CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
le 23 juillet 2015




SETLIST

Oblivious Maximus
It Takes No Guts
Everyone Hates Everyone
The Alcoholik
The Introvert
Fuck Your Enemy
4 Songs
Antifaith
Ozena
Drug Your Love
Stealing a Page or Two From Armed & Radical Pagans
Superjoint Ritual
Waiting for the Turning Point 

AFFILIÉ

21 juin 2015 - Hellfest


Superjoint_Ritual_Hellfest_20150621

Pour bien mesurer l’événement que constituait la venue du super-groupe de la scène de NOLA (formé autour de Jimmy Bower, Phil Anselmo et Hank William III, excusez du peu), comprenez bien que ce concert au Hellfest 2015 n'était rien de moins que le tout premier du groupe hors des États-Unis (!), et leur deuxième concert tout court depuis plus de dix ans (!!), le premier ayant eu lieu au Housecore Horror Film Festival en octobre 2014. Voilà qui vous pose un putain d’événement de dingos pour tous les fans d’Anselmo.

Reçus comme des rois, le groupe culte a bien rendu la monnaie de sa pièce à une Valley new-look forcément épuisée par trois jours de lourdeur, mais néanmoins déterminée à faire la guerre une dernière fois. Et qui de mieux pour mener la charge que LA mascotte du Hellfest, Mr Phil Anselmo himself ! On le sait, cela se voit tous les ans, Phil Anselmo adore le Hellfest et ce dernier le lui rend bien, l’invitant tous les ans sous différentes incarnations : Down qui est venu presque tous les ans, « Phil Anselmo & the Illegals », l’inoubliable « Phil Anselmo and friends » en remplacement au pied-levé de Clutch l’an dernier (ou était-ce il y a deux ans ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu), et donc Superjoint Ritual cette année, peut-être le plus culte de tous (Pantera mis à part, évidemment). C’est toujours un vrai plaisir que de voir le bonhomme en action, sa passion et son authenticité font chaud au cœur, surtout si vous avez vu l’excellent documentaire de Noisey sur la scène de NOLA, projeté notamment au dernier Roadburn. Et qu’on apprécie ou pas son caractère un brin « gros beauf sudiste », nul ne peut nier le statut de daron absolu dont celui jouit dans la scène, ni le fait qu’il l’ait, quand même, bien mérité. Philou, donc, était de retour, et sans doute avec son groupe le plus « NOLA-esque ». Jugez plutôt : Superjoint Ritual, all-star band de mecs de NOLA qui jouent pour le fun un espèce de sludgecore punkisant aussi sale que violent, exécuté pied au plancher et enrobé d’une forte dose de drogues et d’occultisme. Une sorte d’Eyehategod en plus rapide et bourrin, un genre de Down sous MDMA. La Valley s’attendait donc à de la violence, et de la violence il y eut ! Une heure durant, Philou et ses compères ont délivré bûche sludgecore sur bûche sludgecore à un public en fusion car bien conscient du moment historique qu’il vivait en ces dernières heures du Hellfest 2015. Le son est excellent (comme tout au long du week-end sous la Valley d’ailleurs, quelle progression par rapport aux années précédentes, un immense bravo à l’orga, un de plus !) et, ô miracle, pour une fois Anselmo semble en voix ! Non seulement ses hurlements portent, mais ils déchirent même carrément ! Cerise sur le gâteau, on entend même un peu sa voix claire… Totalement improbable. Pourtant l’ancien est clairement bourré (qui en doutait à cette heure tardive ?), et ça s’entend entre les morceaux : Philou déconne, Philou chambre beaucoup le public et ses compères de jeu, Philou crache partout, Philou demande à Jimmy Bower quel morceau ils jouent après - quatre fois dans le concert tout de même -, Philou déconne et, il faut bien l’avouer, Philou fait aussi un peu tourner le chrono.

Le groupe n’ayant sorti que deux albums (en 2002 et 2004) assez courts vu le style considéré, cela peut se comprendre, mais on a senti poindre l’agacement de certains à la fin du concert. Mais entre ces moments de flottement, Dieu du Sale, que de biffles ! Puisant de manière équilibrée dans ses deux (excellents) albums, le groupe jouera notamment les énormes branlées que sont "Waiting For The Turning Point", " The Alcoholik" (judicieusement dédiée à Mike Williams de Eyehategod, mais soyons honnêtes, Phil aurait tout aussi bien pu se la dédier à lui-même), ou encore "Stealing A Page Or Two From Armed and Radical Pagans", l’indépassable "Fuck Your Enemy" et l’éponyme "Superjoint Ritual" en closer. De manière générale, chaque morceau est un maelstrom de violence et de lourdeur, rempli à ras la gueule de riffs ultra groovy (merci Jimmy Bower - Down, Eyehategod) et puissants et de saillie punk-hardcore d’une violence frisant parfois la folie furieuse. Bower, détendu, a le sourire aux lèvres et la clope au bec comme toujours, ses compères sont au diapason, Philou tire d'impayables tronches de pitre et enchaine les moues des plus évocatrices comme à son habitude, crache de l’eau et de la bière, éructe, rote, mais quand il faut beugler, il beugle et n’a de cesse de déclarer sa flamme au Hellfest. Seul absent de marque et petit point noir de la soirée : Hank Williams III, qui n’est plus tout jeune (et peut-être malade (?), on ne le saura pas), n’a pu être du voyage. On aurait adoré revoir cette légende après son double-set mémorable au Hellfest 2012, mais le gros batteur sudiste qui l’a remplacé, sorte d’improbable mélange entre Brant Bjork et Gene Hoglan, a parfaitement fait le job. Le métier de toute cette joyeuse bande de bourrins et la qualité indéniable de leurs compositions, qui deviennent de véritables rouleaux compresseurs en live, fait presque regretter l’emploi du temps de ministres de Bower et Anselmo : on se dit qu’on aimerait vraiment bien voir ces gars-là jouer plus souvent sous la forme Superjoint Ritual… Mais comme c’est aussi la rareté d’un moment qui en fait sa grande qualité, on s’en contentera, et on en repart en se disant qu’il est peu probable de revoir un jour ce groupe en live dans nos contrées, mais que putain, ça valait le coup.


Au final ce fut un superbe concert et une merveilleuse fin de festoche. C’est un véritable privilège que d’avoir pu voir un des groupes les plus rares en live de ces 10-15 dernières années, surtout pour le fan impénitent de la scène de NOLA qu’est votre serviteur, et c’est encore plus agréable que ce soit au Hellfest que revienne cet honneur. Une preuve de plus, s’il en était encore besoin, du lien désormais très fort qui unit notre bon vieux Phil Anselmo à ce festival si particulier et qui fait notre joie tous les ans depuis désormais 10 ans…Que dire de plus si ce n’est « vivement le 11e bordel ! ». Merci Superjoint, merci Philou, et surtout merci, Mille Mercis, au Hellfest Open Air Festival.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6