la hauteur des attentes? Poursuit-il la direction musicale tracée par le groupe ? C'est ce que nous allons découvrir à travers cette chronique.

Une des caractéristiques de Gazpacho, c'est d'avoir distillé au cours de sa discographie ancienne et actuelle des concepts albums aux sujets variés, riches et introspectifs, servis par une musique mixte, à cheval entre le rock progressif, la pop, et une touche de musique traditionnelle, nous emmenant ainsi aveuglément dans un voyage non seulement musical, mais également un voyage au sein de soi même. C'était déjà le cas avec Night et Tick Tock ne dérogera pas à la règle. Pour son nouveau bébé, le groupe s'est inspiré de l’œuvre littéraire d'Antoine de Saint Exupéry (cocorico), et plus particulièrement de son livre "Terre des Hommes" où l'auteur relate de nombreux récits autobiographiques, notamment son accident d'avion au cœur du Sahara. Les thèmes abordés ici s'articulent donc autour d'une réflexion sur la survie, le temps et le sens de l'existence. 
La galette, d'une durée d'environ cinquante minutes, se décompose en quatre titres, bien inégaux par leur durée, mais qui une fois mis bout à bout rendent difficile une segmentation ou une analyse piste après piste tant ils s'accordent pour tisser cette aventure saharienne. Le groupe ouvre donc les festivités avec "Desert Flight". Une entrée en matière directe et pêchue, plutôt déstabilisante au vue de la musique atmosphérique à laquelle le sextuor nous a habitués. Mais ça marche. Les riffs sont puissants, parfois à la limite de l'agressivité, et nous voilà embarqués dans les airs à bord de l'avion de Saint Exupéry et Prévot, sans plan ni boussole mais guidés par une production et un savoir faire remarquable. "The Walk" poursuit l'aventure et se veut beaucoup plus traditionnel, nous rappelant les règles de base de la musique de Gazpacho. La première partie du morceau sera principalement rythmique, la seconde plutôt mélodique, mais le tout forme une vraie uniformité et permet d'esquisser le décor de l'album, soutenu par les longs interludes de violon qui font toute la force de ce morceau. 
Vient alors "Tick Tock", morceau éponyme à juste titre puisqu'il représente le monument de l'album, tant par sa durée que par sa qualité musicale. Segmenté en trois parties, il nous projette directement dans le désert, dans un univers oriental plus vrai que nature. Tout est là : le sable fin sous nos pieds, le vent brûlant caressant notre peau, la soif, la peur, mais également l'admiration. Le cœur bat au rythme des fûts de Robert Johansen accompagnés par la basse tantôt rythmique, tantôt mélodique de Kristian Torp. La guitare de Jon Arne Vilbo se veut puissante et chaude, mais s'accorde parfaitement à la douceur des pianos de Thomas Andersen. Et bien sûr, on ne peut que se laisser enivrer par les violons de Mikael Kromer, atout majeur du groupe, tant ils permettent de compléter avec brio cette ambiance orientale, enrichie également par des chœurs grégoriens et autres artifices dont seul le groupe a le secret.
"Winter is never" achève finalement ce voyage avec simplicité et subtilité, bercé par le timbre vocal incroyable de Jan Henrik Ohme qui est maîtrisé au plus haut niveau tout au long de l'opus. Une pièce mélodique toute en douceur qui n'a pas à rougir des morceaux précédents. On retrouve finalement sur cet album tous les ingrédients qui font de Gazpacho un groupe unique à découvrir : une subtilité déconcertante et surtout une démarche artistique des plus sincères. Tout est ici prétexte à servir le concept de l'album, tant par les textes que par les différentes ambiances musicales amenées mesure après mesure avec une précision d'architecte, sans extravagance ou fioriture. On ressort alors de ce voyage ébahi, épuisé, mais surtout serein, pour peu bien sûr qu'on se laisse emporter.  

Tick Tock est donc une franche réussite et permet de transformer l'essai débuté deux ans plus tôt avec Night. Lequel des deux albums mérite la première place reste bien sûr une affaire de goût, mais il est certain que Tick Tock est son digne successeur. La soupe est certes servie froide, mais elle réchauffe tendrement les cœurs. Et une fois le repas terminé, on en demande encore. Alors amateurs de sensations fortes et de mets inédits, je n'ai plus qu'un conseil à vous donner : laissez vous tenter et à vos couverts!


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