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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 03 avril 2020
Sa note : 17/20

LINE UP

-Paul Gressien
(chant+batterie)

-Julien Dumeige
(chœurs+ guitare)

-Jean Duteil
(chœurs+basse)

TRACKLIST

1) Physical
2) Alien For Me
3) Tight
4) Where Evil Hides Its Way

5) Sober Tender
6) Cut
7) Porn Life
8) Skyline
9) Empty Heaven
10) Eugenia
11) In Under Two

DISCOGRAPHIE

Nursery (2016)
Eugenia (2020)

Nursery - Eugenia
(2020) - pop rock punk - Label : Kythibong



Revoilà nos Nantais préférés. Non, cette amorce enthousiaste ne concerne pas l'équipe de Regarde les Hommes Tomber dont la dernière livraison n'a pas totalement convaincu mais leurs singuliers concitoyens de Nursery, qui ne font pas de black metal mais de la « toxic pop » selon leur propre expression. On ne saurait mieux dire.

Il aura fallu près de quatre années au trio pour proposer Eugenia, suite de son stimulant essai inaugural et la question était de savoir si l'alchimie particulière qui faisait tout le sel de ce dernier serait reproduite. La réponse est affirmative. En tout point, ou presque - et encore, le « presque » est timide puisqu'il correspond à un léger gain d'amplitude concernant le son, conséquence probable de la signature chez Kythibong, le label ayant eu l'heureuse initiative de recueillir la section ligérienne auparavant en autoproduction. Sur Eugenia, on retrouve celle-ci dans l'état qui était le sien sur Nursery, au point qu'il est assez aisé de repérer les liens reliant plusieurs pistes des deux albums. La démonstration débute avec "Physical" qui fait immanquablement songer à "Worm", son homologue vicieuse en ouverture de Nursery avec laquelle elle partage la réverbération précise de la guitare qui instaure d'emblée une intensité acide, faussement tempérée par une basse aux rudes rondeurs. Avant que le refrain n'explose en une salve d'hystérie maîtrisée. Tout le mystère – et l'intérêt – de la musique de Nursery résident dans ce contre-emploi permanent, cette tension née de l'affrontement des contraires qui officie tel un filtre révélateur.
Les chansons sont aussi chargées que des barres d'uranium dans un réacteur nucléaire et si toutes ne sont pas forcément tubesques, elles distillent ce mélodieux malaise qui constitue la marque de fabrique de l'escouade des bords de Loire. Enfin, l'une des marques, pour être plus précis. Car, bonne nouvelle, le chant vénéneusement haut-perché de Paul Gressien, batteur à la frappe mate, est à nouveau de la partie. Quel plaisir de l'entendre embraser les scansions chromatiques du discoïde "Alien For Me" ! Dans un monde parallèle peuplé de fans mélangés de Gang of Four et des Pixies primitifs, ce titre obsédant tournerait en boucle dans les playlists de même que "Porn Life", sorte de variation pervertie de la scie hédoniste "Let's All Chant" du Michael Zager Band qui serait sortie des rails dès la troisième mesure et sur laquelle Nursery applique sa recette favorite : l'éclatement d'une bulle de menace radioactive ayant gonflé inexorablement à la faveur d'incantations frénétiques. Qu'ils soient courts et nerveux à l'instar de "Skyline", petit frère de "We are Fine" sur le premier LP et de l'entêtant "Tight", aussi serré que l'indique son intitulé avec son motif qui bugge délicieusement, ou plus imposants comme "Where Evil Hides Its Way" et ses crissements de six-cordes à la Tom Morello de RATM, les morceaux trépident selon cet impitoyable canevas, psaumes malsains parcourus de stridences sèches, de beats funky sous speed et de basses vrombissantes.
Parfois les lascars truquent la recette et diffèrent la bascule dans la démence – terrible "Empty Heaven" et "Cut" inquiétant en écho du "Sally Sally" de Nursery – quand ils ne font pas mine de calmer le jeu à l'occasion de l'oppressant "Sober Tender" stratégiquement placé en milieu de partie, à l'identique manière de son modèle "Give Me Sundays" figurant sur le recueil liminaire. Et pour parfaire le quasi mimétisme avec son aîné, l'enregistrement s'achève sur deux occurrences moins marquantes, à la différence près que cette fois, l'atmosphère reste tendue jusqu'au bout, grâce notamment au retour in extremis sur la composition éponyme des chœurs qui font « ouh-ouh » – ils nous auraient manqué - et à l'implacable progression qui pousse le final "In Under Two" dans les traces d'un bulldozer rectiligne manœuvré par la quatre-cordes punitive de Jean Duteil que les alarmes hululées par la guitare grinçante de son compère Julien Dumeige ne détournent pas de son itinéraire, cauchemar sans issue s'abîmant dans un decrescendo résonnant à la façon d'un prometteur « à suivre »
.

En reconduisant leur formule gagnante à base de punk véloce, de tumulte sous contrôle et de pop corrodée, les talentueux membres de Nursery concrétisent brillamment les ambitions affichées sur leur réalisation initiale. Ces Buzzcoks sous psychotropes prouvent avec la dynamique et flippée Eugenia qu'ils ne sont pas le coup d'un soir en délivrant une œuvre d'une redoutable cohérence et font mentir les blasés qui serinent que le rock est mort au prétexte que ses chantres septuagénaires auraient déjà tout dit. On ne peut que remercier les ravagés de la Crèche d'avoir confirmé leur virulent démenti.





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