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CHRONIQUE PAR ...

120
Bixl3r
Cette chronique a été mise en ligne le 18 mars 2014
Sa note : 16/20

LINE UP

-Drew Mailloux
(chant)

-Dave Gillett
(guitare)

-Sean Rydquist
(basse)

-Jesse Smith
(batterie)

TRACKLIST

1) Prosag
2) Freaks & Animals
3) El Empe
4) Pandora
5) My Favorite Things
6) Alchemy Alice
7) To Tame the Temporal Shrew
8) Weeble Wobble
9) Eidolon Alpha
10) Omega
11) In Pill Form
12) Zdzislaw
13) Disco Biscuit
14) Shades

DISCOGRAPHIE

Eidolon (2007)
Feathergun (2009)

Rishloo - Eidolon
(2007) - rock prog metal prog merveilleux - Label : Autoproduction



Les petits gars de Rishloo nous viennent de Seattle mais ne font pas de grunge. Le groupe, fondé en 2002, sortira un premier album de rock progressif en 2004, plutôt anecdotique, dans l’indifférence générale : Terras Fames. Jeune, le groupe y définit déjà, encore confusément, son identité. Fortement inspiré de Tool, de The Mars Volta ou encore Porcupine Tree, Rishloo est une chrysalide en mutation qui finit par éclore trois ans après, en 2007, sur un second album encore une fois auto-produit et très inspiré : Eidolon ! (Lever de rideau).

S’il est difficile de sortir de l’ombre des trois géants cités plus haut, Rishloo y parvient avec une aisance déconcertante. Les références sont assumées, et comme un mioche attiré par des lucioles, le groupe décide de suivre son propre chemin, tout simplement. Une personnalité aux antipodes des poseurs et autres pompeurs de morceaux. Eidolon est un album sincère et attachant, dans lequel on sent l’évolution de ces jeunes musiciens passionnés possédant un réel talent sous-jacent prêt à exploser. Ils s’amusent comme des gosses avec de la pâte à modeler en assimilant et s’appropriant les références les plus cultes du metal et rock prog des dernières décennies, pour écrire les chansons qui leur plaisent et sont parvenus ainsi à se forger leur propre identité. L’innocence de la démarche est louable, plus encore le résultat qui vous scotchera à vos slips dès que la voix de Drew Mailloux s’élèvera, cristalline et aérienne, tantôt taquine, tantôt insidieuse. Une voix claire qui multiplie les changements d’intonations faisant parfois penser à un certain Maynard James Keenan...
Une intro atmosphérique dresse le décor de l’album. Eidolon emporte immédiatement l’auditeur dans son univers musical merveilleux, la promesse d’un voyage envoûtant porté par le titre "Freaks & Animals", qui surprend par la douceur et la hargne de la voix du chanteur, capable de dépeindre un spectre impressionnant de sentiments et passant de l’un à l’autre avec une aisance déconcertante. En effet, les textes et les teintes musicales vacillent constamment entre un espoir céleste et un désespoir infernal. Les autres instruments ne sont pas en reste, même si l’on peut regretter une production pas vraiment à la hauteur des compositions du groupe. La guitare est mise très en avant, ce qui n’empêche pas de se rendre compte de la qualité de la section rythmique. A ce propos, le chant, aussi exalté et exaltant soit-il, n’est pas omniprésent sur toute la galette, puisque le groupe pose judicieusement ses atmosphères à travers des passages instrumentaux très aériens, faisant de ces envolées un voyage transcendant. "My Favourite Things" et "In Pill Form" dévoilent le désir gargantuesque du groupe de faire une musique évocatrice, entre rêve, coma et cauchemar.
Les éclats de hargne succèdent aux passages apaisants, souvent au sein même des titres. L’exemple le plus flagrant de ce jeu de lumières et d’ombres est le stupéfiant "Eidolon Alpha". Morceau épique et majestueux, le groupe y révèle tout son potentiel et plonge l’auditeur abasourdi dans une atmosphère doucereusement inquiétante. La tension grandit, pour devenir de plus en plus palpable, dans une montée en puissance toute en finesse, pour finalement s’adoucir puis éclater de nouveau, sublimement dans le titre suivant : "Omega". Ce morceau déploie une rage plus raisonnée et contrôlée tout le long des couplets, qui éclate dans les refrains avec ce délicieux sentiment libérateur qu’exprime le chanteur. Ces enchaînements surprenants et merveilleux, Rishloo les développe à sa manière dans chaque titre. Cependant, la perle mi-ballade mi-lamentation qu’est "Pandora" sublime avec classe le côté doux de Rishloo et décrit le sentiment mélancolique avec une justesse désarmante.


Rishloo est indépendant, libre, et ne cesse de nous émerveiller par sa musique. La démarche est si candide et généreuse que l’on pardonne aisément quelques égarements, d’autant que ceux-ci sont salvateurs, la soif d’apprentissage est grande et la marge d’erreur bien réduite en comparaison. Messieurs, merci de cette exquise offrande musicale, méritant une reconnaissance bien plus importante de la part des mélomanes, car à aucun moment le groupe ne semble réellement faiblir le long de ces 14 titres. Eidolon est une pépite à posséder, rare et belle comme les étoiles les plus cachées dans le ciel par les nuages des groupes plus connus.


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