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CHRONIQUE PAR ...

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Malice
Cette chronique a été mise en ligne le 03 décembre 2015
Sa note : 17/20

LINE UP

-Mariusz Duda
(chant+guitare)

-Piotr Grudzinski
(guitare)

-Michal Lapaj
(claviers)

-Piotr Kozieradzki
(batterie)

TRACKLIST

1) Lost (Why Should I Be Frightened by a Hat?)
2) Under the Pillow
3) #Addicted
4) Caterpillar and the Barbed Wire
5) Saturate Me
6) Afloat
7) Discard Your Fear
8) Towards the Blue Horizon
9) Time Travellers
10) Found (The Unexpected Flaw of Searching)

DISCOGRAPHIE


Riverside - Love, Fear And The Time Machine
(2015) - rock prog pop - Label : Inside Out Music



Les temps sont durs, les temps font peur. La médiocrité et le cynisme sont portés aux nues, les films d'épouvante ne tiennent plus la comparaison avec l'actualité...  à croire que le peuple a oublié comment rêver. Au fond, cela n'a rien d'étonnant : comment continuer à croire aux lendemains qui chantent alors que même l'avenir déchante ? À cette question, certains répondront par la guerre et d'autres par l'amour... à chacun sa solution. Vous me voyez venir : c'est pareil pour moi. Si je ne suis pas devin, je sais néanmoins une chose : la musique, quand elle est bonne comme celle de Love, Fear And The Time Machine, adoucit merveilleusement les moeurs. En des temps aussi troublés que les nôtres, il serait sot de s'en priver.

Il est beau, ce nouvel album. Il est beau de l'extérieur, il est beau dès les premières mesures. Il est lumineux mais sombre aussi, passant du clair à l'obscur avec une aisance bluffante. Il ne se perd pas pour autant, reste cohérent dans ses variantes et demi-teintes. Cela aurait été facile, pourtant, de se disséminer dans les changements. C'est que, des variations de structure et d'atmosphère... Love, Fear And The Time Machine, en bon album de prog qui se respecte, en intègre énormément. Mais la magie de Riverside est telle que, si les compositions sont complexes, le tout reste accessible dès la première écoute (bien qu'il en faille plusieurs pour en apprécier pleinement la saveur). Mais là, à nouveau, il faut nuancer : certaines compositions (le très catchy "Discard Your Fear", "Under the Pillow") frappent tout de suite alors que d'autres nécessitent un peu de temps pour s'apprivoiser. Mais l'album tient sur la longueur et résiste au test du temps sans doute grâce à cette diversité... et à bien d'autres choses encore.

Il y a le jeu des musiciens, subtil et varié, laissant à chaque instrument le soin d'enchanter l'auteur, en alternance. Le travail de la section rythmique est particulièrement remarquable (la ligne de basse d'"#Addicted" en est un des plus efficaces exemples), s'harmonisant parfaitement avec les mélodies à la guitare ou au chant ("Saturate Me", "Towards the Blue Horizon"). Il y a les paroles, d'une beauté poétique et aux propos souvent percutants (« As we ran through the silence / At the speed of sound / Towards the blue horizon / We could open skies »). Il y a le concept de Love, Fear And The Time Machine qui, même s'il peut sembler simple au premier abord, n'en est pas moins très justement exploité : l'album nous parle du processus de la Décision. Non pas le petit choix, mais la Décision cruciale qui change la vie et la transforme. Un thème dans lequel beaucoup peuvent se retrouver, un thème simple et qui transporte pourtant les compositions de Riverside et les charge d'une émotion palpable.

Il est beau, ce nouvel album et pourtant il n'est pas parfait. Il a ses moments faibles, ses endroits plus fades - comme les trois minutes d'un "Afloat" qui, s'il est joli, peine à transmettre autant d'émotion que les autres pistes de Love, Fear And The Time Machine. Certaines des compositions les plus progressives de l'album montrent également des signes d'essoufflement ("Caterpillar and the Barbed Wire" principalement, "Saturate Me" un peu moins) et il est vrai que l'album dans son ensemble est d'un calme qui s'étend, rassurant et parfois sombre mais à qui des moments plus dynamiques auraient pu profiter (que ce soit au niveau des compositions ou de la production). Il s'agit de détails mais ces détails ont leur importance ; et puis, Love, Fear And The Time Machine n'en reste pas moins un album excellent, preuve que le groupe sait se renouveller avec succès sans pour autant perdre le son qui le caractérise.


Les temps sont durs, les temps font peur. La terre tourne mal, la mauvaise musique est toujours aussi populaire et décidément, c'est assez dur de ne pas passer son temps à se cacher sous son coussin devant les horreurs dont on nous abreuve. C'est pour ces raisons et bien d'autre encore que, lorsque des petits bijoux tels que Love, Fear And The Time Machine sortent, il faut se jeter dessus. Il faut les écouter, se laisser submerger par le bonheur mélancolique qui s'en dégage et laisser la magie, la transformation opérer. Parce que le monde a besoin de beauté.
Parce qu'après avoir écouté "Found", les temps ne semblent plus aussi désespérés.


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