3185

CHRONIQUE PAR ...

43
Gazus
Cette chronique a été mise en ligne le 05 avril 2009
Sa note : 18/20

LINE UP

-Samuel Bourreau
(chant)

-Adrien Grousset
(guitare)

-Benoist Danneville
(basse)

-Olivier Laffond
(batterie)

TRACKLIST

1)To Walk Among Them
2)Act of God
3)Lazarus
4)Phenomenon
5)A World of Lies
6)Awakening
7)My Enemy

DISCOGRAPHIE


Hacride - Lazarus
(2009) - postcore death metal metal prog post-metal atmosphérique - Label : Listenable Records



Deviant Current Signal entamait bien les hostilités, Amoeba explosait tout avec sa recette à base de plans polyrythmiques et atmoshpériques à souhait. Dire que ce troisième album était attendu au tournant est un euphémisme. Quelle direction Hacride allait-il emprunter ? Lazarus marquerait-il un retour à la brutalité originelle ou bien stagnerait-il dans cette veine entre death metal et post-core qui fonctionnait à merveille ? Troisième possibilité : transcender les acquis du groupe, tout en continuant à évoluer, quitte à mettre de côté certains aspects passés du groupe.

Vous souvenez-vous de "Perturbed", ce titre d'ouverture qui non seulement synthétisait les couleurs et la personnalité d'Amoeba, en plus d'immerger directement l'auditeur dans l'univers du groupe ? Ici, Hacride reprend plus ou moins la même recette. Ainsi, "To Walk Among Them", premier titre de l'album, résume plus ou moins certaines facettes de cette cuvée 2009. Passée l'introduction à base de samples et d'arpèges de guitare en son clair, le groupe balance sa sauce. Et l'auditeur de se retrouver invité pour un voyage de près de quinze minutes, un choix plutôt culotté pour entamer un disque et qui permet toutes les craintes. Disons-le clairement, Hacride a perdu en violence ce qu'il a gagné en atmosphère et en variété au sein des compositions. Si les rares blast-beats font toujours aussi mal, ils sont plus dilués et mis en retrait par la production très réverbérée qui rajoute une couleur aérienne à l'ensemble du disque. De même, les polyrythmies qui causaient de terribles dommages aux vertèbres en concert sont bien moins présentes, quant aux riffs d'Adrien Gousset, ils s'enfoncent de plus en plus dans la veine post-core; moins d'harmoniques et de plans torturés tels qu'on a pu les connaître par le passé.

Moins brutal, donc, que ce Lazarus. Sauf que voilà, le premier refrain qui déboule passée la première minute fait terriblement mal. C'est sans compter le passage simple mais groovy qui l'a précédé. Quant au climax qui débarque juste après, c'est juste un véritable bonheur qui prend aux tripes et renvoie à cet aspect écrasant et éthéré à la fois qui vous cueillait à la découverte d'Amoeba, envoûtant à souhait et doté d'une certaine forme de lyrisme. Et ce morceau-fleuve de poursuivre son chemin, enchaînant les plans et les atmosphères d'une seule traite, sans le moindre accroc, jusqu'à son final à base de riffs hypnotiques à la limite de la dissonance, d'une batterie écrasante, de chœurs et de nappes fantomatiques. Quinze minutes se sont écoulées et ce n'était que le début d'un l'album qui s'annonce marquant. Les autres titres restent plus ou moins dans la même veine, alternant les passages brutaux qui perdurent avec des cassures rythmiques propres au groupe ("Act of God", "Awakening"), instants atmosphériques quasi acoustiques (l'introduction du morceau titre, l'instrumentale "Phenomenon" qui renvoie sans vergogne à Cult Of Luna ou encore Neurosis) avec des envolées de pure grâce (le final de "My Enemy").

La musique d'Hacride a donc évolué avec ce troisième album, de même que le jeu de ses musiciens. Ainsi, « exit » la prédominance des références meshuggiennes. Les riffs sont plus posés, même s'ils gardent une part de folie (le riff d'ouverture de "A World of Lies" et son côté oriental rappelle directement ceux d'Adam Jones de Tool) et les soli sont non seulement plus nombreux, mais sonnent plus « metal » pour la plupart (notamment celui de "To Walk Among Them"). Les plans de batterie d'Olivier Laffont sont simplifiés, plus directs et collent à l'atmosphère de l'album, tandis que la basse de Benoist Danneville se fait moins galopante qu'elle pouvait l'être auparavant (rappelez-vous "Fate" sur Amoeba). Mais l'évolution qui frappe peut-être le plus est celle de Samuel Bourreau. Non seulement l'homme a gagné en maîtrise dans son chant hurlé, mélodique ou non, mais il n'hésite plus à utiliser son chant clair, quasi absent par le passé. Et c'est une réussite. Les climaxs atmosphériques y gagnent en puissance ("To Walk Among Them", "My Enemy") et les accalmies en efficacité (la première partie de "Awakening"). Et quand le groupe décide d'inverser la recette (chose à laquelle il tient) « chant clair sur instant calme », cela donne le passage central de "Lazarus" qui a de quoi coller des frissons.


Avec ce troisième album, Hacride marque une nouvelle évolution. Délaissant de plus en plus la brutalité pour une musique plus éthérée (tout en restant violente), les Poitevins se sont par ailleurs plus lâchés qu'auparavant au niveau de l'utilisation de samples et de nappes (notament "My Enemy" et son « solo » de synthé) et font preuve d'un niveau instrumental et vocal toujours aussi bluffant. Lazarus est une réussite écrasante qui tranche avec le passé du groupe, comme Amoeba l'avait fait dans son temps. Reste à voir ce que cela donne sur scène. Vu l'intensité qui se dégage des concerts du groupe, aucun doute que cela va faire très mal.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6