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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 17 février 2017
Sa note : 13/20

LINE UP

-Manuel Gagneux
(tout)

TRACKLIST

1) Devil Is Fine
2)
In Ashes
3) Sacrilegium I
4) Come On Down
5)
Children's Summon
6) Sacrilegium II
7) Blood In The River
8) What Is A Killer Like You Gonna Do Here?
9) Sacrilegium III

DISCOGRAPHIE

Devil is fine (2016)

Zeal and Ardor - Devil is fine
(2016) - black metal Gospel - Label : NVKA/Caroline Reflections Records



Vous vous souvenez de Moby ? Non, pas la baleine - Le DJ. Mais si, voyons ! À l'orée des années deux-mille, le supposé descendant d'Herman Melville, d'où le surnom, a connu le succès interplanétaire en incorporant de vieux blues et autres negro spirituals à son electro planante. Beaucoup avait crié au génie – « les machines transcendées par l'âme des pionniers », « quand les chants harassés des champs de coton revitalisent la musique d'ascenseur », ce genre de trucs. Et bien désormais, le metal a son Moby. Il s'appelle Manuel Gagneux et il faut reconnaître que son entreprise ne manque pas de panache.

Une association gospels - black metal, il fallait y penser. On croyait toutes les expérimentations tentées, tous les mélanges accomplis et pourtant, il se trouve encore un musicien – le monsieur est seul aux manettes – à proposer un alliage nouveau, suite, semble-t-il, à un défi relevé sur le net. Délaissant Birdmask, son projet indie pop au succès confidentiel, l'Helvético-Nord-Américain installé à New-York sort en 2014 une poignée de chansons regroupées sous le nom Zeal and Ardor, puis une autre deux ans plus tard au sein d'un recueil intitulé Devil is Fine qui éveille l'intérêt des labels, sans doute intrigués – et intéressés – par l'originalité de la démarche. Difficile de trouver, a priori, plus antinomique voire contre-nature qu'un mélange entre les complaintes des esclaves du Mississippi et la froideur des accords moulinés par les rejetons de Mayhem et Emperor. Cependant, quelles mélopées auraient psalmodiées les descendants des populations entassées dans les cales des navires négriers s'ils s'étaient rebellés contre la religion de leurs bourreaux ? C'est à cette question que Gagneux essaie de répondre en établissant un lien avec les manifestes anti-chrétiens des sections de black metal norvégiennes. Cela peut paraître tiré par les cheveux, mais la réflexion a le mérite de donner un peu de sens à cet assemblage improbable.
Le résultat, de prime abord, est surprenant. Aux incantations hantées – entièrement masculines – rythmées par des bruits de chaînes succèdent les trémolos à la six-cordes caractéristiques du genre prisé par Marduk. Quelques notes sont égrenées au piano, puis les deux partitions se superposent, produisant une spectaculaire trépidation. À la chanson-titre placée en ouverture répondent, sur le même schéma, "Blood in the River" et dans une moindre mesure "In Ashes" aux chœurs étonnamment étouffés, ainsi que "Come on down" qui joue plus sur l'alternance que sur l'amalgame. Et c'est – presque - tout. Les autres pistes se partagent entre interludes instrumentaux – les trois "Sacrilegium", dont le mignon n°2 façon boîte à musique – un bref blues rampant et un thème à la Yann Tiersen interrompu par des chants grégoriens. Un peu maigre, pour un lp. Aucun morceau n'atteint les quatre minutes, peut-être par volonté de densifier le propos, probablement aussi parce que l'inspiration ne se trouve pas toujours au rendez-vous. En effet, à défaut d'une véritable progression, les séquences sont souvent répétées, se rapprochant ainsi du format gospel mais empêchant les compositions de prendre de l'ampleur. Heureusement, la production ou plutôt l'auto-production granuleuse, malgré un prévisible manque de vigueur, offre une dose de cohésion bienvenue à cet ensemble hétéroclite. Quant aux vocaux de Manuel Gagneux, qui assure tant le chant lead que les chœurs, ils insufflent une puissance et une singularité qui sauvent à elles seules Devil is Fine de l'anecdotique, d'autant que les textes sont écrits pour la circonstance – pas de samples à la Moby, ici. Et les screams sont vitrifiants. Dommage que les parties de guitares soient stéréotypées, évoquant davantage un item à valider que la volonté de hisser une création au-delà du défi qui l'a engendrée.


Des compositions tellement courtes qu'elles donnent l'impression d'être inachevées, des interludes faisant office de remplissage : sur Devil is Fine, l'expérience Zeal and Ardor tourne court – moins d'une demi-heure au compteur - et flirte avec l'exercice de style, le brassage soul-black metal concernant à peine une moitié d'album. Néanmoins, son unique instigateur - et chanteur habité - est parvenu à instaurer un climat particulier que la perspective de son déploiement sur scène intrigue. Souhaitons que le groupe formé pour l'occasion injecte un peu de vie à ce qui ne constitue, pour l'instant, qu'un habile mais frustrant bricolage domestique.

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