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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 27 janvier 2018
Sa note : 17/20

LINE UP

-Justin David Hawkins
(chant+guitare+piano)

-Daniel Francis "Dan" Hawkins
(chœurs+guitare)

-Francis Gilles "Frankie" Poullain-Patterson
(chœurs+basse)

-Rufus Tiger Taylor
(chœurs+batterie)

TRACKLIST

1) All the Pretty Girls
2) Buccaneers of Hispaniola
3) Solid Gold
4) Southern Trains
5) Why Don't the Beautiful Cry?
6) Japanese Prisoner of Love
7) Lay Down with Me, Barbara
8) I Wish I Was in Heaven

9) Happiness
10) Stampede of Love
11) Uniball (bonus)
12) Rack of Glam (bonus)
13) Seagulls (Losing My Virginity) (bonus)
14) Rock in Space (bonus)

DISCOGRAPHIE


The Darkness - Pinewood Smile
(2017) - hard rock - Label : Cooking Vinyl



Ah, tiens, un nouvel album de The Darkness. Depuis le succès de Permission to Landing en 2003 porté par le fulgurant single "I believe in a Thing called Love", les Anglais déjantés peinent à retrouver le niveau de leurs débuts malgré des tentatives loin d'être honteuses, mais ne leur permettant pas de se démarquer de la concurrence virulente du revival hard/ glam emmenée par Steel Panther. Rien a priori ne laisse penser que la situation puisse évoluer à l'occasion de la sortie d'un cinquième LP au visuel, disons, peu engageant. Mais se fier uniquement à la couverture peut faire passer à côté de jolies pépites (jurisprudence Riot), alors autant vérifier avec ses oreilles. Par acquit de conscience.

Les premières mesures retentissent et paf, un scream part dans la stratosphère sur un motif énervé digne d'AC/DC – celui de Highway to Hell, hein, pas de Rock or Bust – puis déboule un refrain en voix de tête dans un esprit très Queen ponctué par... un aboiement. OK, toutes les composantes d'une chanson de The Darkness sont réunies, il est fort probable que les suivantes seront du même tonneau. Et pourtant, ce tempo enlevé, cette énergie débordante indiquent que quelque chose de spécial va se passer. Ce que confirme pleinement le virevoltant "Buccaneers of Hispanolia" exécuté à une allure soutenue – comme sur la plupart des pistes. Le riff, terriblement accrocheur, instaure une tension sur les couplets qui perdure sur un refrain méchamment heavy, renforcé par des chœurs à la limite de l'hystérie. Et en plus le solo est excellent. Mais qu'est-ce qu'ils ont bouffé, les Britishs ? Les témoignages concordants relatifs à la qualité de la cuisine d'Outre-Manche dissuadant de chercher une réponse, il est préférable de se concentrer sur la musique et constater que le festival de bonnes surprises bat son plein, principalement en raison d'une vigueur qui ne se dément pas - seuls "Solid Gold" et "Stempede of Love", imitations un peu trop fidèles des rengaines fm des années quatre-vingts, font légèrement baisser la tension. Légèrement, car même ces occurrences moins marquantes sont sauvées par le chant d'un Justin Hawkins tout simplement magistral. Ses vocalises haut perchées, qui pouvaient naguère agacer à force de systématisme, sont ici employées à bon escient, à la fois guide et soutien des excitantes trouvailles de son guitariste de frère.
L'alchimie fonctionne à merveille, alimentée par un délire fécond qui accouche de petits bijoux de douce dinguerie, tel le vif et contrasté "Japanese Prisoner of Love" - sans doute le meilleur intitulé de l'année 2017 avec "Stewards of a Syphilitic Emperor" de Polkadot Cadaver, autre collectif bien allumé (les libellés grindcore étant bien sûr hors concours). Sur ce titre virtuose, la section du Suffolk ose les changements de rythme – couplets enlevés, refrains langoureux – tandis que le six-cordiste à bouclettes balance un riff nucléaire façon stoner surboosté, prétexte à une coda dantesque. Le tout en à peine plus de quatre minutes – aucune digression barbante ou solo interminable au programme, ô joie ! Et quand le quatuor fait mine de calmer le jeu, c'est pour délivrer une ardente déclaration d'amour - ou  quelque chose d'approchant -  à une certaine Barbara, dont le mérite principal consiste à posséder un prénom rimant avec « candelabra ». Le romantisme à son zénith. Justin s'emballe sur le refrain fiévreux avant de revenir à une douce et charmeuse quiétude, se livrant à un impressionnant exercice de montagnes russes. Certains réfractaires aux voix de fausset feront sans doute remarquer que l'aîné de la fratrie Hawkins a parfois tendance à se laisser emporter par ses excès vocaux. Ainsi, sur "Southern Train", pamphlet outré (et tordant) sur les chemins de fer britanniques - attention, violence verbale - le quadragénaire déglingo imite le bruit d'un train à vapeur. Oui, concrètement il fait « tchou-tchou ». Ce qui n'enlève rien au plaisir d'écouter cette intense ritournelle – quel riff, encore ! - de même que l'émouvante "I Wish I Was in Heaven", très Whisbone Ash/ Thin Lizzy dans l'esprit avec ses guitares dédoublées et cristallines. Expurgé de toute mièvrerie grâce, une fois encore, à cette volonté de ne pas traîner en route, le morceau est bonifié par une performance époustouflante du vocaliste qui change de registre d'une séquence à l'autre tout en faisant sourdre une mélancolie qui ne remet pas en cause, bien au contraire, la tension mélodique qui emporte cette occurrence, ainsi que la grande majorité de ses consœurs, vers des sommets euphorisants.


Il leur a fallu le temps mais les rigolos de The Darkness ont enfin compris que la vélocité constitue le moyen privilégié de magnifier leurs bonnes idées. Fruit d'une inspiration féconde, Pinewood Smile témoigne brillamment de la manière dont les frangins Hawkins et leurs acolytes ont su mettre leur talent au service de compositions vivifiantes et ingénieuses, portées par une guitare incisive et un chant hors norme. Dynamique, réjouissant, gentiment perché, ce millésime 2017 remet The Darkness dans le jeu : pourvu que la formation britannique s'y maintienne grâce aux mêmes fougueuses intentions !

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