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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 13 janvier 2015
Sa note : 12/20

LINE UP

-Vladimir
(tout)

TRACKLIST

1) Blackened Fields Weep Afar
2) Now Only Abyss Hears Us
3) From the Dead Villages' Darkness
4) Distant Haze Was Arising
5) With the Birds Farewell Songs
6) Silky Grasses Wilted

DISCOGRAPHIE


Sivyj Yar - From the Dead Villages' Darkness
(2014) - post rock black metal prog - Label : AvantGarde Music



-  Oh mais qu’est-ce que c’est joliiiiii !! C’est produit à la main, non ?
-  Ah oui Madame, ça nous vient tout droit de Russie. 100% artisanal !
-  Et ces caractères cyrilliques ! On sent que c’est authentique !
-  Ah ça c’est sûr Madame !
-  Pas comme ces cochonneries black-death avec leur production industrielle, beurk !
-  Rien à voir, Madame ! Écoutez comme ça grésille ! Bon, je vous en mets combien ?
-  Une demi-douzaine, c’est pour offrir !

 
Qu’est-ce qu’il y a de plus authentiquement black-metal et misanthrope qu’un one-man band sortant un album dont le titre est écrit en russe, album de moins de quarante minutes qui plus est, avec une pochette faite main ? A priori, rien, absolument rien ! Avant d’avoir écouté une seule note de l’album, vous savez de quoi il en retourne : un adorateur du copain de Manuel Vallas (Varg Vikernes bien sûr !) a sorti une espèce de démo au son pourri, sur laquelle sont enregistrés trois pauvres morceaux de trou (pas trve hein, trou) black. C’est ça hein ? Eh bien non !! Grosse erreur !! Et d’ailleurs, si vous aviez été un émule de Sherlock Holmes (le détective, pas le cousin de Nick Holmes), quelques indices auraient dû vous mettre la puce à l'oreille : un, la pochette. Elle est certes faite main, mais elle n’a PAS été réalisée par un enfant tétraplégique. Deux, le label : Avantgarde. Merde, vous avez déjà vu Avantgarde signer du trve black de 666ème zone ? Certes, la production est estampillée « Vieillard Grabataire prod. », mais pour le reste, le sieur Vladimir ne donne pas dans la compo pourrie à faire perdre son temps le plus chevronné des chroniqueurs. Non, Sivyj Yar (Сивый Яр) fait dans le black mélodique, à tendance pagan/prog/post, assez typique de l’Europe de l’Est par son côté mélancolique prononcé. Tient-on pour autant la dernière merveille du black metal ? Non plus.
Le problème n’est pas dans la faiblesse du son, comme d’habitude ça a son charme. Il réside plutôt dans le fait que From the Dead Villages’ Darkness (Из тьмы вымерших деревень) ressemble un peu à un « échantillon de nos produits », qui pourra plaire à la dame de l’intro, mais moins à l’amateur d’albums black cohérents. Vladimir multiplie les passages acoustiques, intègre du violon mélancolique à souhait, s’adonne aux joies du shred sur "From the Dead Villages…", bref, fait vraiment l’homme-orchestre. Comme il n'est manchot ni à la guitare, ni à la basse, il arrive à produire un album décent, et même agréable à écouter. L’ensemble titille délicatement nos conduits auditifs, mais il souffre de deux défauts. Le mineur : notre artiste n’est pas convaincant au chant. Ses vocaux à la Burzum ne sont ni très adaptés à la musique, ni très effrayants. Le majeur : il manque à l’œuvre un fil conducteur, une cohérence. Après deux premiers titres estampillés  « folko-prog » ("From the Dead Villages…" aurait été inspiré par Ruun que ce ne serait pas très étonnant), succèdent deux morceaux plus post-black, où la part belle est faites aux ambiances, et aux complaintes guitaresques mélancoliques. Sans être original (plus Agalloch que le début de "Distant Haze Was Arising" tu meurs), l’ensemble est plaisant, mais ni foncièrement accrocheur, ni extrêmement cohérent. On se demande où Vladimir veut en venir. Et comme il n’y a que quatre vrais morceaux…

 
… on reste un peu sur notre faim. Сивый Яр est un projet assez intéressant, mais on conseillerait volontiers à son créateur de se faire épauler par un chanteur plus impactant (ou officiant dans un autre registre), et de travailler la cohérence de ses œuvres. From the Dead Villages’ Darkness n’en reste pas moins un album qui pourra plaire aux fans de ces ambiances fanées assez typiques de ce qui se trouve derrière le rideau de fer. Comment ça je retarde ? Brjenev est mort ? Mais quand ça ? Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?




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