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CHRONIQUE PAR ...

120
Bixl3r
Cette chronique a été mise en ligne le 09 mars 2014
Sa note : 17/20

LINE UP

-Soph Day
(chant+guitare)

-Dave Day
(guitare)

-Dan Burchmore
(basse)

-Jake Mason
(batterie)

TRACKLIST

1) Demeter's Grief
2) White Hoarhound
3) Belial's Fjord
4) The Offering
5) Chester Midsummer Watch Parade
6) Oak Ritual I
7) Oak Ritual II


DISCOGRAPHIE


Alunah - White Hoarhound
(2012) - doom metal stoner Psychédéliquo-pagan - Label : Napalm Records



Les arbres défilent autour de vous, tandis que vous vous enfoncez encore plus profondément dans ces sous-bois humides et sombres. La brume qui s’élève du matelas de mousses tapissant le sol, enveloppe votre silhouette d’un voile protecteur et fantomatique. De rares rayons de soleil, comme égarés, ont réussi à percer la masse dense du feuillage; leur lumière pâle s’évanouissant dans le filtre vaporeux du brouillard. En vous frayant un chemin dans cette nef majestueuse et ancienne formée par les troncs torturés et les branches, vous avez plongé dans un univers sombre et beau, mais qui ne vous appartient pas. Votre apparente solitude est un leurre, une présence invisible est tangible, qui vous empli d’une étrange sérénité. Une présence bienveillante, accueillante, maternelle. Cette entité nourricière, Alunah vous propose de partir à sa rencontre, et vous guide sur des sentiers obscurs qui vous attirent inexorablement.

Après un premier album passé complètement inaperçu, où le groupe se cherchait manifestement, Alunah revient avec cette offrande occulte à Dame Nature d’une grande humilité. La beauté de cet album est sa simplicité. Le groupe s’est trouvé et forgé depuis, en devenant le médium vers cet univers merveilleux, une interface spirituelle et accueillante, pour qui sait la percevoir. Plutôt que de chercher à tout prix l’originalité, les Anglais s’inscrivent dans l’héritage prospère et cult(uel) des maîtres. L’album trouve sa source dans les racines folks et mystiques d’un Led Zeppelin III et dans le mysticisme occulte du premier Black Sabbath. Rien de bien nouveau dans le paysage du Doom, vous me direz. Seulement, Alunah tient un propos si authentique et développe une musique si chaleureuse, qu’il est difficile de résister à cet appel animiste sans une ferveur véritable.
La voix douce et claire de Soph Day est tantôt une tendre invitation à la rêverie, tantôt une exhortation mystique; portée par les riffs lourds et saturés des guitares et les ronronnements moelleux d’une basse apaisante. Alunah n’en fait jamais des caisses, développant ses atmosphères amplement avec une sobriété élégante. L’ensemble de l’album est étonnamment homogène et harmonieux, les morceaux sont en cohérence les uns avec les autres comme s’ils entraient en résonance avec l’univers. Les titres s’enchaînent dans une tranquille fluidité, berçant l’auditeur vers des songes nébuleux. Les textes ne sont pas en reste et les thématiques développées font immédiatement penser à du pur folk pagan : dévotion à Mère Nature, cycle de vie et de mort, sacrifice et renaissance, etc... Le groupe maîtrise son propos comme sur le refrain de l’entraînant "The Offering" : « I offer myself to the Earth, My sacrifice will bring new birth, She takes my soul and buries it,And all her creatures feed from me ».
Dès les deux premiers titres, cette atmosphère obsédante et moite est palpable. Progressivement,  Alunah nous entraîne dans son univers sauvage et fertile. "White Hoarhound" et son refrain aérien, malgré le son plombé des instruments, nous enveloppe d’un cocon duveteux. "Belial’s Fjord", morceau massif et grave, déploie une atmosphère lancinante et étouffante qui s’insinue sournoisement dans l’esprit de l’auditeur, rendu captif de cette voix implorante. Petite pépite acoustique, "Oak Ritual I" est désarmante de simplicité et de beauté cristalline. Fragile et douce, la voix de Soph Day est merveilleuse sur ce morceau. La somptueuse conclusion "Oak Ritual II", qui clôture l’album nous enjoint à presser inlassablement le bouton de lecture et retourner dans cette sombre forêt aux milles reflets gris et verts...


Véritable rituel incantatoire, White Hoarhound est une ode à la Nature très inspirée. Envoûtante, la musique du groupe charme subtilement par son élégance discrète. Loin d’être originale dans le fond, le groupe a su s’approprier les références du genre et s’est construit une personnalité enchanteresse. White Hoarhound parait étonnamment évident, très instinctif, ce qui le rend particulièrement fascinant, épuré, sans fioritures inutiles. Les écoutes répétées se succèdent, jusqu’à la prise de conscience : redoutablement addictif et beau, l’album devient un prétexte permanent au voyage, une obsession musicale qui se bonifie avec le temps. Attendez, je le repasse encore une fois, juste une dernière, promis! Puis une autre... En attendant fébrilement le troisième album du groupe qui sortira courant de l’année!


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