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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 17 avril 2014
Sa note : 15/20

LINE UP

-Alain Germonville
(chant)

-Laura Kimpe
(chant)

-Matthieu Morand
(guitare)

-Pierre-Yves Martin
(basse)

-Thomas Das Neves
(batterie)

+guests

TRACKLIST

1) Pierre
2) Thomas
3) Jacques
4) Barthélémy
5) Matthieu
6) Jude
7) Simon
8) André
9) Jean
10) Philippe
11) Jacques, Fils d'Alphée
12) Judas

DISCOGRAPHIE

Sept (2006)
La Cène (2014)

Akroma - La Cène
(2014) - metal symphonique death metal black metal théâtral - Label : Fantai'Zic



Ambitieux : c'est le moins que l'on puisse dire en parlant des français d'Akroma. Après un premier album (Sept) traitant des sept péchés capitaux – une chanson par péché – puis un second opus (Seth) parlant des dix plaies d’Égypte – là encore, une chanson par plaie – les voilà qui abordent la Cène, le dernier repas du Christ, en choisissant cette fois de proposer un morceaux par... apôtre, soit douze. Après les sept morceaux de Sept et les dix de Seth, voici les douze de La Cène. Vous suivez ?

Enfin de la Cène, pas tout à fait : Akroma propose une relecture complète du concept en se plaçant dans la peau d'un tueur en série choisissant de recréer le repas de la Cène avec ses victimes – plus une sombre histoire de bébés enlevés, de mère et de secte aux noires intentions. Si j'ajoute à cela que ces 12 morceaux durent au total 75 minutes, que les 20 pages du livret sont couvertes des paroles (intégralement en français) en une police difficilement lisible tellement elle est condensée, vous aurez vite compris que nous avons affaire à une œuvre d'une richesse assez incroyable, d'une densité et d'une ambition légèrement dingue. Rien que pour cela, pour la démesure du projet, Akroma mérite tout notre respect. Ah, et dernière chose – sinon c'est trop simple – chaque morceau se voit agrémenter d'un invité venant incarner l'un ou l'autre des apôtres en question, avec entre autre notre star nationale S.A.S de l'Argilière de Misanthrope. Il y a même un abbé qui a participé au projet en tant que « consultant théologien ». Non, décidément, Akroma ne fait rien comme tout le monde.
Une fois le décor planté, la musique peut commencer. Après les trois coups de bâtons d'ouverture, traditionnels dans l'univers du théâtre, les acteurs de La Cène entrent en scène. Les premiers coups d'oreilles révèlent une production pro, équilibrée, propre et bien agréable. Le tout n'est pas vainement agressif et compressé, les guitares respirent et l'ensemble se tient très bien – même si, comme souvent, on aurait aimé une basse un poil plus présente. Musicalement, Akroma propose du death/black symphonique, vague chimère entre Dimmu Borgir et Anorexia Nervosa. Les rythmes sont variés, l'accent est mis sur l'expressivité, la longueur décomplexée des morceaux permettant des fantaisies et une liberté d'expression que le groupe utilise à fond pour servir son concept. Cela permet de belles pièces épiques comme "Matthieu" et son ambiance très black, "Simon" et "Philippe" et leurs petits aspects Children Of Bodom/Nightwish, "André" et ses riffs headbanguant ou encore "Jacques Fils d'Alphée" et sa narration légèrement kitch mais qui, ma foi, colle parfaitement au propos.
Indéniablement, il y a une identité dans la musique d'Akroma. Même si l'oreille tendue décèlera bien sûr ici ou là une influence ou une réminiscence venue de tel ou tel groupe, cela n'est jamais gênant. Akroma a suffisamment bien digéré ses influences pour nous proposer quelque chose d'unique et de frais, sans pourtant être musicalement parfaitement révolutionnaire. Mais cette densité du concept a son revers de la médaille : il y a tellement de texte à dire qu'il y a du chant quasiment partout, sur 100% de la musique. Les respirations instrumentales sont très – trop – rares. D'autant qu'à coller 75 minutes de chant, celui-ci à intérêt à être varié et expressif. Outre le fait, donc, que La Cène comporte de nombreux guest, c'est Alain Germonville qui couvre l'immense majorité des textes. Et sa voix, malheureusement, a la fâcheuse tendance à devenir vite horripilante. Si elle a un timbre et une identité originale, sorte de braillement hystérique entre le black traditionnel et le death à la Schuldiner, elle pêche par son omniprésence et son manque de variété, mais surtout par sa scansion quasiment collée de manière permanente à la croche (voire double croche sur certains passages), la rendant prévisible et aussi monotone rythmiquement qu'un métronome. Si cela n'est pas gênant au point de gâcher l'écoute de la Cène, on aurait certainement préféré moins de texte, mieux posé, moins systématique et une voix - un comble pour Akroma - plus théâtrale dans son expression.


Mais rendons à César ce qui lui appartient : Akroma accomplit là un fantastique travail de titan en proposant un troisième concept album d'une richesse et d'une densité que l'on ne voit certes pas tous les jours. Si tout cela n'est pas parfait, on peut dire que La Cène tient parfaitement debout et qu'Akroma propose une œuvre aboutie dans sa conception, perfectible dans son exécution mais en tous cas digne d'un grand.



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