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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 30 mai 2020
Sa note : 17/20

LINE UP

-Douglas "Doug" Lee
(chant)

-Uwe "B." Baltrusch
(guitare)

-Ralph "Björn Eklund" Hubert
(guitare+basse)

-Jörg "Gordon Perkins" Michael
(batterie)

TRACKLIST

    Dances of Death
1) a. Introduction
2) b. Eruption
3) c. Beyond the Gates
4) d. Outburst
5) e. Days of Betrayal
6) f. Restless
7) g. Sanctuary
8) h. Finale
9) Transgressor
10) True Believers
11) Night on a Bare Mountain
      -Subterranean Sound Of Hypernatural        Voices
      -Appearance Of The Spirits Of Darkness,   Followed By That Of Satan Himself
      -Glorification Of Satan And Celebration Of The Black Mess, The Sabbath Revealed
      -At The Hight Of The Orgius The Bell Of The Village Church, Sounding In The Distance, Disperses The Spirit Of Darkness
      -Daybreak

DISCOGRAPHIE


Mekong Delta - Dances of Death (And Other Walking Shadows)
(1990) - thrash metal techno-thrash - Label : Aaarrg Records



« Collectif au nom énigmatique, Mekong Delta rassemble des exécutants sous pseudonymes qui délivrent une musique hors des sentiers battus depuis la fin des années quatre-vingts: qui sont-ils ? Quel est leur but ? Quels sont leurs réseaux ? Quelle menace font-ils peser sur... » Hop hop hop, calme-toi Bernhard de la Vilhardière, Mekong Delta ne menace rien du tout, à part la connexion neuronale des fans exclusifs de Manowar qui seraient tombés par hasard sur l'un des enregistrements des thrasheurs allemands. Il est vrai que l'expérience a de quoi désorienter.

Projet déviant né des esprits féconds et sans doute un peu imbibés du producteur Ralph Hubert (Holy Moses, Warlock, Deathrow...) et de "Peavy" Wagner, le leader de Rage qui a précocement quitté l'aventure, Mekong Delta réunit de compétents instrumentistes germaniques - affublés de pseudos pour des raisons essentiellement contractuelles - qui vont et viennent au gré des réalisations. Sur le quatrième long jeu tranquillement intitulé Dances of Death (And Other Walking Shadows), outre Hubert alias Björn Eklund à la basse et à la guitare acoustique, on retrouve Uwe Baltrusch à la six-cordes électrique ainsi que Gordon Perkins, ou plutôt Jörg Michael, à la batterie. La frappe puissante, sèche et rapide de ce dernier est essentielle dans l'étourdissante réussite de Dances of Death. Car l'engin va vite et se ménage rarement, propulsé par les infatigables scansions d'un orchestre qui prend un malin plaisir à perdre l'auditeur pour mieux le récupérer par le colback une fois la danse achevée. Dans ces conditions, le risque est évidemment important d'accoucher d'un indigeste gloubiboulga sonore, à l'image du brouillon Principle of Doubt, le LP précédent. Hubert et ses sbires ont rectifié le tir en éclaircissant le son et, aussi, en remplaçant le démissionnaire Keil au micro - ses glapissement possédés, s'ils renforçaient le charme de l'hétéroclite et lovecraftien The Music of Erich Zann (le long jeu numéro deux), ne semblaient pas de nature à dompter le déferlement de riffs sculptés au hachoir qui traversent Dances of Death.
Néanmoins, le contraste avec le nouveau vocaliste, le Nord-Américain Doug Lee, n'est pas radical. Celui qui officiait il y a peu avec Siren, une honnête section de heavy metal produite par Hubert, donne lui aussi dans la stridence, suggérant un croisement vocal entre « Zetro » Souza d'Exodus et Jon Oliva de Savatage – autant dire que ça nasille pas mal. Mais le bonhomme possède un organe robuste qui lui permet de tenir le choc lorsque arrive la véloce déferlante de metal après l'émoustillant prélude à double détente de la piste principale et éponyme de près de vingt minutes. Un plat de résistance qui s'avale tout seul, grâce au dynamisme échevelé qui jaillit de la plupart de ses huit parties et aussi au soin apporté à l'écriture. Les plans serrés se succèdent avec fluidité tandis que les passages chantés sont structurés selon un schéma proche du couplet-refrain, bien que cela ne saute pas forcément aux oreilles - l'apparente complexité du morceau provenant surtout des nombreux breaks qui s'enchaînent à toute berzingue. En effet le thème « éruptif » de départ est reconvoqué en clôture tandis que l'on retrouve des solos et lignes de chant certes pas tout à fait conventionnelles mais loin d'être absconses. Quelques rares baisses de régime – le refrain un peu plat de "Days of Betrayal" – ne parviennent pas à diminuer l'intensité de cette impressionnante composition qui s'achève de manière abrupte là où on attendait un final explosif, à l'image de "Transgressor", second titre bancal où, disons-le tranquillement, Lee fait un peu n'importe quoi et qui s'arrête au moment où l'on croyait que les choses sérieuses allaient commencer.
Mais le quatuor se rattrape magistralement avec "True Believers", occurrence bien plus maîtrisée qui permet au chanteur de faire entendre une mélopée vipérine avant de cracher un refrain à la simplicité cinglante sur lequel les cymbales claquent comme des coups de fouet – Michael y est redoutable. Une double cassure avant le solo et un tempo élevé contentera les fans du Delta exigeants sur la ligne directrice. Celle-ci est respectée en tous points à la faveur de l'épilogue, constituée par une reprise d'une pièce de musique classique, une constante depuis les débuts du groupe. Le défi est d'envergure puisque l'œuvre élue est Une Nuit sur Le Mont Chauve, le célèbre poème symphonique de Modeste Moussorgski, l'auteur des Tableaux d'une Exposition que les progueux Emerson, Lake & Palmer avaient réinterprétés dans les années soixante-dix. Après une introduction irisée d'étranges effets censés évoquer le « son souterrain de voix surnaturelles » retentit le fameux motif tourbillonnant du sabbat dont on se rend compte grâce à Mekong Delta à quel point il se prête idéalement à une adaptation speed thrash. Celle-ci est tout simplement brillante en dépit d'une guitare manquant parfois de coffre mais qui, avec le soutien de la quatre-câbles imposante d'Hubert et la double grosse caisse de « Perkins » parvient à sonner largement plus heavy, on pouvait s'en douter, que la version disco figurant sur la bande originale de Saturday Night Fever. Près de dix minutes de frénésie intense entrecoupées, une fois n'est pas coutume, de quelques séquences dépouillées, dont un superbe final acoustique, cadence libre décrivant une aube délicate au creux de laquelle vient s'échouer toute la furie de l'infra-monde.


Menées à un rythme infernal, les Danses de la Mort jouées avec dextérité par l'intrigante troupe de Mekong Delta explorent les limites d'un thrash metal technique qui allie célérité et mélodie. Plus cohérent que ses devanciers, le recueil, en dépit d'une production crunchy qui ne laisse pas de place à l'à peu-près, offre des plaisirs denses et inédits majoritairement épargnés par d'oiseux accès de démonstration. La singulière formation cornaquée par Ralph Hubert renforce ainsi son identité unique qui en fait définitivement un OVNI dans l'univers metal, sans pour autant verser dans le délire inoffensif. Une nouvelle voie serait-elle possible ?



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