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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 23 mai 2014
Sa note : 11.5/20

LINE UP

-Tobias Sombre Sidegård
(chant+guitare)

-Johnny Hagalaz Hagel
(guitare+basse)

-Order of Isaz
(claviers)

-Anders Bentell
(batterie)

TRACKLIST

1) The Coalesce
2) The Blackened Flame
3) Screeching Owl
4) Dancing Shadows
5) Drowning
6) Umbra Sombra
7) Father Death
8) Spirit (Dead Can Dance cover)
9) The Dying Star

DISCOGRAPHIE


Order of Isaz - Seven Years of Famine
(2014) - rock doom metal gothique - Label : Season Of Mist



Évidemment, à l’époque d’internet, les ados en mal de sensations fortes au niveau de l’entre-jambes n’ont qu’à se connecter sur mangemoile****.com ou passemoilavaseline.net et le tour est joué (après s’être défait d’une éventuelle vigilance parentale). Quand j’étais jeune, le panorama était beaucoup plus restreint : une fois par mois, le film X de Canal + (en crypté c’était quand même pas le pied) ou alors les horreurs érotiques de M6. Jeunes d’aujourd’hui : pourquoi vous plaignez-vous ?... Pourquoi je vous raconte ça déjà ? Ah oui : le film érotique de M6. Il a beaucoup à voir avec Seven Years of Famine, l’album qui nous intéresse ici.
 
C’était simple, le film du dimanche soir de M6 était, pour une jeune passant son temps à se frotter par terre, une bien maigre pitance. Non seulement, on pouvait faire la ola quand on voyait le bout d’un sein pointer son nez (toutes les demi-heures), mais encore les soi-disant scènes de sexe n’étaient qu’une succession de simagrées. Des actrices fort jolies, la plupart du temps, mais les entendre pousser des « Oooooh ! » ou des « Aaaaah ! » chaque fois qu’un monsieur (ou parfois une autre dame, hein, la perversion totale...) leur frôlait le sourcil droit était on ne peut plus agaçant. Des simagrées donc. Eh bien Seven Years of Famine, premier album des Suédois de Order of Isaz en est rempli, de simagrées, et c’est bien dommage, car le rock gothique tirant sur le doom exécuté par cette formation est très correct. Parfois un peu ennuyeux, notamment sur la fin ("Father Death", "The Dying Star" et ses relents de mauvais Fields of the Nephilim), mais quand même rempli de passages sympas. Le refrain doomisant "Umbra Sombra" et ses guitares hennissantes, l’entraînant et catchy "Drowning", "The Blackened Flame" très The Misison dans l’âme, ou l’initial "The Coalesece" contiennent tous de bonnes idées, à défaut de révolutionner la musique gothique.
Le premier titre de l’album nous donne une fausse idée de la suite des évènements : sobre et efficace, entre Tiamat et Sisters of Mercy, il montre ce qu’aurait pu être l’album si Tobias et les chœurs n’avaient pas passé leur temps à imiter les actrices de "Emmanuelle 67" ou les œuvres impérissables de Joe d’Amato. A partir  de "Screeching Owl", se prenant pour Carl Mc Coy, le chanteur, pourtant doté d’un organe vocal intéressant, multiplie les tremolo et les exagérations. Si l’on ajoute que les chœurs sont très, très présents, tout le temps, on obtient un peu le même effet que lorsqu’on arrose un cactus à grands flots tous les jours ou quand le canard à l’orange se transforme en orange au canard : la noyade. Le début de "Dancing Shadows" est ainsi complètement gâché par l’outrance vocale (et une certaine niaiserie), et on en vient à penser à Ancient VVisdom (avec deux V, pas le respectable groupe de black-doom des compatriotes de Order of Isaz). Pas la meilleure référence... "Umbra Sombra" aurait également beaucoup gagné à plus de sobriété, et que dire de "Father Death" et "The Dying Star" ? Paradoxalement, cette profusion de vocalises sert la reprise de Dead Can Dance, "Spirit", titre un tantinet pâlichon, loin d’être le meilleur de Lisa et Brendan, qui se voit rehaussé par l’exubérance de Tobias, mais globalement, le chanteur aurait dû modérer ses ardeurs. Du coup Seven Years of Famine est un album simplement acceptable, non dénué de moments intéressants, alors qu’il aurait pu prétendre à un meilleur statut.

 
« Tu y vas doucement, là, comme ça, et puis là t’accélères, t’accélères ! » disait Gérard Depardieu en montrant à Patric Dewaere comment s’y prendre avec Mou-Miou dans Les Valseuses. Les gars d’Order of Isaz devraient en prendre de la graine : à vouloir tout traiter sur un mode exalté, tous les éléments propres au climax musical perdent de leur force. Seven Years of Famine possède de bons moments, mais aurait clairement gagné à être accompagné d’un chant beaucoup plus sobre. La parcimonie, ça a du bon.



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