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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 19 avril 2014
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-C.S.R
(chant+guitare)

-M.A
(guitare)

-A.T
(basse)

-B.A.W
(batterie)

TRACKLIST

Disque 1

1) Contradiction
2) Split My Tongue
3) Provoking Spiritual Collapse
4) Until Our Poison Devours Us
5) Crown
 
Disque 2

6) The Inner World
10) Serpent Silence
11) Golden Light
12) JHWH

DISCOGRAPHIE

Contradiction (2014)

Schammasch - Contradiction
(2014) - black metal orthodoxe - Label : Prosthetic Records



La scène black orthodoxe a-t-elle encore le vent en poupe en 2014 ? Entre Blut Aus Nord qui nous fait profiter de sa productivité habituelle, même après la fin de sa trilogie 777, Deathspell Omega qui est resté muet depuis Drought, malheureusement, et les autres représentants moins connus qui poursuivent leur chemin, dans leur coin. Entre les mélanges de plus en plus diversifiés (on ne compte plus les étiquettes black/sludge, post-black et autres blackgaze qui se baladent), et ceux qui tentent de rester dans la « tradition », tout amateur du genre a, chaque année, de quoi faire son beurre ; et ce n’est pas Schammasch qui fera dire le contraire.
Arpèges lugubres et dissonants, notes de basses funèbres, chuchotements et voix décharnées, tu la sens mon ambiance délétère ? Et ce sera ainsi tout du long, puisque les pièces proposées sont presque toutes constituées d’une montée en puissance qui laisse ensuite place à un black franc du collier, se teintant par moment de sludge dans la façon qu’ont les rythmiques de ruer sauvagement. Sur Contradiction, la retenue est extrême : les chevaux ne sont lâchés qu’au tout dernier moment, lorsqu’il n’est plus possible de faire autrement ; quitte à pouvoir ennuyer sur une heure et vingt-quatre minutes, répartie sur deux disques, ceux qui aimeraient quelque chose de plus direct. Pourtant, la patience est quasiment toujours justifiée, puisque le groupe nous fournit des éléments pour tenir, le temps d’installer pleinement le climat désiré. Par exemple, l’explosion longtemps fantasmée de "Contradiction" ne vient jamais réellement et  les longues frasques que l’on peut rapprocher du post-rock, peuvent décevoir. Mais pour peu que l’on ne considère ces dix premières minutes que comme une mise en bouche… Songez que Contradiction est une de ces grandes enseignes de la restauration : de celles où l’attente est longue, les doses faites chiches, et l’addition salée.
Contradiction
est du même bois : tout y est distillé avec parcimonie, une dose de black laissant sa place à une dose plus fangeuse de sludge atmo qui part ensuite dans des contrées plus purement acoustiques, voire ambiantes, et pour peu que l’on n’accroche pas, le constat est amer : presque une heure trente de perdue. Tandis que, si au contraire le mélange prend, les papilles prennent très cher : vicieux à la manière d’un Deathspell Omega de Si Monvmentvm qui aurait encore accentué l’attente orgasmique d’un "Carnal Malefactor", lors de ses moments les plus enlevés ("Split My Tongue" et sa conclusion extatique), mais qui sait également se montrer plein d’emphase et mélodieux à l’occasion, comme dans l’intro de "Provoking Spiritual Collapse", ou avec le titre "Golden Light", dernière mise en bouche avant un final de toute beauté. Mais l’ombre, se fait elle aussi bien présente, avec un chant black, compréhensible ( !), régulièrement polyphonique, qui vire parfois au désespoir total, pour le plus grand plaisir de ceux qui cherchent un peu de conviction et d’émotion dans ce qui peut n’être qu’un froid déballage de haine sur fond de théologie conceptuelle. Les quelques moments plus purement dissonants tendent aussi à garder l’attention, qui peut décliner, et sont donc les bienvenus. Le tout étant emballé dans une production moderne, on peut regretter un monolithisme certain du tout, mais en faisant remarquer que les passages post-rock auraient eu bien du mal à captiver qui que ce soit avec une production lo-fi.


Pari aussi ambitieux que risqué que celui de sortir un double album, surtout dans un milieu musical où la qualité des disques peut varier à l’extrême. Pourtant, les Helvètes (non, pas Helvete, range ton corpse-paint et ta bannière anti-Vikernes) s’en sortent pour le coup avec les honneurs. Il est évident que le disque ne manquera pas de détracteurs, qui parleront de black chiant et trop gentil, tandis que ceux l’ayant apprécié vanteront le développement des climats, poussé à son paroxysme, particulièrement lors des quelques morceaux-fleuves se rapprochant et excédant les dix minutes. Toujours est-il que, en ayant le courage de l’approfondir un peu et de se laisser porter par son aura, on ne peut qu’être extrêmement satisfait de ce nouveau méfait enfanté par les orthodoxes.



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