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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 18 mars 2014
Sa note : 10/20

LINE UP

-Daniel Jansson
(chant+programmation)

-Michael Klassen
(guitare+basse)

-Matthew Friesen
(guitare+basse)

-Erik Larsen
(claviers+programmation)

-Kevin Stevenson
(batterie)

TRACKLIST

1) Brooding Hex
2) Illuminati
3) Intoxicant Immuration
4) March of the Wolves
5) Distortion of the Nature of Mankind
6) Transmittal
7) Jeremiad

DISCOGRAPHIE


Culted - Oblique to All Paths



Encore allongé sur sa vieille paillasse posée à même le sol, il sort doucement de sa torpeur. La nuit dernière a encore été trop arrosée, l’essence ce n’est pas si mauvais, mais ça fout un sacré coup derrière la nuque. Il se relève doucement et se gratte. Fichues puces ! « J’avais dit que j’allais prendre une douche à l’hospice aujourd’hui… Boarf, ça attendra ! » pense-t-il en se reniflant les aisselles. Tiens ? Qu’est-ce que c’est ? Entre deux bidons d’essence, un vieux croûton de pain a été oublié. Il le prend, le frotte consciencieusement sur le sol graisseux puis l’engloutit. « Le p'tit déj… c’est important ! »
 
Culted possède une originalité : ses membres, vivants aux quatre coins de la planète ne sont jamais rencontrés physiquement. Si l’album  avait été bon, on aurait pu crier au prodige et une légende aurait pu courir : « Oblique to All Paths a été créé par pure puissance mentale. Les musiciens ont communiqué par télépathie ». Comme le second album du groupe n’est pas une réussite, la légende doit être revue à la baisse : un « Les musiciens ont communiqué par Skype et mails » sera suffisant. Pratiquant un mélange grisâtre de doom, stoner et indus, Culted réussit à instaurer une ambiance d’une saleté repoussante. Riffs grésillants, passages ambients dépouillés, voix éraillée, limite black, Oblique to All Paths est aux antipodes de toute production un tantinet soignée. Pour les masochistes du conduit auditif que nous sommes, décrit ainsi, l’œuvre paraît alléchante et nos amis rappellent assez un Half Blood de Horseback, où l’on aurait troqué le parfum psyché/désertique  pour une puanteur indus de vieux garage démoniaque. Seulement voilà : installer une ambiance c’est bien, composer des titres qui tiennent la route, c’est mieux.
Les trois premières chansons sont décentes : l’initial "Brooding Hex" fait le job dans la catégorie evil-ambient-indus, "Iluminati", sorte de mélange des Horseback évoqués précédemment, Winter  et Coffins est un titre de black-doom ultra basique (forcément quand on parle de Coffins, il ne s’agit pas de metal virtuose…) assez correct. "Intoxication Immuration" et "March of the Wolves" n’apportent pas grand-chose de plus :  riffs aussi sales que Tonton Salamanca et passages plus indus/ambient se succèdent correctement, mais sans véritable conviction ni enchaînement réellement construits. L’album aurait dû s’arrêter là, mais malheureusement, la qualité proposée poursuit sa dégradation (putréfaction ?) et le pire est à venir. La cohérence des morceaux, déjà pas d’une force titanesque, disparaît sur "Transmittal" et "Jeremiad" où l’on nage en plein random, et ce n’est pas le recours aux sacrosaintes voix off qui change grand-chose à l’histoire. Bref, le plus sage est d’arrêter l’écoute au titre numéro 5 et garder de cette œuvre cette agréable sensation d’avoir léché le sol d’un hangar abritant de vieux camions Berliet attendant de passer à la casse pendant toute une nuit.

 
Oblique to All Paths vaut pour l’ambiance evilo-cradingue qui y est suggérée. Pour le reste, il est certain que les fans de hardcore de Sunn O))) trouveront l’ensemble plein de fantaisie, mais pour le commun des mortels, dont je fais partie, pas sûr que la qualité des compositions, oscillant entre acceptable et vraiment faible (sur la fin de l’album) soit appréciée. Au global, ce sentier oblique ne doit être pris que dans des circonstances extrêmes : envie d’orgies avec des lézards mutants recouverts de pétrole, refus total et soudain d’une hygiène corporelle élémentaire, ingestion accidentelle de cirage noir en grande quantité…



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